La Banque du Japon prolonge ses mesures anti-Covid et veut agir pour le climat

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Le ministre des Finances nippon Taro Aso (à gauche) et le gouverneur de la Banque du Japon Haruhiko Kuroda, à Tokyo, le 22 mai 2020
Le ministre des Finances nippon Taro Aso (à gauche) et le gouverneur de la Banque du Japon Haruhiko Kuroda, à Tokyo, le 22 mai 2020
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© AFP, STR, JIJI PRESS
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publié le vendredi 18 juin 2021 à 11h48

La Banque du Japon a prolongé vendredi de six mois ses mécanismes exceptionnels facilitant les prêts aux entreprises face à la pandémie, et a créé la surprise en annonçant un futur outil de financement destiné à soutenir les investissements environnementaux d'institutions financières.

Ses mécanismes de prêts aux entreprises mis en place depuis le printemps 2020 ont été prolongés jusqu'à fin mars 2022.

Le financement de sociétés privées japonaises, notamment de petites et moyennes entreprises (PME), "risque de rester sous pression à cause de l'impact du nouveau coronavirus, même si (la situation, NDLR) s'est améliorée" ces derniers mois, a justifié la BoJ dans un communiqué.

Pour la première fois, la BoJ va aussi mettre en place un outil de financement destiné aux institutions financières pour leurs investissements ou prêts liés à des projets pour le climat.

Cette mesure va succéder à un autre outil financier dont le dessein était bien plus vague ("Soutenir le renforcement des fondations de la croissance économique"). La banque centrale japonaise compte détailler ce nouveau dispositif à l'issue de sa prochaine réunion en juillet, pour un lancement prévu au second semestre.

- Impact climatique "extrêmement large" -

"Les problèmes autour du changement climatique peuvent avoir un impact extrêmement large sur les développements de l'activité économique et les prix, ainsi que sur les conditions financières à moyen et à long termes", a expliqué la BoJ.

L'institution considère ainsi que "soutenir les efforts du secteur privé" face à ces défis "va contribuer à la stabilisation "des conditions macroéconomiques sur le long terme, ce qui est justement sa mission en tant que banque centrale.

Cette décision inattendue intervient alors que le débat monte au sein des banques centrales mondiales sur la question de savoir si la lutte contre le changement climatique entre ou non dans le cadre de leurs mandats.

La logique exposée par la BoJ rejoint celle que défend la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde.

"Nous manquerions à notre mandat si nous ne voyions pas que le changement climatique peut dégrader la transmission de notre politique monétaire car il est susceptible d'induire de l'instabilité financière s'il n'est pas pris en compte", avait déclaré Mme Lagarde lors d'une table ronde entre banquiers centraux début juin.

Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), avait lui toutefois estimé que la réponse au défi climatique devait venir de "responsables élus, qui ont demandé et reçu un mandat des électeurs".

L'initiative de la BoJ survient aussi sur fond d'un objectif de neutralité carbone à horizon 2050 que le Japon s'est fixé en 2020. Le pays a aussi récemment relevé son objectif de réduction d'émissions de CO2 à horizon 2030.

- Statu quo monétaire -

Sans surprise, en revanche, la BoJ a laissé vendredi inchangée sa politique monétaire: elle va continuer d'appliquer un taux négatif de 0,1% sur les dépôts des établissements financiers auprès d'elle et elle a maintenu sa politique de rachat illimité d'obligations publiques japonaises consistant à maintenir leurs rendements à dix ans autour de 0%.

Face à des perspectives d'inflation toujours très faibles au Japon (+0,1% en mai sur un an hors produits frais, selon un chiffre publié plus tôt vendredi), la BoJ a affiné en mars sa politique massive de rachats d'actifs pour la prendre plus durable.

La BoJ a depuis significativement réduit ses rachats d'obligations publiques japonaises et de fonds indiciels négociés en Bourse (ETF), tout en se disant toujours prête à intervenir davantage "si nécessaire".

Elle a aussi prolongé vendredi de six mois, jusqu'à mars 2022, ses rachats d'obligations privées et de créances d'entreprises de court terme.

L'institution monétaire continue d'estimer que l'économie nippone, qui s'est contractée de 1% au premier trimestre 2021 par rapport au trimestre précédent, devrait se redresser avec la diminution graduelle de l'impact du Covid-19. Mais l'inflation devrait rester encore proche de 0% dans les prochains mois, selon elle.

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