Ce document sur l'aluminium dans les vaccins contient plusieurs affirmations erronées et il n'autorise pas à refuser la vaccination

Ce document sur l'aluminium dans les vaccins contient plusieurs affirmations erronées et il n'autorise pas à refuser la vaccination

, publié le vendredi 28 août 2020 à 14h31

Un document présenté comme un "certificat d'expertise", très partagé depuis plusieurs mois sur internet, affirme que les vaccins contenant de l'aluminium sont "toxiques" et "mortifères". C'est faux : une abondante littérature scientifique et des dizaines d'années d'utilisation de l'aluminium comme adjuvant vaccinal attestent de leur sûreté. Le texte assure aussi qu'il permet "de refuser" les vaccins contenant cet adjuvant. C'est également faux: seul un médecin peut établir un certificat de contre-indication à un vaccin, qui doit être médicalement reconnue.

On retrouve ce texte ici sur Facebook partagé plus de 2 600 fois depuis le 22 août. Datée du même jour, cette version a été partagée plus de 130 fois. On la retrouve également là en date du 24 mars, là encore le 14 avril.

Le 25 janvier, le site internet Cogiito - qui publie régulièrement des fausses informations sur les vaccins - a aussi relayé ce "document", signé du "Professeur Jean-Bernard Fourtillan".


Capture d'écran Facebook faite le 28 août 2020

Qui est Jean-Bernard Fourtillan ?

C'est un pharmacien, proche du Pr Henri Joyeux, célèbre militant anti-vaccins. Selon sa fiche sur le site ConspiracyWatch, Jean-Bernard Fourtillan est "à la retraite depuis 2008". Tous deux ont fondé le "Fonds Josefa" qui prône le traitement de maladies neurologiques -comme Alzheimer ou Parkinson- par la "valentonine", présentée comme une "hormone" dont Jean-Bernard Fourtillan revendique la "découverte" en 1994.

En septembre 2019, les Pr Joyeux et Fourtillan sont au centre d'un scandale après la découverte d'un "essai clinique sauvage" mené par le fonds Josefa dans une abbaye près de Poitiers. 

Deux molécules - valentonine et 6-méthoxy-harmalan - étaient testées sans aucun cadre légal sur au moins 350 malades de Parkinson ou Alzheimer. "La qualité, les effets et la tolérance de ces substances ne sont pas connus" et "un risque pour la santé des participants ne peut être exclu", avait expliqué à l'AFP l'ANSM, l'agence du médicament.

"On est aux confins du charlatanisme", avait jugé le directeur de l'inspection à l'ANSM, Bernard Celli, dénonçant "une atteinte grave au code de la santé publique et au code pénal".

Un "certificat" qui n'a pas de valeur légale 

Quant au fameux "certificat" sur l'aluminium dans les vaccins signé Jean-Bernard Fourtillan, on le retrouve bien -en lien téléchargeable - sur le site du fonds Josefa.


Capture d'écrandu site du Fonds Josefa effectuée le 28 août 2020

Le texte affirme que ce document permet de refuser l'administration des vaccins contenant de l'aluminium: c'est faux.

En France, la loi est claire : 11 vaccins sont obligatoires "sauf contre-indication médicale reconnue". 

Le site officiel vaccination-info-service.fr précise le cadre strict entourant la rédaction d'un certificat de contre-indication: "l'état de santé ou des circonstances très particulières liées à une pathologie familiale permet au médecin de rédiger un certificat de contre-indication médicale reconnue à la vaccination".

"Ce certificat doit obligatoirement cibler une vaccination particulière. Il ne peut viser toutes les vaccinations, qu'elles soient obligatoires ou recommandées. Par ailleurs, le médecin devra toujours être à même de justifier cette non-vaccination. Une contre-expertise peut en effet être réalisée", est-il encore expliqué. 

Les "véritables contre-indications aux vaccinations sont exceptionnelles", précise encore le site vaccination-info-service.fr. 

En outre, seul un médecin (Jean-Bernard Fourtillan a une formation de pharmacien) peut rédiger un certificat de contre-indication.

L'aluminium dans les vaccins : un adjuvant utilisé sans danger depuis des décennies

Le soi-disant "certificat" contient un certain nombre d'affirmations erronées sur l'aluminium dans les vaccins, qui serait "toxique" et rendrait les vaccins qui en contiennent "mortifères". 

Ces allégations, fréquentes dans le discours anti-vaccinal, sont fausses, comme le montrent des décennies d'usage de cet adjuvant et de nombreuses études, les doses présentes dans les vaccins étant infimes et inférieures aux limites légales. 

L'AFP a déjà démonté des affirmations erronées sur ce sujet, comme ici.

