Cette vidéo date de 2017 et ne montre pas une manifestation d'opposition le 22 septembre 2020 au Cameroun

Cette vidéo date de 2017 et ne montre pas une manifestation d'opposition le 22 septembre 2020 au Cameroun

, publié le mardi 22 septembre 2020 à 16h00

Une vidéo virale est utilisée pour montrer prétendument un rassemblement matinal de contestataires dans la ville de Bamenda, dans la zone anglophone du Cameroun, en réponse à l'appel à manifester le 22 septembre lancé par plusieurs partis de l'opposition. Faux: cette vidéo date en réalité de 2017, au plus fort de manifestations en faveur de mouvements séparatistes. 

La séquence vidéo, de près d'une minute et demie, montre une foule marchant, chantant, poings levés, sous le regard d'une escouade de forces de l'ordre en uniforme et casquées.

Une voix off s'exprime en pidgin (dialecte dérivé de l'anglais) et répète le mot "Bamenda" (à 0'26" et 0'59") donnant des précisions sur le lieu de la manifestation.

L'orateur lance aussi "Amba oyéé" (à 1'11") en référence aux "Ambazoniens", le nom que se donnent les indépendantistes qui veulent faire des deux régions en majorité anglophones, le nord-ouest et le sud-ouest, un État indépendant appelé "Ambazonie". 


Capture du post Facebook archivé, réalisée le 22 septembre 2020

Sur la vidéo, une partie des manifestants scande un hymne connu des séparatistes et hostiles au chef de l'Etat, Paul Biya. 

L'auteur d'un des tout premiers posts, publié le 22 septembre peu après 10h00, exhorte: "Liberté conquise. Bamenda est entrain (sic) de donner le ton. ET LA POLICE NE FAIT RIEN. Douala, Yaoundé, le monde vous regarde. Faites de ce jour une date inoubliable"

Cette publication a été supprimée moins d'une heure après sa diffusion, alors qu'elle totalisait plus de 2.300 partages. L'AFP l'a archivée entre-temps. 

Cette séquence a été relayée sur plusieurs autres publications (1, 2, 3, 4), dont l'une dépassait les 3.600 partages, ainsi que sur la messagerie Whatsapp. 


Capture d'écran CrowdTangle réalisée le 22 septembre 2020

L'opposition au président Paul Biya, 87 ans, qui dirige le Cameroun depuis 38 ans, a fait du 22 septembre 2020 une grande journée de mobilisation.

Le 17 septembre, sept partis, dont le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) dirigé par Maurice Kamto, principal opposant à Paul Biya, ont appelé dans un communiqué à des "marches pacifiques" pour réclamer un cessez-le-feu et des négociations dans l'ouest anglophone, où s'affrontent dans une guerre sanglante depuis trois ans l'armée et des groupes séparatistes, et une réforme du système électoral. 

Face à un déploiement massif des force de sécurité depuis la veille dans les grandes villes du pays Yaoundé et Douala, les manifestations n'ont pas rassemblé grand-monde.

Quelques centaines de manifestants ont notamment été dispersés à coup de gaz lacrymogènes et de canons à eau à Douala, la capitale économique du pays.

Une vidéo datant du 22 septembre... 2017 

Cette vidéo a bien été filmée à Bamenda mais elle n'a pas de lien avec l'appel aux manifestations de mardi. 

Une recherche d'image inversée avec l'outil Invid* permet de retrouver la même vidéo avec la même voix off sur YouTube, dans une séquence publiée le 22 septembre 2017 sur un compte baptisé "Southern Cameroons Canada".

Le hashtag #FreeAllArrested, #SouthernCameroonsRestoration, #SouthernCameroonsAFreePeople, #StopTheGenocideOnOurPeople mentionnés sous cette publication YouTube montrent effectivement que ces images ont été prises au plus fort des mouvements pro-indépendantistes dans la partie anglophone du pays.

Une recherche supplémentaire avec les mots-clés "2017 manifestations Bamenda" fait apparaître d'autres publications sur YouTube avec la même vidéo.

Sous l'une d'elles, l'auteur décrit: "Événements du 22 septembre 2017 dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Des milliers de personnes ont marché sur la Bamenda en reprenant des refrains Anti-Biya"

Cette manifestation, très suivie dans l'ouest anglophone malgré l'interdiction des autorités, avait été organisée à l'appel de groupes indépendantistes, comme le résumait alors l'AFP.

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