Jacques Chirac "affirme avec honneur" qu'"aucune faute ne saurait (lui) être reprochée"
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Pour la première fois, la justice a condamné un ancien président de la République. Jacques Chirac a été reconnu coupable jeudi de "détournement de fonds publics", "abus de confiance" et "prise illégale d'intérêt", pour 19 emplois fictifs de la Ville de Paris. L'ancien chef de l'Etat, qui a écopé d'une peine de deux ans de prison avec sursis, a indiqué jeudi soir qu'il ne "ferait pas appel" même si "sur le fond, il conteste catégoriquement ce jugement".
Jacques Chirac "affirme avec honneur" qu'"aucune faute ne saurait (lui) être reprochée", avant de justifier sa décision de ne pas faire appel par le fait qu'il n'a "plus, hélas, toutes les forces nécessaires pour mener par (lui-même), face à de nouveaux juges, le combat pour la vérité" (NDLR: il est âgé de 79 ans). Prenant "acte du jugement", l'ex-président "se réjouit, comme (il) l'avait toujours demandé, que (ses) collaborateurs de l'époque ne soient pas pénalement sanctionnés". Et d'ajouter : "J'étais le maire. C'est à moi et à moi seul d'assumer". Enfin, Jacques Chirac fait valoir que "sur près de 470 emplois examinés, il n'en reste, après des années de procédure, que 19 qui (lui) sont imputés et encore partiellement".
Cette condamnation a suscité l'émoi de la classe politique, déjà en campagne présidentielle. Dans son camp tout d'abord, François Fillon a estimé que cette décision ne viendra pas altérer la relation "extrêmement forte" qui existe entre les Français et Jacques Chirac. "Je pense simplement que celle-ci arrive vraiment trop tard, plus de 20 ans après les faits", a commenté le Premier ministre. Dans le même sens, Nicolas Sarkozy a pris acte et assuré que "l'engagement constant de Jacques Chirac au service de la France [...] lui vaut et lui vaudra encore l'estime des Français". Jean-François Copé n'est pas en reste : "C'est une condamnation qui fait comme un choc", a renchéri le patron de l'UMP sur TF1.
A gauche, François Hollande a exprimé "une pensée pour l'homme", tout en se réjouissant que la justice soit "passée". "Elle devait passer, pour que ne s'installe pas un sentiment d'impunité", a déclaré le candidat PS à l'Elysée. Elu de Corrèze, le fief électoral des époux Chirac, François Hollande avait reçu le soutien de l'ex-président lors d'une cérémonie dans le département en juin dernier. Ce dernier a ensuite fait marche arrière. "De l'humour corrézien", avait-il rectifié.
Successeur de Jacques Chirac à la mairie de Paris, Bertrand Delanoë a justifié sa décision controversée de négocier un dédommagement avant le procès au nom de la ville de Paris, en échange de son retrait du banc des victimes. Arnaud Montebourg, qui s'était mobilisé en vain pour traduire Jacques Chirac devant la justice quand il était président, a parlé d'un "soulagement pour tous ceux qui se sont battus contre l'impunité présidentielle, maladie chronique et dangereuse du régime de la Ve République". Pour finir, la candidate d'EELV Eva Joly et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon ont invité Jacques Chirac à démissionner du Conseil constitutionnel, où il siège de droit en sa qualité d'ancien président.