Attention aux fausses affirmations de cet infirmier sur la vaccination obligatoire en Ehpad

Attention aux fausses affirmations de cet infirmier sur la vaccination obligatoire en Ehpad

publié le vendredi 20 août 2021 à 17h30

Un soignant non vacciné ne peut pas contaminer un résident d'Ehpad vacciné, affirme dans un échange partagé plus de 100.000 fois cet été sur Facebook un infirmier opposé à la vaccination obligatoire pour le personnel soignant à compter du 15 septembre. C'est faux : les vaccins anti-Covid 19 n'empêchent pas d'être contaminé à nouveau et n'en ont pas l'ambition, d'après la communauté scientifique. Deux récentes études ont par ailleurs montré que l'efficacité du vaccin baissait avec l'âge avancé des résidents et que la plupart des clusters dans ces établissements avaient été causés par des soignants non vaccinés. "Les soignants qui ne sont pas vaccinés ne pourront pas contaminer des résidents vaccinés", affirme un infirmier libéral au micro de RMC pour expliquer son opposition à la vaccination obligatoire pour les soignants d'Ehpad. "Si le vaccin fonctionne, même si je suis à leur contact, je ne peux pas les contaminer, ils sont vaccinés dans les Ehpad, quel est le risque?", poursuit Aurélien dans cette intervention datée du 17 juin et rediffusée le 3 août sur Facebook .

Attention, cette affirmation est fausse. Les vaccins anti-Covid 19 existants n'empêchent pas d'être contaminé à nouveau et deux récentes études ont par ailleurs montré que l'efficacité du vaccin baissait avec l'âge avancé des résidents et que la plupart des clusters dans ces établissements avaient été causés par des soignants non vaccinés.

Revenons d'abord sur la décision du gouvernement de rendre obligatoire, à compter du 15 septembre prochain, la vaccination pour les personnels des hôpitaux, cliniques, Ehpad et maisons de retraite, qui est au coeur de l'intervention d'Aurélien. Cette mesure, confirmée le 12 juillet par Emmanuel Macron, prévoit une interdiction d'exercer avec suspension du salaire pour les professionnels qui refuseraient la vaccination à compter de cette date. Elle est présentée comme une réponse à la recrudescence de cas liés à la progression du variant Delta, plus contagieux, sur le territoire.

Les Ehpad, "c'est là où on trouve les personnes les plus fragiles", a souligné le ministre de la Santé Olivier Véran sur BFM TV le 17 juin. "Certaines personnes n'ont pas pu être vaccinées pour des raisons de santé - je parle de résidents - je considère qu'il est indispensable, qu'il est éthique de se faire vacciner quand on est en contact de personnes fragiles".

"Il n'y a aucune justification, rien qui justifie que lorsqu'on est soignant en Ehpad on décide de ne pas se faire vacciner", a-t-il ajouté. "On ne prendra pas le risque qu'à la rentrée s'il devait y avoir un variant qui circule ou une reprise épidémique avec les conditions automnales, d'exposer des personnes fragiles âgées du fait que des soignants auraient refusé de se faire vacciner".

Saluée par une grande partie de la profession, l'annonce de la vaccination obligatoire a toutefois du mal à passer auprès de certains soignants, à l'image d'Aurélien qui, sur RMC, a émis des doutes sur l'utilité de la vaccination pour le personnel d'Ehpad mettant en avant que ce dernier ne risquait pas de contaminer les résidents très majoritairement vaccinés.

Or, le risque d'une contamination existe, même pour les personnes disposant d'un schéma vaccinal complet. Contrairement à d'autres vaccins entraînant une immunité stérilisante, les vaccins développés contre le Covid-19 à ce jour offrent en effet une immunité effective, c'est-à-dire qu'elle n'empêche pas la contamination de l'organisme par un virus ni sa multiplication, mais prévient le développement des principaux symptômes de la maladie.

