Attention, ce protocole anti-Covid n'émane pas du ministère camerounais de la Santé

Attention, ce protocole anti-Covid n'émane pas du ministère camerounais de la Santé

, publié le lundi 15 mars 2021 à 14h20

Un protocole médical attribué au ministère de la Santé camerounais circule depuis le 9 mars sur les réseaux sociaux: il préconise le recours à l'hydroxychloroquine, à l'azithromycine, au zinc et à la vitamine C pour soigner le Covid-19. Il s'agit en réalité d'un faux, selon les autorités sanitaires camerounaises. Ces dernières assurent ne pas reconnaître cette prescription et mettent en garde la population contre l'automédication.

Une publication associée à une fiche de format A4, floquée du logo du ministère camerounais de la Santé, circule sur les réseaux sociaux depuis le 9 mars. Il s'agit du "protocole Covid-19" établi par le Cameroun, assure l'auteur de ce post, relayé sur plusieurs pages Facebook mais aussi sur des messages WhatsApp (1, 2, 3...).

Ce "plan de mise sous traitement", présenté comme un document officiel, propose une liste de médicaments à prendre en cas de test positif au coronavirus. Parmi eux: l'hydroxychloroquine et l'azithromycine, traitement controversé défendu par le professeur français Didier Raoult, mais aussi le zinc et la vitamine C.

"Ayez le protocole chez vous", insiste en lettres capitales le responsable de cette page Facebook, qui invite les lecteurs à s'automédiquer. "Si vous ressentez un moindre malaise appliquez d'abord le protocole avant de cherchez (sic) à comprendre. Ne soyez pas le spectateur de votre protection physique et mental(e)", recommande-t-il.


Capture Facebook, réalisée le 12 mars 2021



En commentaires, les internautes modifient la prescription au gré de leur "expérience". "Le 5 là on remplace ça avec une bouteille de djindja-jus de gingembre- bien glacé... Ça va chauffer à l'intérieur", croit savoir l'un d'eux. "C'est bien ainsi moi-même j'ai eu à traiter un malade avec ce protocole, mais pour moi la vitamine D est plus efficace pour les adultes", affirme un autre.

"Ce serait catastrophique"

Certains internautes se disent néanmoins sceptiques, en raison du caractère peu crédible du document. Ils n'ont pas tort.

La fiche comporte certes le logo du ministère de la Santé. Mais on n'y trouve pas de date, pas de sceau et pas de signature, notamment de la Délégation régionale de la santé publique du Centre, censée être à l'origine du document. Or ces éléments sont normalement présents sur les documents officiels du ministère, comme on peut le voir sur le communiqué ci-dessous.


Copie d'un communiqué officiel du ministère de la Santé camerounais, réalisée le 15 mars 2021


"Cette note" est bel et bien "un fake", confirme auprès de l'AFP le porte-parole du ministère de la Santé publique, Clavère Nken, pour qui le ministère ne pourrait pas prendre le risque de diffuser un document pareil. "Ce n'est pas sur l'espace public que l'on trouverait ça (...) Cela créerait la ruée vers l'automédication et ce serait catastrophique", insiste-t-il.

Des propos confirmés par la responsable de la Délégation régionale de la santé publique du Centre, Charlotte Moussi, qui assure que ce "plan de mise sous traitement" relayé sur Facebook ne pourrait pas en tout état de cause avoir été émis par ses services.

"Nous donnons ce genre de fiche aux malades pour expliquer la posologie et la durée du traitement pour les cas asymptomatiques que nous avons gérés en ambulatoire. A ceci près que nos fiches portent les noms du patient et du dispensateur ou du médecin référent", détaille-t-elle.

La responsable médicale précise qu'un tel document ne pourrait pas être diffusé sur les réseaux sociaux car "les patients ne sont pas standardisés". "Chacun a ses antécédents, ses susceptibilités, ses allergies, etc (...) L'évaluation des facteurs de risque permet de classer chaque patient dans une catégorie bien précise", explique Mme Moussi, qui met en garde les patients contre "l'automédication".

