A ce jour, les scientifiques n'ont pas identifié d'arbre âgé de 6.000 ans

A ce jour, les scientifiques n'ont pas identifié d'arbre âgé de 6.000 ans

publié le mercredi 15 septembre 2021 à 16h03

Une photo partagée plus de 300 fois en moins de 24 heures montre, selon l'internaute qui la publie sur Facebook, un "baobab âgé de 6.000 ans". Or cet arbre, pris en photo dans un village de Namibie au début des années 2000 par un photographe américain, est âgé de 2.000 ans, selon les propos rapportés de son guide de l'époque. Aucun arbre de 6.000 ans ou plus n'a été découvert par les scientifiques à ce jour, malgré l'apparition récurrente sur les réseaux sociaux de photographies de baobabs qui seraient aussi âgés, selon les internautes qui les font circuler.L'arbre est si imposant que son tronc occupe presque toute l'image. Sur ce dernier, les nœuds montent comme autant de veines jusqu'à ses premières branches. Le feuillage de ce baobab, très vert, surplombe une quinzaine d'enfants qui, main dans la main, entourent le tronc de leurs bras. Cet arbre gigantesque serait un "baobab âgé de 6000 ans", s'émerveille un internaute sur Facebook. 

Cette publication a été partagée plus de 300 fois en moins de 24 heures.

Un baobab namibien de 2.000 ansPourtant, cette photo montre un arbre âgé de 2.000 ans, et non pas 6.000.

Une recherche d'images inversée sur le moteur de recherche Bing permet de retrouver la photo originale publiée sur Flickr, un site dédié à la photographie. Elle apparaît sur le compte de Michael Fairchild, un photographe américain. Intitulée "Baobab with kids" (Baobab avec enfants), cette image montre selon la légende composée par le photographe un baobab dans un "petit village namibien" âgé de "2.000 ans", et a été prise le 30 août 2003. "J'ai demandé à notre guide de m'aider à composer cette image avant de donner nos cadeaux [aux enfants du village]", raconte encore l'Américain dans ce court paragraphe. 

Les données Exif (carte d’identité numérique précisant notamment la date et l'heure de la prise de vue) de ce cliché , consultable librement sur la même page Flickr sous le cliché, confirme cette date de prise de vue.

Capture d'écran du compte Flickr de Michael Fairchild, réalisée le 15 septembre 2021 Capture d'écran des données Exif disponibles sur le compte Flickr de Michael Fairchild, réalisée le 15 septembre 2021 

 

Contacté par l'AFP, l'artiste, dont l'activité professionnelle est basée à Huntington, dans l'Etat de New-York (Etats-Unis), confirme à l'AFP avoir "pris cette photo dans un village appelé Rafuba, en Namibie" alors qu'il "était à la tête d'un voyage en safari", et indique l'avoir également publiée sur son site. Dans un court texte qu'il a communiqué à l'AFP, intitulé "Histoires de famille. La leçon du baobab", le photographe professionnel raconte son arrivée en Namibie par le Botswana à la fin de l'été 2003 et son passage par le village de Rafouba. "J'ai alors aperçu le magnifique baobab, qui était clairement le principal point de rencontre" du village, décrit-il. C'est le guide local qui l'accompagnait qui lui précise l'âge de l'arbre.

Quelle que soit sa localisation exacte, ce baobab ne peut cependant pas avoir 6.000 ans, cette longévité étant excessive pour ce type d’arbre, comme nous l'avions expliqué dans un précédent article portant sur un autre baobab auquel les internautes prêtaient également ce grand âge.

Selon une étude du journal scientifique Nature Plants parue en 2018, le plus vieux baobab connu se trouvait au Zimbabwe: les auteurs ont estimé son âge à environ 2.450 ans à sa mort, en 2011. Depuis, les scientifiques n'ont pas découvert de spécimen aussi âgé que le prétend la publication virale.

Le baobab, un arbre mythiqueLe baobab, qui appartient à la famille des Bombacaceae, "est un arbre caduc couramment rencontré aux Comores, à Madagascar et en Afrique tropicale où il est d'ailleurs l'emblème du Sénégal", comme l'explique le blog du Monde dédié au jardinage. Neuf espèces de baobabs sont recensées dans le monde, mais le continent africain n'en accueille qu'une: l’Adansonia digitata. Les autres variétés sont présentes à Madagascar, à l'exception de l'une d'entre elles, endémique de l'Australie.

