En parallèle à l'hommage à la jeune fille, les questions se multiplient sur le suivi du suspect
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Il y a-t-il eu une défaillance dans le suivi du jeune homme aujourd'hui accusé d'avoir assassiné la jeune collégienne du Chambon-sur-Lignon, et si oui, à quel niveau ? C'est la polémique qui prend de l'ampleur depuis que le procureur a révélé que ce lycéen de 17 ans était, au moment des faits, sous contrôle judiciaire en attendant de répondre d'accusations de viol sur mineure. Selon le parquet, les circonstances du meurtre d'Agnès sont en effet très similaires à celles de ce précédent crime, si ce n'est que la fois précédente, la victime n'avait pas été tuée.
C'est donc tout d'abord la décision de remettre ce jeune homme en liberté à l'issue de ses 4 mois de détention provisoire qui interroge. Le procureur de Clermont-Ferrand, Jean-Yves Coquillat, a néanmoins tenté de couper court à cette polémique dès samedi soir. Pour lui, le juge qui a pris la décision de le remettre en liberté s'est appuyé sur des expertises établissant "qu'il ne présentait pas de dangerosité" et qu'il était considéré comme réinsérable. Il a par ailleurs imposé un contrôle judiciaire extrêmement strict qui était respecté par le suspect. Il devait être scolarisé dans un internat loin du Gard et de sa précédente victime supposée, et être régulièrement suivi par un psychiatre et un psychologue. Le magistrat reconnaît néanmoins que "la psychiatrie n'est pas une science exacte".
C'est en raison de ce caractère "réinsérable" que le meurtrier présumé n'avait d'ailleurs pas été envoyé en centre fermé. D’après Sabine Orsel, une ancienne juge des enfants interrogée par 20 Minutes, "ces centres accueillent surtout des jeunes extrêmement agressifs, souvent déscolarisés." Le meurtrier présumé d'Agnès, lui, était considéré comme un "garçon calme, sans histoire, comme tous les adolescents" par le maire du village dont il est originaire. Issu d'un milieu "normal" du Gard, selon le procureur qui enquête sur l'assassinat, avec un père professeur, une mère comptable et deux soeurs. Il avait par ailleurs été "sevré" de son "problème de stupéfiant" "depuis son passage en maison d'arrêt". Le même magistrat reconnaît cependant que, depuis son placement en garde à vue, il s'est montré "froid et dénué d'émotions".
Le Collège-lycée cévenol, l'établissement privé très prisé dans lequel était scolarisés aussi bien le jeune homme que sa victime, est également au coeur de la polémique. Pourquoi aucun suivi particulier de ce criminel présumé n'avait-il été mis en place alors que, selon M.Coquillat, l'établissement était au courant du profil particulier de cet élève ? Les dirigeants de l'établissement se défendent fermement, assurant que, s'ils avaient bien été mis au courant que le lycéen avait eu des ennuis avec la justice, ils ne connaissaient pas les détails. "Jamais nous ne l’aurions accueilli dans notre internat si nous avions su", assure Jean-Michel Hieaux, vice-président de cette école connue pour laisser une grande liberté à ses pensionnaires. Il se dit d'ailleurs "sidéré que, par inconséquence et irresponsabilité, un système puisse permettre à un jeune particulièrement violent d'être accueilli dans un internat mixte, ouvert, en pleine nature". "Si la justice dit que ce jeune est réinsérable (...), c'est notre mission que de pouvoir l'accueillir", explique néanmoins le directeur. Mais, pour Philippe Tournier, Secrétaire général du principal syndicat de chefs d'établissement, le SNPDEN, "on ne peut pas reprocher à l'établissement de ne pas faire le travail de la justice..."
Une défense qui ne convainc pas la famille de la victime pour qui non seulement l'établissement était au courant mais il avait failli renvoyer le suspect en juin dernier suite à des problèmes avec une autre jeune fille. "Il faudrait que tout le monde assume ses responsabilités. Agnès ne mérite pas ça", estime donc le père de la jeune fille.
Le ministre de la Justice a décidé d'ouvrir une enquête pour "savoir s'il y avait eu défaillance ou non" dans le suivi judiciaire du présumé assassin.