Attention, des messages sur des boîtes de masques ne prouvent pas leur inefficacité

Attention, des messages sur des boîtes de masques ne prouvent pas leur inefficacité

publié le mercredi 21 avril 2021 à 17h32

Des publications Facebook partagées plusieurs milliers de fois depuis le 16 avril affirment que les masques sont inefficaces car il serait écrit sur certains "emballage qu'il ne protège pas". Mais ce type de messages, effectivement présents sur certains emballages de masques, ne signifient pas que ceux-ci sont inefficaces face aux virus, expliquent des spécialistes à l'AFP.

"Faire croire à la population qu'un masque protège alors que c'est écrit sur l'emballage qu'il ne protège pas, c'est fort quand même...", indique un message en lettres capitales copié-collé sur plusieurs pages et groupes Facebook ces derniers jours.

Capture d'écran Facebook prise le 21/04/2021

En 2020, des posts similaires, accompagnés d'une photo, avaient déjà été très relayés sur les réseaux sociaux. "Ce produit ne protège pas des contaminations virales ou infectieuses", pouvait-on lire sur une notice de "masques d'hygiène 3 plis".

Capture d'écran Facebook prise le 21/04/2021

"C'est seulement la soumission qui est la raison du masque. Rien d'autre !", en conclut un internaute.

De nombreux pays occidentaux, dont la France, répétaient au début de la pandémie que le port du masque dans la population générale était inutile. Elles ont depuis fait volte-face. En complément des gestes barrières et de la distanciation physique, le masque est désormais largement décrit comme un des outils principaux – dans les espaces clos – pour freiner l'épidémie (lire aussi la dépêche AFP "Les masques sont-ils nécessaires à l'extérieur ? Les experts se le demandent").

Une méta-analyse parue en mai 2020 dans la revue scientifique de la Royal Society au Royaume-Uni atteste de l'efficacité des masques pour réduire la projection de gouttelettes contaminées. Une autre du Lancet publiée en juin 2020 affirme que le port du masque diminue bien les chances de transmission interhumaine du virus. Une troisième, publiée par l'Académie nationale des sciences américaine en janvier 2021, va également dans ce sens.

Dès lors, pourquoi des fabricants écrivent-ils que leurs masques "ne protègent pas des contaminations" ?

"C'est une manière de rappeler que le produit n'est pas tant fait pour protéger la personne contre les contaminations venues de l'extérieur, mais plutôt pour protéger l'environnement contre les projections virales qui pourraient venir du porteur du masque", a expliqué jeudi 22 avril à l'AFP Me Maël Bertho, avocat spécialisé en droit des produits de santé.

(AFP / Philippe Lopez)

Cela ne veut pas dire que les masques n'ont aucune utilité, contrairement à ce qu'affirment certains messages sur les réseaux sociaux – les masques sont même d'autant plus efficaces qu'ils sont massivement portés, les porteurs se protégeant mutuellement.

"Ces masques fonctionnent. Si vous prenez le métro est que vous avez le Covid, normalement vous n'allez pas contaminer toute la rame", souligne l'avocat, qui met toutefois en garde contre la présence sur le marché de possibles "produits contrefaits".

Pour éviter toute confusion, les fabricants devraient plutôt spécifier que ces masques sont surtout "faits pour protéger les autres de ses propres projections", juge Me Bertho. 

"La mention ne signifie pas que le masque ne sert à rien", mais est un moyen de rappeler qu'il "permet de protéger les autres, et non pas soi-même", abonde Me Omar Yahia, avocat spécialisé en droit de la santé.

"Une mention de ce type n'est pas requise dès lors que le produit indique clairement sa fonction. Il s'agit d'une précision supplémentaire apportée par les fabricants de masques chirurgicaux ou grand publics. En tout état de cause, les masques de ce type, qu'ils soient ou non accompagnés de ces mentions, ont pour fonction d'être anti-projections et donc de bloquer les microgouttelettes pouvant être transmises par le porteur", a indiqué vendredi 23 avril à l'AFP la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). 

"Cela ne remet pas en cause leur utilité pour lutter contre la propagation du virus", expliquait en août dernier à l'AFP Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais) et membre du collectif Stop postillons, en référence à des publications Facebook similaires. "L'idée de porter ce type de masque, c'est principalement de protéger les autres de nos particules expirées", affirmait-il lui aussi.

D'après les normes du ministère de la Santé, les masques vendus au grand public doivent filtrer au minimum 70% des particules.

Mais comme le soulignait en juillet dernier auprès de l'AFP le virologue Benjamin Neuman, de la Texas A&M University, "les masques n'ont pas besoin d'être efficaces à 100% pour avoir un rôle significatif sur le ralentissement de l'épidémie".

Depuis le début de la pandémie, l'AFP a réfuté de nombreuses allégations sur les effets supposéments néfastes du port du masque, notamment qu'il puisse entraîner un manque d'oxygène important, provoquer des "dommages neurologiques irréversibles" ou encore faire "respirer de la moisissure".

En juillet 2020, l'AFP avait également déconstruit une affirmation virale selon laquelle le virus du Covid-19 passerait à travers les mailles des masques chirurgicaux. Mais si le virus du Covid-19 est effectivement plus petit que les pores des masques, celui-ci voyage sur des gouttelettes plus grosses et est très largement filtré, avaient expliqué des experts à l'AFP. Même les micro-gouttelettes, les aérosols, peuvent être interceptées par le masque grâce à des effets de physique.

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