Cette vidéo a été filmée dans un hôpital du Ghana, et non en République démocratique du Congo

Cette vidéo a été filmée dans un hôpital du Ghana, et non en République démocratique du Congo

, publié le vendredi 19 mars 2021 à 16h50

Une vidéo montrant une chambre d'hôpital inondée par la pluie circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo (RDC). Selon les internautes qui la relaient, elle montrerait l'Hôpital général de Kinshasa, principal établissement de la capitale, victime d'un gros dégât des eaux. C'est faux : la séquence a été filmée dans un hôpital de l'Est du Ghana, victime d'un "problème de toiture", selon les autorités concernées.

Sur la vidéo, un homme émacié se repose sur un lit d'hôpital, les yeux clos, un tuyau d'oxygène dans le nez. Au-dessus de sa tête, des trombes d'eau traversent le plafond et inondent la chambre et ses équipements: des rideaux, des rangements, des bonbonnes d'oxygène et deux autres lits, entièrement trempés. Sur le sol, un seau a été installé : déjà débordé, il peine à retenir l'eau qui ne cesse de tomber.

Cette séquence de 30 secondes, filmée à l'aide d'un smartphone, a été partagée près de 300 fois en République démocratique du Congo depuis la mi-mars (1, 2, 3...). Selon les internautes qui la relaient, la scène aurait été tournée à l'Hôpital général de référence de Kinshasa et montrerait l'état de délabrement de cet établissement public, le plus grand de la capitale congolaise avec près de 2.000 lits.

"Hôpital maman yemo eh mon DIEU en pleine capital (sic) congolaise Kinshasa vraiment c'est pas possible", s'indigne l'auteur d'un post publié le 16 mars. Voilà "la salle d'urgence et soins intensifs de l'hôpital général Maman Yemo", déplore une autre publication. Dans les commentaires, les internautes semblent tout autant courroucés, l'un d'eux mettant en cause le ministre congolais de la Santé, Eteni Longondo.


Capture Facebook réalisée le 19 mars 2021

L'hôpital général de Kinshasa, anciennement appelé "hôpital Mama Yemo", est régulièrement critiqué en RDC, où certains y voient la vitrine d'un système de santé fragile. En juillet 2000, un artiste congolais, le chanteur Le Karmapa, avait consacré une chanson à cet établissement, disant ne pas vouloir être conduit "dans cet hôpital" s'il tombait "malade". Son clip avait été censuré par les autorités.

La vidéo de la chambre inondée, pourtant, n'a pas été tournée dans cet établissement, ni même en République démocratique du Congo.

Un centre hospitalier au Ghana

Une recherche inversée grâce à l'outil d'analyse de vidéos InVID-WeVerify,  co-développé par l'AFP, permet de retrouver la même séquence de 30 secondes partagée en anglais dès le 12 mars - soit trois jours avant les premières publications en français - sur les réseaux sociaux d'un autre pays africain: le Ghana (1, 2, 3, 4...). 

En regardant de plus près cette vidéo, on constate par ailleurs la présence d'un logo sur le drap d'un des lits de la chambre d'hôpital. Ce dernier n'est pas très visible, mais quelques mots peuvent néanmoins y être distingués : "The Church of" ("L'Eglise de"). Une recherche Facebook avec les mots-clés "The church Hospital Ghana flood" ("L'Eglise Hôpital Ghana inondation") permet de retrouver une page relayant la même séquence, tout en donnant le nom complet visible sur le logo : "The Church of Pentecost".

Cette église chrétienne évangélique basée à Accra, qui revendique sur son site internet 3,5 millions de fidèles, a elle-même partagé la vidéo virale sur sa chaîne youtube, accompagnée par un message sous forme de démenti : "Fake news about the Church of Pentecost" ("Fausse information sur l'Eglise de la Pentecôte").

Dans ce démenti, publié également sur les comptes Twitter et Facebook de l'obédience religieuse, et signé par son secrétaire général Alexander Nana Yaw Kumi-Larbi, l'Eglise de la Pentecôte reconnaît que le logo visible sur le drap d'hôpital est bel et bien le sien. Mais elle ajoute que l'établissement "ne lui appartient pas" - sans préciser le nom de cet établissement. 

Contacté par l'AFP, Alexander Nana Yaw Kumi-Larbi a précisé que la vidéo virale avait été filmée à l'hôpital public d'Onwe, situé dans la commune d'Ejisu, à 240 kilomètres au nord de la capitale ghanéenne. 

"La vidéo a attiré notre attention à cause du drap de lit de The Church of Pentecost, mais ce n'est pas l'un de nos établissements de santé", a expliqué le secrétaire général de l'obédience religieuse, en précisant que l'Eglise de la Pentecôte avait fait en 2019 un don de "50 draps de lit" à cet établissement de santé.

"Il est malheureux qu'il ait été frappé par une tempête de pluie qui a détruit sa toiture. Nous sommes profondément préoccupés par cette situation et nous espérons que les autorités pourront y remédier le plus tôt possible", a-t-il assuré.


Localisation du centre de santé public de Onwe, prise sur Google Map



Contactée également par l'AFP, la directrice municipale des services de santé d'Ejisu, Josephine Ahorsu, a confirmé que la vidéo virale avait bien été tournée "à l'hôpital public d'Onwe". "Cet établissement hospitalier est bien situé dans ma zone de compétence", a-t-elle assuré.

Selon Mme Ahorsu, la chambre en question se trouve dans une structure rattachée à l'hôpital principal. "Nous avons eu un problème avec la toiture et cela a causé la fuite. La vidéo a été prise par deux infirmières de service qui ne voulaient pas déplacer le patient à cause de son état et de l'oxygène", a-elle raconté.

"Nous avons de sérieux problèmes structurels avec le bâtiment principal de l'hôpital lui-même et nous serons heureux de recevoir l'aide de personnes bien intentionnées", a ajouté la responsable médicale.

Projet de rénovation à l'hôpital général de Kinshasa

La crise sanitaire provoquée par l'épidémie de Covid-19 a mis en lumière ces derniers mois le mauvais état d'un certain nombre d'hôpitaux publics dans les pays africains, confrontés à un manque de respirateurs, de lits et de personnels formés.

"Une crise de cette ampleur ne doit pas occulter les priorités à long terme des systèmes de santé africains : y répondre est essentiel non seulement pour renforcer leur capacité à gérer les besoins quotidiens, mais aussi pour faire face à la prochaine crise", avait estimé l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en avril 2020.

En République démocratique du Congo, plusieurs médias ont ainsi alerté ces dernières années sur l'état de délabrement de l'Hôpital général de référence de Kinshasa, auquel a été attribué à tort la vidéo virale sur les réseaux sociaux congolais. Cet établissement, dont les infrastructures sont jugées obsolètes voire insalubres (1, 2, 3), n'a pas subi de réelle rénovation depuis sa construction dans les années 1950.

Face à cette situation, le gouvernement a annoncé un vaste programme de réhabilitation et de modernisation de l'établissement. Le coût des travaux, décidés dans le cadre de la "riposte contre le Covid-19", est estimé à 18,3 millions de dollars (36,5 milliards de francs CFA) par le gouvernement, qui a attribué le marché public de la première phase de requalification à la société Modern Construction, de l'homme d'affaires indien Harish Jagtani.

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