Un baobab dans les champs, à la lisière de la forêt de Bandia, au Sénégal, le 25 septembre 2019. ( AFP / JOHN WESSELS)Selon l'écologue Pascal Danthu, sollicité par l'AFP en avril 2021, le baobab est "très utilisé par les populations" locales, notamment pour ses fruits, ses feuilles et autrefois ses fibres. Mais au-delà de ces utilisations pragmatiques, l'arbre a "un côté sacré" et sert parfois pour "des cultes plutôt liés à la femme et à l'enfant". Dans les pays où il est présent, le baobab est en effet "vu comme un arbre mythique, mystique", auquel sont associées de nombreuses "vertus", confirmait à l'AFP Jean-Marie Amoa, représentant au Cameroun de l'Association pour la Protection de la diversité et l'Adoption des Gestes Marqueurs (ASPROBIO/AGM), à la même époque.

Les baobabs peuvent notamment rétablir "une aura perdue", favoriser les "remèdes", "l'abondance"... Et se laver avec ses feuilles est un "gage de prospérité", citait notamment M. Amoa. Dans le centre du Cameroun, l'arbre est surnommé "Douma, la gloire", soulignait-il encore. 

Deux cueilleuses de fruits de baobab tiennent dans leurs mains les fruits qu'elles ont récoltés dans le village de Muswodi Dipeni, dans la province de Limpopo, dans l'est de l'Afrique du Sud, le 28 août 2018 ( AFP / MARCO LONGARI)Aujourd'hui, les plus âgés de ces "arbres de vie", comme ils sont parfois surnommés, sont menacés par le réchauffement climatique. "Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les grands baobabs d'Afrique australe ont commencé à mourir, mais depuis 10/15 ans, leur disparition a rapidement augmenté à cause des températures très élevées et de la sécheresse", expliquait en 2018 à l'AFP Adrian Patrut, coauteur de l'étude de Nature Plants citée plus haut.

"Ces décès n'ont pas été causés par une épidémie", affirmaient à l'époque les auteurs de l'étude, en suggérant que le changement climatique pourrait affecter la capacité du baobab à survivre dans son habitat. "La région dans laquelle les baobabs millénaires sont morts est l'une de celles où le réchauffement est le plus rapide en Afrique", s'inquiétait alors Adrian Patrut.

Un pin Bristlecone, doyen mondial des arbresSi les baobabs africains sont bien les arbres à fleurs dont la longévité est la plus importante au monde, le plus vieil arbre identifié sur Terre n'est pas un baobab, et ne se trouve pas en Afrique: il s'agit d'un pin Bristlecone (Pinus longaeva) appelé "Mathusalem", situé dans l'est de l'Etat de Californie, aux Etats-Unis. Selon le Rocky Mountain Tree Ring Research, une organisation américaine spécialisée dans l'étude du vieillissement sylvestre, ce spécimen est âgé d'environ 4.850 ans, ce qui en fait à ce jour le plus vieil arbre encore vivant au monde, daté de manière fiable par des scientifiques. Le pin Bristlecone, une espèce très rare, est uniquement présent dans le Nevada, en Californie et en Utah. 

De très anciens pins Bristlecone pris en photo le 13 septembre 2007 dans les Montagnes blanches, situées dans la Forêt nationale d'Inyo, près de Bishop, en Californie (Etats-Unis) ( AFP / GABRIEL BOUYS)Un autre pin Bristlecone, abattu en 1964 par un étudiant américain et situé dans cette même région, avait été identifié comme l'arbre le plus ancien du monde avant sa disparition. Toujours selon le Rocky Mountain Tree Ring Research, ce spécimen, baptisé "Prometheus",  avait alors 4.900 ans. 

Néanmoins, la dendrochronologie, c'est-à-dire l'étude de l'âge des arbres d'après les couches concentriques repérables dans la coupe transversale des troncs, "n'en est qu'à ses débuts, surtout dans les régions tropicales", soulignait en avril 2021 auprès de l'AFP Neil Pederson, un chercheur en sciences forestières à l'université américaine d'Harvard. Selon lui, dater précisément un arbre est donc "très difficile, à cause de la manière dont les cernes de croissance se forment dans les zones tropicales". 

"Pour l'instant, le pin Bristlecone semble être le plus vieil arbre vivant sur Terre, que nous avons été en mesure d'identifier", explique le chercheur. Un autre pin Bristlecone encore vivant, et situé dans la même région, aurait lui plus de 5.000 ans - mais cette datation n'a pas été confirmée, concluait Neil Pederson. 

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