Cette vidéo de lits vides au Brésil a été tournée dans un service hospitalier épargné "momentanément" par le Covid-19

Cette vidéo de lits vides au Brésil a été tournée dans un service hospitalier épargné "momentanément" par le Covid-19

publié le lundi 03 mai 2021 à 16h58

Une vidéo montrant des personnels de santé chantant devant des lits d'hôpitaux vides, partagée des dizaines de milliers de fois depuis la mi-avril, prétend révéler la "vérité" cachée derrière les conséquences de l'épidémie de Covid-19 au Brésil. Cette affirmation est trompeuse. L'extrait montre une aile de l'hôpital de la ville de Joao Pessao, qui avait bien en charge 70 patients contaminés par le virus au moment du tournage, dans d'autres services. Le taux d'occupation des lits de soins intensifs était alors de 93% dans cette ville du nord-est du pays.

En France, cette vidéo a été partagée des centaines de fois sur Facebook et Odysée (1,2,3...).

"Une équipe médicale brésilienne a décidé de montrer la vérité pour mettre fin aux fausses nouvelles", peut-on notamment lire dans la publication Facebook.

(Capture d'écran réalisée sur Facebook le 3 mai 2021)

"Belle mise en scène des gouvernements", estime un internaute dans les commentaires. "Ils nous mentent depuis le début. Le Covid-19 n'est pas plus meurtrier que l'alcool", dit un autre.

Dans la vidéo, une femme en tenue de personnel soignant ouvre des rideaux pour découvrir des lits de soins intensifs qui sont vides. On peut également entendre et voir plusieurs personnels de santé chanter "Porque El Vive" ("Parce qu'il vit"), un chant religieux en portugais.

La vidéo a été relayée en portugais, anglais, polonais et roumain toujours accompagnée d'un texte sous-entendant qu'elle révèle la vérité cachée derrière des "fausses nouvelles" rapportées par les médias et les autorités.

Le Brésil a des difficultés à contenir l'épidémie de Covid-19, enregistrant plus de 14 millions de cas depuis mars 2020, selon les statistiques de l'Université Johns Hopkins.

La profilération du virus a coûté la vie à plus de 400.000 personnes et a plongé le pays dans une profonde crise économique. La légende de cette vidéo tente de minimiser la gravité de la situation.

Un service hospitalier d'une ville du nord-est du pays

À la 15e seconde de la vidéo, il est possible de distinguer une vignette à côté d'un écran d'ordinateur, qui semble montrer le logo de l'assureur médical brésilien Unimed.

Comparaison de la vignette et du logo d'Unimed

Contacté par l'AFP, Unimed a déclaré que la vidéo avait été tournée dans leur hôpital Alberto Urquiza Wanderley. Il est situé dans la ville côtière de João Pessoa, capitale de l'État brésilien du Paraíba, au nord-est du pays.

La vidéo a été filmée dans l'une des unités de soins intensifs de l'hôpital pendant la nuit du 30 au 31 mars 2021 lors d'une "période momentanément favorable", a expliqué un porte-parole de l'entreprise.

"Après une augmentation des cas de Covid-19, il y a eu une réduction, ce qui, à l'époque, a permis à l'unité de soins intensifs de se passer de patients", a déclaré le porte-parole à l'AFP.

"L'utilisation de cette vidéo,  accompagnée d'un contexte qui déformerait ces faits, est biaisée et fausse", selon lui.

La scène montrée dans la vidéo n'a été possible, selon Unimed, que parce que l'hôpital Alberto Urquiza suit un "protocole d'urgence" permettant au nombre de lits dans une unité d'être augmenté ou diminué en fonction du nombre de patients.

Le jour du tournage de la vidéo par exemple, 77 patients atteints de Covid-19 étaient internés dans d'autres unités de soins intensifs de l'hôpital et 75 le lendemain, a déclaré Unimed à l'AFP.

Le 27 avril, il y avait 39 patients atteints de Covid-19 dans des lits de soins intensifs à l'hôpital Alberto Urquiza Wanderley.

Un taux d'occupation des lits élevé

Contrairement aux affirmations des publications sur Facebook, les lits de soins intensifs dédiés aux patients Covid-19 dans la région de João Pessoa étaient presque tous occupés au moment du tournage de la vidéo.

Le 30 mars, 93% des lits de soins intensifs réservés aux patients Covid-19 étaient occupés à João Pessoa, tandis que 88% étaient occupés à l'échelle de l'État, selon les données publiées par le Département d'État de la santé de Paraíba (SES).

Le 31 mars, 86% des lits étaient occupés dans la métropole et 85% dans l'intégralité de l'État de Paraíba

Le 22 avril 2021, l'autorité de santé de Paraíba a expliqué dans ce message sur Facebook que le nombre de cas graves avait légèrement diminué depuis le début du mois en raison des mesures de restrictions et de la campagne de vaccination.



Le mois d'avril, avec celui de mars, aura toutefois été le plus meurtrier en 14 mois de pandémie dans ce pays de 212 millions d'habitants, le deuxième le plus endeuillé derrière les Etats-Unis.

La deuxième semaine d'avril a été la plus dévastatrice, avec deux journées à plus de 4.000 morts enregistrées en 24 heures.

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