Des affiches de la campagne Benetton dans les rues de Paris.
- © Photo AFP
La colère est froide. Terrible. Et depuis mercredi, l'humeur du Vatican ne s'est pas améliorée. Même le retrait de la photo du pape embrassant un imam n'a pas suffi à calmer la fureur de Rome. Et maintenant c'est la Maison Blanche qui "dégaine" et réagit avec vigueur aux photomontages de Benetton. Du côté de la marque, on est habitué aux polémiques, mais là, on se demande si on n'aurait pas poussé le bouchon un peu trop loin ?
La société Benetton a commencé à présenter ses excuses avant de supprimer la photo de sa dernière campagne. Mais la totalité des images circule toujours sur les forums du monde entier. Et le Vatican continue de ruminer... Estimant que l'image de Benoît XVI a été gravement atteinte. L'entourage du pape charge maintenant ses avocats d'"entreprendre, en Italie et à l'étranger, les actions qui s'imposent en vue d'empêcher la diffusion du photomontage." La fausse photo du baiser sur la bouche entre Benoît XVI et un imam égyptien touche un point très sensible pour le Saint-Siège car le dialogue est particulièrement difficile avec l'islam. Et l'Egypte, qui n'a pas voulu rester muette dans cette affaire, fait savoir que cette photo est "irresponsable et absurde".
Le Vatican aurait pu feindre l'indifférence et garder le silence. Mais les protestations de ses fidèles sur internet ont été tellement importantes que les équipes autour de Benoît XVI ont voulu montrer qu'il est impossible de faire ce que l'on veut avec l'image du pape. Surtout à l'heure du web et des réseaux sociaux. Même l'épiscopat français s'en est mêlé en déclarant que nul "n'est dupe d'un buzz assez indigne. Et la preuve c'est que cela marche". "Ceux qui lancent une telle campagne espèrent provoquer une réaction de condamnation qui leur fera de la publicité" souligne en parallèle l'expert Andrea Tornielli du site Vatican Insider.
La Maison Blanche, pourtant connue pour sa tolérance, semble elle aussi agacée par les images de la campagne Benetton. Il faut dire que Barack Obama a été gâté par la marque italienne. On le voit sur une photo embrasser sur la bouche le président chinois Hu Jintao et sur une autre embrasser toujours sur les lèvres son homologue vénézuélien Hugo Chavez, par ailleurs "bête noire" des Etats-Unis en Amérique latine. "Depuis longtemps, la Maison Blanche a pour politique de désapprouver l'usage du nom et de l'image du président pour des motifs commerciaux" a fermement déclaré un porte-parole de la présidence.
A Paris, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a pour sa part affirmé qu'il n'avait pas été "choqué" par le photomontage, y voyant plutôt une publicité "ironique". Ce n'est pas le cas de la candidate à la présidentielle du Parti chrétien-démocrate, Christine Boutin, qui a appelé au boycott de la marque jugeant que cette campagne "ne fait que provoquer la haine".
Michel Barisano (DioraNews)