Attention cette vidéo dénonçant une "fraude corona" et des "crimes contre l'humanité" comporte plusieurs fausses informations

Attention cette vidéo dénonçant une "fraude corona" et des "crimes contre l'humanité" comporte plusieurs fausses informations

, publié le jeudi 08 octobre 2020 à 18h18

Dans une vidéo vue près d'un million de fois en une semaine, un avocat allemand entend dénoncer des "crimes contre l'humanité" dans la gestion de la pandémie de nouveau coronavirus. Selon lui, la pandémie actuelle est "une fraude", basée sur des tests-PCR qui "ne détectent pas le virus". Cette affirmation, comme plusieurs autres mises en avant dans cette vidéo, est fausse, expliquent des experts interrogés par l'AFP.

La pandémie de nouveau coronavirus, "une fraude", "un scandale" et peut-être même "le plus grand crime contre l'humanité jamais commis", affirme le Dr Reiner Fuellmich dans une vidéo de 49 minutes publiée en anglais le 3 octobre sur Youtube et vue près d'un million de fois.

Selon cet avocat allemand, la pandémie de Covid-19 n'aurait entraîné de surmortalité "nulle part" et serait une "manipulation" liée aux tests-PCR, incapables "de diagnostiquer une quelconque maladie" et "encore moins une infection par Sars-Cov-2" (le nom du virus qui provoque la maladie du Covid-19, ndlr).

C'est faux. Les tests détectent bien spécifiquement la présence de Sars-Cov-2 expliquent des experts à l'AFP, et de nombreux pays européens ont connu une surmortalité exceptionnelle lors de la première vague épidémique, selon des études démographiques.

Cette vidéo, dont la version traduite en français a été vue plus d'un 300.000 fois et partagée près d'un millier de fois sur Facebook en quelques jours, comporte plusieurs autres affirmations erronées. 


Capture d'écran prise le 9 octobre 2020

1. "Le test PCR ne donne aucune indication d'une infection par un virus, et encore moins d'une infection par Sars-Cov-2". Faux

C'est le principal argument de M. Fuellmich pour présenter la pandémie actuelle comme "une manipulation". Selon lui, le test-PCR, utilisé dans le monde entier pour déterminer si un patient est porteur ou non du virus à l'instant T, "ne peut détecter aucune infection".

"Le test PCR ne donne aucune indication d'une infection par un virus, et encore moins d'une infection par Sars-Cov-2" ajoute l'auteur de la vidéo.

C'est inexact. Comme nous l'avons expliqué dans deux précédents articles de vérification (ici et là), les tests PCR sont bien conçus pour détecter ce virus.

Effectué via un prélèvement nasopharyngé, le test-PCR "détecte la présence du génome du virus et cela ne fait aucun doute" expliquait à l'AFP, en juillet, Juan Carballeda, chercheur au Conicet (Conseil national de la recherche scientifique et technique) et membre de l'Association argentine des virologies.

Contacté par l'AFP, le médecin et docteur en microbiologie Juan Sabatté assure aussi que le test PCR "détecte des séquences d'ARN spécifiques présentes dans l'ARN du virus Sars-Cov-2".

En France, par précaution supplémentaire, les tests cherchent deux "cibles moléculaires" du Sars-Cov-2, deux zones du génome, ajoute, le 9 septembre, Cédric Carbonneil, chef du service d'évaluation des actes professionnels de la Haute autorité de Santé (HAS).

La capacité d'un test à bien identifier un virus en particulier et à ne pas le confondre avec un autre pathogène s'appelle la spécificité. 

Actuellement, "on estime que la spécificité des RT-PCR est de l'ordre de 99%", dit le Dr Carbonneil, ce qui rend rarissime les résultats "faux positifs".

Pour vérifier la spécificité d'un test PCR, "on va prendre d'autres prélèvements, connus pour contenir d'autres virus comme la grippe ou le rhinovirus, et on va vérifier que notre PCR ne détecte pas les autres virus respiratoires et bien uniquement le Covid-19", ajoute Vincent Enouf, de l'Institut Pasteur.

Il est donc faux d'affirmer, comme l'auteur de cette vidéo, que le test- PCR"ne donne aucune indication d'une infection par un virus, et encore moins d'une infection par Sars-Cov-2".

Video of comment_detecter_le_covid-19_afp_anime

2. "Le coronavirus n'a causé aucune surmortalité dans le monde" FAUX

Selon M. Reiner Fuellmich, dans le monde, "il n'y a eu nulle part de surmortalité" depuis l'apparition du nouveau coronavirus.

"Le coronavirus n'a causé aucune surmortalité dans le monde et certainement pas ici en Allemagne", assure-t-il au début de son intervention.

S'il est vrai que les chiffres ne montrent pas d'excès significatifs de mortalité en Allemagne cette année, il est faux d'affirmer qu'aucun pays n'a connu de surmortalité durant la première vague épidémique au printemps 2020.

Plusieurs études démographiques prouvent le contraire.

Une étude publiée en juillet et menée en Italie avec les méthodes utilisées habituellement pour mesurer la mortalité de la grippe saisonnière a montré que, durant le pire mois de la pandémie de Covid-19, le nombre de morts a doublé par rapport aux années précédentes.

