Attention, la majorité de ces conseils pour prévenir le cancer du sein sont scientifiquement infondés

Attention, la majorité de ces conseils pour prévenir le cancer du sein sont scientifiquement infondés

, publié le mardi 21 juillet 2020 à 18h29

Une liste virale de prétendus conseils de prévention du cancer du sein datant de 2017 est largement relayée sur Facebook ces dernières semaines. L'auteure de cette publication, partagée plus de 65.000 fois, dit transmettre "un message public d'un hôpital qui lutte contre le cancer". Mais selon plusieurs spécialistes interrogées par l'AFP, la majorité de ces recommandations sont fausses et ne reposent sur aucune preuve scientifique. Parmi les sept mesures préconisées dans cette liste, seul l'allaitement peut avoir un rôle préventif du cancer du sein. 

En 2018, 627.000 personnes sont décédées du cancer du sein dans le monde, selon les données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Avec 2,09 millions de cas sur la planète en 2018, c'est le deuxième cancer le plus répandu après le cancer du poumon. 

Cette maladie présente sur l'ensemble du globe donne régulièrement lieu à des publications douteuses sur les réseaux sociaux: des médications parfois insolites, comme l'avait vérifié l'AFP fin 2019, mais aussi des conseils de prévention hasardeux comme ceux diffusés dans une publication Facebook par une internaute dénommée Mimi Kabila. 

Cette publication a été relayée quotidiennement depuis sa diffusion le 7 février 2017, totalisant plus de 65.000 partages au 21 juillet 2020.

Le texte a été copié-collé dans de nombreuses autres publications (1,  2,  3, 4, 5...)


Capture d'écran Facebook réalisée le 21 juillet 2020

La publication énumère sept conseils pour éviter le cancer du sein: "allaiter votre bébé; laver votre soutien-gorge quotidiennement ; éviter les soutiens-gorge noirs par temps chaud ; ne pas porter un soutien-gorge en dormant ; ne pas porter régulièrement un soutien-gorge avec armatures ; toujours couvrir complètement votre poitrine avec un foulard ou une écharpe lorsque vous êtes au soleil ; utiliser un déodorant et pas un anti transpirant."

Des conseils largement contestés par plusieurs médecins spécialistes interrogées par l'AFP.

"Je trouve cela complètement scandaleux d'écrire des choses pareilles !", s'indigne Béatrice Fervers, oncologue au centre de lutte contre le cancer Léon-Bérard de Lyon et co-auteure du livre "Cancers, quels risques ?".

L'allaitement peut prévenir le cancer du sein

Selon elle, un seul point dans cette liste peut s'avérer vrai.

"Le seul fait prouvé scientifiquement de cette publication est que l'allaitement est effectivement un facteur protecteur pour le risque du cancer du sein", souligne Béatrice Fervers.

En effet, une étude de l'agence internationale de recherche sur le cancer (IARC) de l'OMS montre que "l'allaitement maternel insuffisant est responsable de 3 à 4% des cancers du sein en France", explique-t-elle.

"L'allaitement maternel exclusif pendant six mois au moins" peut avoir un rôle préventif du cancer du sein, abonde Esther Dina Bell, oncologue à l'hôpital général de Douala (Cameroun)

Selon la Fondation belge contre le cancer, pour chaque période de 12 mois d'allaitement, le risque de cancer du sein diminue d'environ 4%.

Par contre, "les autres points qui suivent dans cette publication sont des fake news, basés sur aucune donnée scientifique", prévient Béatrice Fervers. 

Ces recommandations n'ont "aucune corrélation avec le cancer du sein", confirme Esther Dina Bell, qui s'inquiète de la viralité de ces publications sur les réseaux sociaux.

"Cela montre que les gens ont soif de connaissance et veulent s'informer pour éviter le cancer du sein, qui est, rappelons-le, le premier cancer chez la femme. Il vaudrait donc mieux leur donner la bonne information et sensibiliser le plus grand nombre", estime-t-elle.

"Idée reçue" sur les déodorants antitranspirants 

Concernant les conseils de lavage du soutien-gorge et du port de soutien-gorge de nuit ou par temps chaud, "s'il s'agit de mesures d'hygiène, l'auteur de cette publication aurait bien raison", souligne Esther Dina Bell. 

"Mais si cela est (préconisé) dans le cadre de la prévention du cancer du sein, non ! Tout cela n'est pas sous-tendu par des études cliniques", tonne-t-elle.

Quant aux recommandations de protéger la poitrine de l'exposition au soleil, "le lien est avec le cancer de la peau" mais pas avec le cancer du sein spécifiquement, souligne Lucie Veron, gynécologue-oncologue au centre de lutte contre le cancer Gustave-Roussy à Villejuif (région parisienne).

Le danger de l'utilisation d'un déodorant antitranspirant comme cause de cancer du sein "est une idée reçue qui revient régulièrement, car les vapeurs d'aluminium dans l'industrie sont classées cancérigènes", explique Béatrice Fervers.

"En revanche, ce classement en cancérigène ne concerne pas les sels d'aluminium contenus dans certains antitranspirants. Il n'existe aujourd'hui pas de preuve scientifique en faveur d'un lien de causalité entre l'application de déodorants antitranspirants et le risque de cancer du sein", assure-t-elle.

"Ce débat a eu lieu il y a quatre ou cinq ans et des études ont été menées sur cette question", abonde Lucie Veron.

"Mais aujourd'hui, ce débat n'a plus lieu d'être parce que le lien entre les antitranspirants et le cancer du sein n'a pas été scientifiquement prouvé", poursuit la spécialiste.

Limiter alcool et tabac et se faire dépister limitent les risques  

Pour l'OMS, les moyens de lutte contre le cancer en général, doivent comprendre "la prévention, le dépistage précoce, le diagnostic et le traitement, la réadaptation et les soins palliatifs".

A titre préventif, les expertes contactées par l'AFP recommandent de suivre une alimentation équilibrée et d'éviter, ou au moins de réduire, la consommation d'alcool et de tabac. 

"L'alcool augmente le risque de cancer du sein car c'est une substance cancérigène. Il augmente aussi le taux d'œstrogène dans le sang, qui peut favoriser le développement de certains cancers du sein. Le tabac est également une substance cancérigène", explique Lucie Veron.

Le Pr Fervers détaille que "37% des cancers du sein pourraient être évités grâce à une prévention des facteurs de risques connus".

Environ "le tiers de ces 37% de cas est lié à la consommation de l'alcool, soit 8.000 cancers du sein par an attribuables à l'alcool en France. Dans l'alcool, il y a un certain nombre de substances qui sont cancérigènes pour un grand nombre d'organes".




Par ailleurs, les spécialistes insistent qu'à partir de 50 ans, il faut effectuer "une mammographie tous les deux ans dans le cadre du programme de dépistage".

Les médecins prônent aussi l'autopalpation. Mais "l'autopalpation du sein n'est pas un moyen de prévention, car cela ne va pas diminuer le risque de cancer du sein. Cela permet juste de détecter potentiellement plus tôt un cancer", précise Lucie Veron.

Edit du 28 juillet: modifie la capture d'écran du visuel final sur les principaux facteurs de
risques pour faire apparaître la source de ces données.

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