Comme l'explique l'Académie de pharmacie dans son Rapport sur les adjuvants alumniques de 2016, "l'aluminium sous forme d'hydroxyde ou de phosphate a été le premier adjuvant breveté dans les années 1920" : il est donc étudié sous toutes les coutures depuis des décennies, avec des centaines de millions de doses injectées, de quoi avoir un recul sanitaire conséquent.

L'aluminium est présent dans certains vaccins pour les rendre plus efficaces. Il sert à "favoriser la réaction immunitaire de l'enfant", expliquait en mai à l'AFP François Chast, président honoraire de l'Académie de Pharmacie.

"Si on n'utilisait pas l'aluminium, il faudrait multiplier par 5 ou 10 la quantité de toxines administrées" pour stimuler le développement des anticorps, selon lui.

Comme l'expliquent notamment  l'Académie de médecine dans son rapport ci-dessus, l'ANSM, la FDA (l'agence américaine des produits de santé et de l'alimentation), l'Université d'Oxford et l'Hôpital des Enfants de Philadelphie, les infimes quantité de dérivés d'aluminium contenues dans les vaccins sont sans danger.

L'OMS l'explique aussi ici, "il ressort de l'analyse de la FDA que la charge d'aluminium dans l'organisme après des injections de vaccins qui en contiennent, ne dépasse jamais les seuils de sécurité réglementaires fixés aux États-Unis sur la base de l'aluminium ingéré, même pour les nourrissons de petit poids à la naissance".

Le texte de Jean-Bernard Fourtillan mentionne la "promulgation par la FDA, en 1989, reprise par l'OMS en 1996 de la Dose minimale toxique de l'aluminium alimentaire, par voie orale" de "1mg/kg de poids corporel/jour".

On retrouve ce chiffre dans le rapport de l'Académie de pharmacie :"l'apport maximal alimentaire recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2004 (Directives de qualité pour l'eau de boisson) et la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis est de 1 mg/kg/jour".

Le texte de la publication Facebook affirme ensuite que "la dose minimale toxique de l'aluminium dans les vaccins (est de) 0,01 mg/kg de poids corporel", sans expliquer comment il passe de la première valeur (voie orale: 1 mg/kg/jour) à la deuxième (dans les vaccins: 0,01 mg/kg), le paragraphe ci-dessous n'apportant pas de réponse. 


Capture d'écran du texte signé par Jean-Bernard Fourtillan faite le 28 août 2020

Quoi qu'il en soit, "la quantité d'aluminium par dose vaccinale est variable, mais toujours inférieure au seuil toléré réglementaire (en France, NDLR) de 0,85 mg/dose", souligne l'Académie de pharmacie, qui rappelle que  "seules des quantités très importantes d'aluminium dans l'organisme sont toxiques". ​

Une dose très faible, injectée de façon isolée puisque limitée aux vaccinations (et donc pas de façon chronique), qui "n'est rien par rapport aux doses que vous mangez tous les jours",  soulignait aussi au printemps le Dr Robert Cohen, vice-président de la Société française de pédiatrie.

En reprenant les estimations disponibles sur le site de l'Anses, le gendarme français de l'alimentation, on estime à 4,2 mg, la quantité d'aluminium ingérée chaque semaine par un enfant de 10 kilos. 

L'Anses note aussi que "les effets cliniques avérés de l'aluminium ont toujours été observés dans des situations de fortes expositions chroniques: patients insuffisants rénaux dialysés, alimentation parentérale, personnes professionnellement exposées". 

Enfin, comme l'explique l'hôpital des enfants de Philadelphie explique aussi dans ce Questions-Réponses (en anglais) une "majeure partie de l'aluminium qui pénètre dans le corps est éliminé rapidement", "environ la moitié (...) en moins de 24 heures et plus des trois-quarts dans les deux semaines".

L'OMS émet normes, avis et recommandations

Le texte avance aussi qu'un "commandement de l'OMS" est "au-dessus de toutes les lois" et que l'Organisation mondiale de la Santé a "interdit formellement l'administration à l'homme de tous les vaccins contenant de l'aluminium": ces deux assertions sont erronées.

Comme on l'a vu plus haut, l'OMS consacre plusieurs pages de son site à expliquer l'intérêt et l'innocuité de l'aluminium comme adjuvant vaccinal, ce qui permet d'exclure toute idée "d'interdiction" desdits vaccins.

L'OMS, agence des Nations-Unies, est un organe qui établit des normes en matière de santé, émet des recommandations et des avis à ses pays membres. 

Son "approche consultative" est expliquée notamment sur cette page consacrée à la vaccination sur son site internet, qui précise bien qu'elle "communique" des recommandations aux "autorités nationales".

"A travers ce mécanisme, les autorités sont informées du contexte scientifique nécessaire pour évaluer des situations importantes", écrit l'OMS.

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