Application Covid : non, le gouvernement belge n'a pas "piégé tous les téléphones"

Application Covid : non, le gouvernement belge n'a pas "piégé tous les téléphones"

, publié le vendredi 31 juillet 2020 à 12h32

Une publication partagée plus de 1.000 fois depuis 5 jours sur Facebook en Belgique affirme que "le gouvernement a piégé tous les téléphones portables" en y installant "l'application Covid" à l'"insu" de leurs propriétaires. C'est faux: la fonctionnalité mise en avant dans cette publication n'est pas une application de traçage des cas de Covid-19. Une telle application ne sera en outre disponible qu'en septembre dans le pays. 

"ALERTE INFOS ! Le gouvernement a piégé tous les téléphones portables !" s'indigne l'auteur de cette publication. "L'application Covid a été installée sur ton téléphone à ton insu par la mise à jour automatique du téléphone. Cette notification aura pour but de contrôler tes données et autres infos te concernant par rapport au Covid19!". S'ensuit une description de la marche à suivre pour trouver "l'application" sur son propre téléphone, apparemment réservée aux Android puisque l'onglet "Google" n'est pas disponible sur les téléphones d'Apple. 


Capture d'écran réalisée sur Facebook le 31 juillet 2020

Cette publication a été partagée plus de 1 000 fois sur Facebook en Belgique depuis le 26 juillet 2020. Elle avait déjà été partagée au Canada en juin, comme l'avaient relevé nos collègues de Radio Canada. Des publications similaires ont également circulé en France au printemps lors du lancement de l'application StopCovid. 

Une interface développée par Google et Apple, pas une application

Une fonctionnalité intitulée "Notifications d'exposition au COVID-19" existe bien dans les téléphones Android. Ce n'est pas spécifié dans cette publication, mais une interface comparable existe également dans les téléphones Apple sous le système d'exploitation iOS 13.5, sous l'appellation "journalisation des expositions au Covid-19". 

Dans les commentaires, un internaute a d'ailleurs partagé une capture d'écran de son portable avec ce service de "notifications", qui apparaît désactivé, y voyant "la preuve" du "piège" du gouvernement. 


Capture d'écran réalisée sur Facebook le 31 juillet 2020

Cependant, si ces fonctionnalités existent bien, cela ne signifie pas qu'une application de tracking du Covid-19 a été installée sur votre téléphone. Il s'agit en fait d'une interface de programmation, intégrée aux dernières mises à jour des téléphones Android et Apple pour permettre, comme l'écrit la marque à la pomme sur son site, de "prendre en charge les applications de recherche des contacts des patients atteints du Covid-19 mises à disposition par les autorités de santé publique". Elle avait commencé à être déployée le 20 mai, comme l'AFP l'avait écrit dans cette dépêche. 

"Ce que nous avons construit n'est pas une application, mais plutôt une interface de programmation (API) que les agences de santé pourront intégrer dans leurs propres applications", avaient alors précisé les deux géants américains, qui avaient initié leur partenariat le 10 avril dernier.

Lorsque l'on ouvre ce service de "notifications d'exposition" dans les paramètres d'un téléphone Android, on peut en effet constater qu'il est accompagné d'une mention qui précise: "Pour activer les notifications d'exposition au Covid-19, installez une application éligible". 


Capture d'écran réalisée sur un téléphone Android le 31 juillet 2020


En France, des rumeurs similaires avaient circulé avant le lancement de l'application StopCovid le 3 juin. Le hacker français Baptiste Robert, alias Elliot Alderson, avait alors expliqué sur son compte Twitter que cette API, "installée par défaut sur votre tel par Apple et Google", est "inactive si aucune app de contact tracing n'est installée" sur le téléphone. StopCovid, avait-il souligné, "n'est pas installée automatiquement sur votre téléphone". 

Cette application StopCovid, téléchargeable sur la base du volontariat sur les magasins d'applications Google ou Android, n'utilise d'ailleurs pas l'interface de Google et Apple, contrairement à la plupart de ses voisins européens. 

 L'application de traçage du Covid-19 n'est pas encore développée en Belgique 

Par ailleurs, le gouvernement belge ne peut pas avoir "installé l'application Covid sur ton téléphone" puisqu'en Belgique celle-ci n'est tout simplement pas encore disponible. Le comité interfédéral Testing & Tracing a annoncé lundi 27 juillet que cette application, appelée "Coronalert", ne serait disponible qu'en septembre prochain. 

"Le gouvernement belge n'a pas installé d'application sur les téléphones des gens", explique Jean-Michel Dricot, professeur de cybersécurité à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et membre du comité scientifique chargé de la supervision du développement et de la sécurité de l'application Coronalert, interrogé par l'AFP jeudi 30 juillet.

Selon ce spécialiste, cette application sera basée sur le modèle de l'application allemande : "Elle utilisera le système Apple/Google Bluetooth DP3T, développé par une trentaine de chercheurs en Europe", développe-t-il. "Lorsque vous vous baladerez dans la rue vous pourrez, uniquement sur la base du volontariat, activer votre Bluetooth et l'application. Votre téléphone enverra alors un identifiant aux personnes présentes autour de vous et qui auront activé leur application. Cet identifiant changera toutes les heures." Tous les identifiants seront ensuite rassemblés dans une base de données chiffrée, stockée directement sur le téléphone des utilisateurs.

"Les données seront complètement cryptées", insiste Jean-Michel Dricot, "il sera impossible de relier les identifiants à un utilisateur." Il assure que le gouvernement n'aura pas accès à ces identifiants, grâce au système décentralisé de stockage des données - sur les téléphones des utilisateurs et non sur des serveurs externes. 

En France, l'application StopCovid a été téléchargée entre 2 et 2,5 millions de fois depuis son lancement début juin. Elle est controversée, ses adversaires estimant qu'elle ne protège pas assez les données personnelles de ses utilisateurs. En juillet, la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) a relevé des "irrégularités" dans l'application, notamment en ce qui concerne le recaptcha (le dispositif visant à empêcher les "robots" d'utiliser l'application), et demandé au gouvernement d'y remédier.

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