"Aucune preuve d’une pandémie" ? Les tests PCR "dangereux" ? Les vaccins, des "thérapies géniques expérimentales" ? Attention à cette vidéo de l’avocat Reiner Fuellmich

"Aucune preuve d’une pandémie" ? Les tests PCR "dangereux" ? Les vaccins, des "thérapies géniques expérimentales" ? Attention à cette vidéo de l’avocat Reiner Fuellmich

publié le mercredi 28 juillet 2021 à 15h46

Dans une vidéo partagée plus de 20.000 fois sur les réseaux sociaux depuis le 24 juillet, l’avocat allemand Reiner Fuellmich affirme que la pandémie du Covid-19 "n’existe pas", car les tests PCR ne fonctionnent pas et sont "une fraude scandaleuse", et les vaccins sont des "thérapies géniques". Ces affirmations sont infondées.Publiée et traduite en français le 24 juillet, la vidéo d’un peu moins de 10 minutes a depuis été vue plus de 150.000 fois sur Facebook, et partagée près de 20.000 fois sur Facebook et Twitter. Elle a été relayée notamment par le média France Soir à l’occasion de la "Journée mondiale de l’ivermectine", molécule dont l'utilisation pour soigner du Covid n'a pas encore été scientifiquement prouvée.

Ce n’est pas la première fois que Reiner Fuellmich minimise l’épidémie : en octobre 2020, il prétendait déjà dénoncer une "fraude corona" et des "crimes contre l'humanité" dans une vidéo vue un million de fois en une semaine (à droite ci-dessous), dans laquelle apparaissaient plusieurs informations fausses ou exagérées.

Dans sa vidéo du 24 juillet, l’avocat affirme, face-caméra et devant la même impressionnante bibliothèque qu’en octobre, que les tests PCR ne permettent pas de détecter le Covid-19, et que la pandémie n’existe pas. Ces affirmations ont été contredites par des experts interrogés par l’AFP.

Outre la couleur de la cravate et de la veste de Reiner Fuellmich, parmi les nouveautés présentes dans la vidéo de juillet 2021 (à gauche ci-dessous), figurent de nouvelles affirmations de l’avocat concernant les vaccins. Selon lui, ceux-ci sont des "thérapies géniques expérimentales", et sont "extrêmement dangereux". C’est également infondé, comme l’ont déjà expliqué plusieurs spécialistes à l’AFP.

Capture d'écran Facebook, réalisée le 28.07.2021 Capture d'écran réalisée le 9 octobre 2020 

 

Les tests PCR sont une "fraude scandaleuse" - FauxReiner Fuellmich commence par s’en prendre aux "tests PCR de Drosten" (du nom du virologue allemand Christian Drosten, qui est beaucoup intervenu dans les médias depuis le début de la pandémie).

Selon Reiner Fuellmich, ces tests consistent en "une fraude scandaleuse" car "un test PCR ne peut pas détecter les infections".

C’est inexact. Comme nous l’expliquions déjà en octobre 2020, ainsi que dans d'autres articles de vérification précédents (comme ici ou là), les tests PCR sont bien conçus pour détecter le virus du SARS-CoV-2.

Un test PCR, effectué via un prélèvement nasopharyngé, "détecte la présence du génome du virus et cela ne fait aucun doute" précisait l’an dernier à l'AFP, Juan Carballeda, chercheur au Conicet (Conseil national de la recherche scientifique et technique) et membre de l'Association argentine des virologies.

Le médecin et docteur en microbiologie Juan Sabatté assurait lui aussi auprès de l’AFP que le test PCR "détecte des séquences d'ARN spécifiques présentes dans l'ARN du virus Sars-Cov-2".

Reiner Fuellmich affirme que le "test PCR de Drosten, avec 45 cycles d'amplification aurait donné 100% de faux positifs" car "à partir de 24 cycles, le test n’a rien de scientifique".

Ces cycles d'amplification correspondent à la technique utilisée par les tests PCR pour pouvoir détecter même de petites quantités de virus : le test va amplifier son matériel génétique un certain nombre de fois, à des températures différentes, comme détaillé dans cet article.

Ainsi, plus il faut de cycles, moins il y a de quantité de virus, et inversement. Mais cela ne signifie pas que les tests sont moins efficaces ou que leur valeur scientifique se réduit si leur nombre de cycles est plus important.

Le nombre de cycles "peut être variable selon le processus analytique ou selon la technique de RT-PCR utilisés", explique la Société française de microbiologie (SFM) dans un avis publié le 25 septembre et mis à jour le 6 octobre 2020 et est "généralement comprise entre 10 et 45".

Le nombre de cycles pour détecter le virus ne peut en effet pas être normalisé de façon universelle car il existe différentes techniques de RT-PCR, qui n'ont pas toutes besoin du même nombre de cycles pour détecter la même quantité de virus.

