Question du 6 décembre 2011 Lire la question de ce jour

Faut-il interdire la prostitution ?

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Les députés ont réaffirmé la Les députés ont réaffirmé la "position abolitionniste" de la France en matière de prostitution - © Photo AFP

L'Assemblée a réaffirmé mardi soir lors d'un vote à main levée "la position abolitionniste de la France" en matière de prostitution. Pour autant, il s'agit essentiellement d'une position de principe qui consiste à promettre, à terme, "une société sans prostitution".

Guy Geoffroy, le député UMP qui a préparé cette résolution avec Danielle Bousquet (PS) estime que "l'on doit entrer maintenant dans le concret et notre proposition de loi aura des incidences très concrètes". "Non, la prostitution n'est pas le plus vieux métier du monde, ajoute-t-il. Il faut désormais l'envisager sous l'angle de la violence faite aux femmes". C'est pourquoi la prochaine étape de sa démarche consiste pour l'Assemblée à pénaliser les clients comme le fait la Suède depuis 1999. Un projet de loi en ce sens devait être déposé hier soir mais pourrait ne pas être étudié par les députés d'ici la fin de la législature. Il prévoit des peines allant jusqu'à 2 mois d'emprisonnement et 3 750 euros d'amende pour les clients.

Il ne s'agirait que d'une nouvelle étape dans cette démarche "d'abolition" adoptée en 1946 avec la fermeture des maisons closes. Actuellement, néanmoins, la loi n'interdit pas la prostitution mais le trouble à l'ordre public. En 2003, la loi sur le racolage passif punit de peines de 2 mois de prison et 3750 euros d'amende le racolage public. Le client, lui, ne risque des poursuites (jusqu'à 3 ans de prison et 45 000 euros d'amende) que si la prostituée est mineure ou "particulièrement vulnérable". Le proxénétisme, en revanche, est sévèrement puni.

Cette pénalisation éventuelle des clients et le projet d'abolir la prostitution ne font pourtant pas l'unanimité. Des associations de défense des "travailleurs du sexe" ont manifesté mardi devant le Palais-Bourbon pour dénoncer des "politiques répressives". Des personnalités féministes comme Elisabeth Badinter se sont également opposées au projet, estimant que "si une femme souhaite gagner en trois jours ce que d'autres gagnent en un mois à la caisse d'un supermarché, c'est son droit", à une "seule condition, mais elle est essentielle" que la femme "ne soit pas contrainte". Issue d'un travail commun entre la droite et la gauche; le texte a également ses adversaires dans les 2 camps. La Droite populaire ironise: "la France invente l'eau chaude; par les temps qui courent, on a d'autres sujets à traiter!", selon Lionnel Luca. Quant aux écologistes, ils sont à "50/50", selon Yves Cochet: "la moitié d'entre nous est abolitionniste mais l'autre moitié considère que les prostituées sont des travailleuses du sexe pour qui il faut, à court terme, obtenir des droits sanitaires et sociaux".

Caroline Magnan (DioraNews)
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