​Cette photo a été prise en 2018 au Nigeria, et non en Guinée après l'élection présidentielle de 2020

​Cette photo a été prise en 2018 au Nigeria, et non en Guinée après l'élection présidentielle de 2020

, publié le mercredi 28 octobre 2020 à 14h04

Des internautes diffusent sur Facebook une photo, partagée près de 2.000 fois depuis le 23 octobre 2020, qui montrerait selon eux les corps de victimes décédées lors de violences en Guinée, une semaine après l'élection présidentielle du 18 octobre remportée par Alpha Condé, le président sortant. C'est faux: si au moins 21 personnes ont été tuées dans des violences post-électorales, ce cliché a, lui, été pris fin octobre 2018 au Nigeria. 

Etendus côte à côte, une vingtaine de corps sont enveloppés dans un linceul blanc. Autour d'eux, plusieurs hommes s'affairent.

Selon plusieurs publications Facebook (1, 2, 3, 4, 5, 6...) partagées plus de 2.000 fois depuis le 23 octobre, ce cliché montrerait des personnes "tuées à Conakry" ces derniers jours, alors que des heurts agitent la capitale de la Guinée depuis l'élection présidentielle du 18 octobre.


Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 28 octobre 2020

Le 24 octobre 2020, le président sortant a été déclaré vainqueur de la présidentielle avec 59,49% des voix, selon les résultats provisoires annoncés par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), remportant ainsi un troisième mandat controversé. 

Son principal opposant, Cellou Dalein Diallo, qui s'était proclamé vainqueur de la présidentielle dès le lendemain du scrutin, a obtenu 33,5% des suffrages, selon la commission.

Les heurts ont redoublé depuis l'annonce de la victoire d'Alpha Condé.

Le 26 octobre, le bilan s'élevait à 21 morts, selon le gouvernement guinéen.

Pourtant, cette photo virale ne montre pas des victimes de ces violences post-électorales, mais des militants chiites tués par les forces de l'ordre nigérianes en octobre 2018. 

Tirs meurtriers dans une manifestation en 2018 au Nigeria

Une recherche d'images inversée sur le moteur de recherches Google permet de retrouver la trace de la photo en question : elle a été publiée par plusieurs médias nord-américains (La Presse, au Canada, le New York Times et ABC News aux Etats-Unis).

Ces trois médias créditent dans la légende du cliché un photographe de l'agence de presse britannique Reuters, Afolabi Sotunde. 


Capture d'écran d'un article de presse sur le site de La Presse.ca, réalisée le 28 octobre 2020




Capture d'écran d'un article de presse sur le site du New York Times, réalisée le 28 octobre 2020


Capture d'écran d'un article sur le site d'ABC News, réalisée le 28 octobre 2020

L'AFP n'a pas été en mesure de retrouver l'image sur le site de photos de Reuters.

Néanmoins, un photographe de l'AFP était présent et a pris une photo quasi-identique à celle partagée massivement sur Facebook. 

On reconnaît les mêmes linceuls blancs et rouges et la disposition identique des corps sur les deux photos. Elles sont toutes deux datées d'octobre 2018. 


Des personnes endeuillées se préparent à enterrer les victimes supposées des violents heurts qui ont opposé la police nigériane à des membres du Mouvement islamique du Nigeria à Abuja, en octobre 2018 (Mudashiru Atanda / AFP)

Ces photos montrent des membres du Mouvement islamique du Nigeria (IMN) à Abuja, tués le 30 octobre 2018.

Les forces de l'ordre nigérianes avaient tiré à balles réelles sur ces manifestants aux abords de la capitale fédérale pour réclamer la libération d'un de leurs leaders emprisonnés.

L'armée avait déclaré avoir tué trois personnes lors des manifestations qui ont agité le pays. L'IMN avait vivement démenti cette version, affirmant que 49 personnes étaient mortes en quelques jours.

Cette photo a également été sortie de son contexte par des internautes anglophones au Nigeria qui prétendaient qu'elle montrait des victimes de la répression par les forces de l'ordre près de Lagos, en octobre 2020. L'AFP avait vérifié ces affirmations sur son site en anglais. 

L'opposition en Guinée dénonce un "hold up électoral"

Après l'annonce des résultats presque complets de l'élection présidentielle guinéenne du 18 octobre 2020, le principal opposant à Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, a annoncé qu'il les contesterait devant la Cour constitutionnelle.

"Nous allons protester contre ce hold-up électoral par la rue", a déclaré à l'AFP l'opposant, bloqué à son domicile de Conakry par la police: "Nous allons quand même saisir la Cour constitutionnelle, sans se faire trop d'illusions."

Dès l'annonce des résultats, des affrontements ont éclaté entre forces de l'ordre et manifestants. Des "bérets rouges" (militaires) sont venus en appui des policiers et des gendarmes.

Des émissaires de l'ONU, de l'Union africaine (UA) et de la Communauté de développement de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) sont arrivés le 25 octobre dans le pays pour une "mission diplomatique préventive".

Deux jours plus tard, la médiation a demandé "aux autorités guinéennes de faire en sorte que les forces de défense et de sécurité agissent avec retenue et professionnalisme dans la gestion des manifestations". 

Elle a également appelé à des "enquêtes pour faire la lumière sur les violences afin de traduire les auteurs en justice".

Selon Amnesty International, les forces de sécurité ont fait depuis une semaine un usage excessif de la force, tirant à balles réelles contre des manifestants. L'ONG a aussi condamné les coupures d'internet.

Après quatre jours d'interruption, l'accès internet par Orange, principal opérateur mobile du pays, a été rétabli le 27 octobre.

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