Cérémonie de commémoration du génocide arménien
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Il est désormais interdit, en France, de nier l'existence d'un génocide qui a été reconnu officiellement par l'Assemblée. Les députés ont approuvé jeudi cette proposition de loi pourtant très décriée, ouvrant ainsi un véritable conflit avec la Turquie. Actuellement, les deux seuls génocides reconnus par la France sont en effet la Shoah, dont la négation était déjà punie depuis la loi Gayssot de 1990, et le génocide arménien de 1915. Les contrevenants s'exposent à un an de prison et 45 000 euros d'amende.
Ankara a aussitôt rappelé son ambassadeur à Paris, suspendu les visites et gelé sa coopération politique et militaire avec la France. Or, en 2010, la Turquie a compté près de 12 milliards d'euros d'échanges avec la France. Mais la Turquie a toujours nié que l'Empire ottoman ait systématiquement procédé à l'élimination de 1,5 million d'Arméniens. Tout juste reconnaît-elle 250 000 à 500 000 morts dans une opération de sécurisation du pays.
Surtout, elle proteste contre le fait qu'un pays puisse se prononcer de cette façon sur l'histoire d'un autre État souverain. Pour Ankara, Paris a fait ce choix de façon électoraliste, pour s'attirer les votes des "Arméniens de France".
Au-delà du débat diplomatique, la loi ne fait pas non plus l'unanimité en France. Plusieurs historiens ont dénoncé la multiplication des lois "mémorielles"depuis une dizaine d'années (de la reconnaissance du génocide arménien à celle du "rôle positif de la colonisation", en passant par la définition de la traite et de l'esclavage comme crimes contre l'humanité). Pour Pierre Nora, cette façon de se pencher sur des crimes passés depuis très longtemps n'a pas de sens. Surtout, elle prive les historiens de la possibilité de travailler sur ces mêmes drames puisqu'il n'ont plus le droit de les mettre en doute. Enfin, nombre d'opposants estiment que c'est le rôle des historiens d'écrire l'histoire, non celui des élus.
Certains politiques jugent également que ces lois ont l'effet inverse de celui recherché puisqu'elles attisent des tensions au lieu de permettre la réconciliation. Enfin, certains estiment que l'on prive ainsi la société turque de la possibilité d'évoluer elle-même sur ces questions en favorisant la montée des extrémismes nationalistes.