Les protocoles médicaux "varient en fonction des états cliniques" des patients, abonde le professeur Yap Boum II, épidémiologiste et directeur d'Epicentre Afrique, le centre de recherche de Médecins sans frontières (MSF) de Yaoundé au Cameroun.

Selon lui, il est inenvisageable d'avoir un seul et même protocole pour tous les malades. "La prise en charge ambulatoire ou à domicile des cas modérés" sera par exemple "différente de celle des cas sévères à l'hôpital", détaille le médecin, pour qui le traitement préconisé en cas de maladie "doit aussi être adapté au moment et à l'environnement où le patient est traité". 

Résurgence des cas

Ces publications vantant un protocole de traitement surviennent alors que le Cameroun fait face depuis quelques semaines à une résurgence des cas de Covid-19, qui pourrait être liée, selon le ministre de la Santé Manaouda Malachie, à la présence du "variant sud-africain".

A défaut d'un confinement et d'un couvre-feu stricts, le gouvernement prône depuis plusieurs mois le respect des mesures barrières. Un plan de vaccination a par ailleurs été annoncé. Le Cameroun espère ainsi recevoir deux millions de doses de vaccins, dans le cadre de l'initiative Covax, créée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Ces initiatives ont suscité des espoirs, mais aussi des rumeurs sur les réseaux sociaux, sur fond de défiance envers la vaccination et de polémiques persistantes sur les traitements disponibles et le meilleur moyen de lutter contre le Covid-19.

Des produits non validés scientifiquement

Ces derniers mois, plusieurs médicaments ou molécules ont ainsi été mise en avant pour leur efficacité supposée face au coronavirus. Parmi eux: le plaquenil (hydroxychloroquine), l'azithromycine, le zinc et la vitamine C, quatre produits justement recommandés par le "protocole" qui circule sur les réseaux sociaux. Or comme l'AFP l'a vérifié dans de nombreux articles, il n'existe à ce jour aucune preuve scientifique solide de leur efficacité.


L'entrée de l'hôpital général de Yaoundé à Yaoundé le 6 mars 2020, alors que le Cameroun vient de confirmer son premier cas de coronavirus de la COVID-19
(AFP)

L'hydroxychloroquine (HCQ), un traitement couramment utilisé contre le paludisme, que de nombreux pays africains ont adopté aux premières heures de la pandémie, a certes fait l'objet de plusieurs études censées démontrer son "efficacité" face au Covid-19, publiées notamment par le professeur français Didier Raoult.

Mais ces études ont été très critiquées en raison de leur méthodologie (groupes de patients trop petits pour les deux premières, pas de groupe témoin dans la troisième). Et depuis, des études randomisées (la méthode considérée comme la plus fiable pour tester un traitement, avec un groupe recevant le traitement et un groupe témoin recevant un placebo) ont conclu que l'hydroxychloroquine n'était pas efficace contre le Covid-19.

Le zinc, un oligo-élément présent notamment dans les viandes maigres, les fruits de mer, les œufs, le fromage, les fèves de soja et les céréales enrichies, joue de son côté un rôle important dans la régulation du système immunitaire, comme l'explique le site de la Fondation pour le cancer en Belgique.

Mais il n'est pas recommandé pour autant pour soigner le Covid-19. Les niveaux de zinc d'un être humain sont "soigneusement régulés" et tout excès est excrété, il n'y a donc "aucune chance qu'un niveau inhibiteur puisse atteindre les cellules infectées par un virus", a ainsi expliqué Ian Jones, professeur de virologie à l'université de Reading, en Angleterre, dans un précédent fact check de l'AFP.

Quant à la consommation de vitamine C, connue elle aussi pour renforcer le système immunitaire, rien ne prouve à ce jour qu'elle permet de prévenir la transmission du Covid-19 ou de le guérir, comme le précise l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans sa rubrique "en finir avec les idées reçues".

Si "les vitamines C et D stimulent le système immunitaire" et si "rester hydraté vous permet également d'avoir un métabolisme optimal", cela n'empêche pas l'infection par le virus, qui se transmet "par voie respiratoire, via les mains ou le nez", a ainsi rappelé l'épidémiologiste belge Yves Coppieters dans un précédent article de vérification de l'AFP.

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