"Même quand on est vacciné, il reste un risque d'attraper la Covid si on est exposé au virus (même si la maladie sera le plus souvent moins grave), et de le transmettre par la suite (même si votre contagiosité sera elle aussi diminuée)", détaille ainsi le ministère français de la Santé sur le site internet "Mes conseils Covid".

"Le virus arrive dans le nez et devient dangereux dans les poumons. Or, ce que prévient le vaccin, c'est la descente dans le système respiratoire jusqu'aux poumons, c’est pour ça qu'on est à presque 95% d’efficacité sur les formes graves" de la maladie, expliquait le 3 août à l'AFP Claude-Agnès Reynaud, immunologiste à l'Inserm.

L'infirmier qui intervient sur RMC occulte également la réponse immunitaire moindre des personnes âgées mise en lumière par plusieurs études récentes. Sur le cas particulier des Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), deux études ont été présentées en juillet dernier devant le Congrès européen de microbiologie clinique et des maladies infectieuses (ECCIMD).

La première, menée par les Hôpitaux civils de Colmar et portant sur un Ehpad de l'est de la France, a montré que l'efficacité des vaccins existants diminuait avec l'âge, notamment dans les Ehpad. Rien de surprenant, relevait l'étude, compte tenu de l'immunosénescence - l'affaiblissement du système immunitaire lié à l'âge -qui rend de fait possible la contamination de personnes âgées par le Covid-19 même lorsqu'elles sont complètement vaccinées.

"Bien que la vaccination contre le COVID-19 reste très protectrice (...), elle semble un peu moins efficace chez nos patients les plus âgés. Il est donc important d'atteindre un niveau très élevé de vaccination afin de prévenir l'apparition de nouveaux foyers et protéger les résidents et les soignants", soulignait Martin Martinot, qui a dirigé l'étude, dans un communiqué publié le 11 juillet.

La seconde étude s'est elle concentrée sur des clusters de Covid-19 survenus dans des Ehpad de la région Auvergne-Rhône-Alpes entre le 1er mars et le 31 mai 2020. "Mises à part les infections du personnel, rien d'autre n'a influencé l'apparition de foyers pendant le confinement, le personnel était donc la source probable d'épidémies de COVID-19 parmi les résidents", a relevé l'une des auteurs de l'étude, Emilie Piet, du Centre Hospitalier Annecy Genevois.

( AFP / FRANCOIS LO PRESTI)

Dans ce contexte et face à la perspective d'une quatrième vague et la progression du variant Delta, le Conseil scientifique s'est prononcé en juin en faveur d'une troisième dose de vaccin à ARN messager pour les personnes de plus de 80 ans et les résidents d'Ehpad. "Les rares études disponibles montrent une absence d’anticorps après deux doses aux environs de 30%" chez les individus vivant en maison de retraite, a-t-il noté dans son avis daté du 6 juillet.

Le 5 août, Emmanuel Macron a annoncé qu'une troisième dose de vaccin contre le Covid-19 serait proposée "à la rentrée" pour "les plus âgés et les plus fragiles", sans donner plus de précisions.

Selon le dernier bilan de Santé publique France, 91,5% des résidents en Ehpad ou en unités de soin longue durée (USLD) avaient reçu au 17 août une première dose de vaccin et 88% disposaient du schéma vaccinal complet. Chez les professionnels de santé, la vaccination était en progression : 84,0% des professionnels en Ehpad ou USLD avaient reçu une première dose et 72,3% la vaccination complète. Le taux atteignait respectivement 91% et 86% pour les professionnels libéraux et 83,9% et 73,8% pour les professionnels en établissement de santé.

Outre la France, d'autres pays ont choisi d'imposer la vaccination aux soignants face à la progression du variant Delta, plus contagieux, c'est le cas notamment de la Grèce, de l'Italie ou encore du Royaume-Uni. En Italie, un décret-loi du 25 mai, qui oblige les médecins et personnels de santé à se faire vacciner sous peine de ne plus pouvoir exercer au contact de personnes, a été attaquée en justice par 300 soignants.

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