En Belgique, une étude similaire montre qu'en avril 2020, la mortalité s'est rapprochée de façon inédite des niveaux enregistrés dans le pays lors de la Seconde Guerre mondiale.

En France, l'Insee explique dans une publication du 18 septembre 2020 qu'"au cours des 20 dernières années, en France métropolitaine, deux évènements ont entraîné de fortes hausses des décès : la canicule de l'été 2003 et la Covid-19 au printemps 2020".

Enfin, sur l'indicateur européen Euromomo, qui compile et compare les chiffres officiels de la mortalité de 24 pays européens, on peut voir facilement que les pics de mortalité observés dans les pays les plus frappés par l'épidémie sont 1,5 à 4 fois supérieurs à la mortalité observée durant les habituelles périodes grippales de l'hiver.


Capture d'écran prise le 9 octobre 2020

3. "En Allemagne, les enfants sont enlevés à leurs parents s'ils ne respectent pas les règles de quarantaine, de distanciation et de port du masque." Très exagéré

Cette affirmation est en réalité très exagérée.

Comme nous l'expliquions dans cet article publié à la fin du mois d'août : en Allemagne, toute action concernant un enfant potentiellement porteur du virus doit se faire en présence d'un parent ou d'un tuteur légal, et la quarantaine est censée se dérouler, si possible, à domicile. 

Cette rumeur remonte à la fin du mois de juillet, après l'envoi de lettres par les services sanitaires à des familles de deux districts allemands (Karlsruhe et Offenbach).

Ces courriers préconisaient qu'un enfant contaminé évite "tout contact avec les autres membres de la famille en assurant une séparation dans le temps et dans l'espace (pas de repas commun, si possible faire en sorte qu'il se tienne dans une pièce séparée​)."

L'association "Familien in der Krise" (Familles en crise) avait alors qualifié l'obligation d'isoler un enfant au sein du foyer familial de "cruauté psychique".

Au début du mois d'août, dans ce contexte polémique, des rumeurs évoquant des "placement abusifs en quarantaine" décidés par l'administration ont alors émergé sur les réseaux sociaux.

Le district de Karlsruhe avait alors répondu aux rumeurs assurant qu'un enfant puisse être envoyé seul en quarantaine à l'hôpital : "Si une telle décision devait être prise, l'enfant ne serait jamais isolé seul mais avec l'un de ses parents", expliquait son porte-parole à l'AFP rappellant que "l'autorisation d'un juge est nécessaire" dans ce cas de figure. 

Le district a également précisé dans son communiqué qu'une "telle mesure coercitive est réservée aux cas extrêmes" ou de récidive.

L'association "Familien in der Krise" avait salué le 7 août le fait que les deux districts aient reconnu des formulations "ambiguës" dans leur courriers initiaux.

Elle a déclaré considérer "la quarantaine à domicile comme un moyen raisonnable et approprié de prévenir la propagation du Covid-19" tout en exigeant "la prise en compte des besoins spéciaux des enfants et la proportionnalité dans la mise en œuvre des mesures".

4. Des médecins payés pour mentir et inscrire Covid-19 sur les certificats de décès ? Rumeurs démenties

L'auteur de la vidéo évoque, sans les citer, de "nombreux rapports crédibles" prouvant que "des médecins et hôpitaux du monde entier ont été payés pour déclarer une personne décédée comme victime du Covid-19 plutôt que d'inscire la vraie cause sur le certificat de décès".

Attention, des rumeurs similaires ont circulé dans trois pays européens et ont à chaque fois été démenties par les hôpitaux, les médecins et par les autorités sanitaires des pays concernés dans des articles de vérifications (1, 2, 3).


Des médecins dans l'unité de soins intensifs pour des patients Covid-19 à l'hôpital la Croix-Rousse à Lyon le 15 septembre (JEFF PACHOUD / AFP)

En mai, un faux visuel affirmait que les médecins britanniques touchaient 120 £ pour déclarer un décès Covid-19 au lieu de 75 £ pour un certificat mentionnant une autre cause de décès.

En réalité, il n'existe pas de prime, ni de frais pour établir un certificat de décès, quel qu'en soit la cause, a expliqué l'Association britannique de médecine à nos confrères de l'agence Reuters.

En Belgique, une publication évoquant un "subside de 5.000 euros versé à chaque décès dû au virus" avait circulé sur Facebook à la fin du mois d'août. Plusieurs hôpitaux belges et les autorités fédérales l'avaient fermement démentie dans l'un de nos articles de vérification.

Enfin, en France, ces rumeurs évoquaient entre 55 et 5.000 euros "d'incitations financières" pour "cocher la case Covid" lors d'un nouveau décès à déclarer, affirmait une publication virale au mois de septembre.

Un "fantasme" selon le Dr François Simon, représentant de l'Ordre des médecins. "Il ne faut avoir aucune idée sur ce qu'est la comptabilité publique pour imaginer un mécanisme permettant de soustraire et distribuer de telles sommes", expliquait-il à l'AFP le 5 octobre.

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