La pandémie n’existe pas - FauxS'appuyant sur l'idée que que les test PCR sont inefficaces, Reiner Fuellmich prétend ainsi qu'il n'y a "aucune preuve d’une pandémie" de Covid-19.

Selon lui, "l’OMS elle-même a dit que le virus n’est pas plus dangereux que la grippe ordinaire". Cette affirmation, qui a relayée sur les réseaux sociaux à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie, est erronée, et a déjà été contredite par plusieurs scientifiques et par l'OMS elle-même auprès de l'AFP en octobre 2020.

L'avocat allemand fonde son affirmation sur l'idée que le SARS-CoV-2 a "un taux de mortalité par infection de 1,4 %", plus élevé que celui de la grippe, évalué à 0,3%.

Répondant à une question de l'AFP, Maria Van Kerkhove, responsable de la gestion du Covid-19 à l'OMS avait réfuté cette idée expliqué lors d'une conférence de presse virtuelle, le 12 octobre 2020.

"Il y a une forte augmentation du taux de létalité avec l'âge, mais dans l'ensemble, il avoisine 0,6%", a-t-elle déclaré, avant d'ajouter que "cela peut sembler peu mais c'est beaucoup plus élevé que pour la grippe".

Reiner Fuellmich affirme ensuite que puisque la pandémie est inexistante, "Singapour a supprimé toutes les mesures" sanitaires visant à limiter la propagation du virus sur son territoire.

C'est également faux. Le site du gouvernement singapourien précise en effet que depuis le 22 juillet, le pays est repassé en "phase 2 d'alerte renforcée" en raison de "l'augmentation de cas dans des clusters de Covid-19".

Nombre de cas de Covid-19 à Singapour, à date du 28 juillet ( AFP avec autorités locales / )Ainsi, des restrictions sanitaires ont été mises en place. Parmi elles, les rassemblements publics sont limités à un maximum de 2 personnes, le télétravail est "la norme", et les établissements accueillant du public dont les restaurants ne sont pas autorisés à ouvrir.

Les vaccins sont des "thérapies géniques" dangereuses - Faux"Les vaccinations sont des thérapies géniques expérimentales sans aucune étude scientifique à la base", prétend l'avocat allemand.

L'idée, largement relayée depuis l'arrivée des vaccins, que l'ARNm modifie les gènes des patients, a déjà été contredite par plusieurs experts dans différents articles de l'AFP, comme ici ou là.

Sur son site, l'Université du Luxembourg explique ainsi que "l'ARNm diffère fondamentalement de l'ADN et n'est donc pas capable de s'intégrer dans le génome humain ou d'interférer avec lui. En outre, l'ADN humain réside dans le noyau où il est également protégé des influences extérieures ; par conséquent, l'ARNm ne peut pas non plus entrer physiquement en contact avec l'ADN".

Le fonctionnement des vaccins à ARN messager. ( AFP / )Dans un communiqué sur la technique de l'ARN messager publié en décembre 2020, l'Inserm précisait que "des chercheurs travaillent sur le sujet depuis plusieurs décennies. Ils faisaient néanmoins face à des obstacles techniques. La taille des molécules d’ADN et d’ARN posait notamment problème, ce qui explique en partie pourquoi cette technologie vaccinale n’avait jusqu’à récemment atteint que les stades précliniques et cliniques précoces".

Reiner Fuellmich ajoute que "les vaccins manquent d’efficacité et sont extrêmement dangereux" car d'après lui, "selon le VAERS, 45.000 personnes sont mortes depuis le début des vaccinations".

Le VAERS, pour Vaccine Adverse Event Reporting System, est le fichier de pharmacovigilance américain, dans lequel tout citoyen peut rapporter des effets secondaires liés à un vaccin.

A date du 21 juillet, le nombre de décès survenus chez des personnes ayant reçu un vaccin rapportés dans ce fichier s'élevait à 6.207 décès, selon le site des CDC, l'agence de santé américaine. A cette date, plus de 339 millions de doses de vaccin avaient été administrées aux Etats-Unis.

Par ailleurs, comme l'expliquait déjà cet article, le site du VAERS précise que tous les Américains peuvent signaler des effets secondaires dans le fichier. Ainsi, celui-ci indique que "les rapports peuvent contenir des informations incomplètes, inexactes, fortuites ou invérifiables". Sur la même page, on peut lire que l'agence de santé américaine "exige des prestataires de soins de santé qu'ils signalent au VAERS tout décès survenu après la vaccination par le COVID-19, même s'il n'est pas clair si le vaccin en est la cause".

En d'autres termes, "l'inclusion d'événements dans les données du VAERS n'implique pas de lien de causalité", selon ce même site.

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