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Charlie Hebdo: la liberté d'expression est-elle menacée en France ?

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Le dessinateur Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo, devant ses locaux à Paris Le dessinateur Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo, devant ses locaux à Paris - © Photo AFP

L'incendie des locaux parisiens de Charlie Hebdo mercredi matin, tout comme les manifestations contre la pièce de Romeo Castellucci la semaine dernière, illustrent une "crispation" sur les sujets religieux, relève le sociologue Odon Vallet, spécialiste des religions. Elle risque surtout de pousser les journaux et les artistes à l'autocensure.


Le dessinateur Charb, directeur de la publication de l'hebdomadaire satirique, a lié le sinistre au numéro spécial "Charia Hebdo" destiné à "fêter la victoire" du parti islamiste Ennahda en Tunisie. Charb a très vite accusé des activistes "islamistes", notamment pour le piratage informatique. Charlie Hebdo a coupé dans la matinée l'accès à son site, "hacké à 05h00 depuis l'étranger", selon Eric Torcheault, directeur administratif. Avant 07h30, sa page d'accueil était encore remplacée par une photo de la mosquée de La Mecque en plein pèlerinage, avec ce slogan: "No god but Allah" ("Pas d'autre Dieu qu'Allah").


Charlie Hebdo avait déjà reçu des menaces en 2006, lors de la publication des caricatures de Mahomet. Mais elles n'avaient "jamais abouti à rien", a souligné Charb. Le directeur de la publication de l'époque, Philippe Val, avait été définitivement relaxé en 2008 après une plainte de la Grande Mosquée de Paris et de l'Union des organisations islamiques de France. La justice avait jugé que les caricatures ne constituaient pas "une injure" à l'égard des musulmans car elles visaient "clairement une fraction" - les terroristes - de la communauté musulmane.


Rédaction incendiée, fenêtres cassées, système informatique hors d'usage... Le siège du journal, situé boulevard Davout dans le XXe arrondissement de Paris, a reçu les visites de soutien de responsables politiques et de particuliers. Tout en condamnant l'incendie, Mohammed Moussaoui - président du Conseil français du culte musulman - a rappelé que "caricaturer le prophète", nommé "rédacteur en chef" du numéro de Charlie Hebdo, était "considéré comme une offense pour les musulmans". De son côté, Claude Guéant a condamné "ce qu'il faut bien appeler un attentat". Interrogé sur la responsabilité de "musulmans intégristes", le ministre de l'Intérieur a dit qu'il ne fallait "pas négliger cette piste". Il a appelé "tous les Français à se sentir solidaires" d'un journal, né en 1970 et relancé en 1992, qui "exprime par son existence et par sa façon d'être la liberté de la presse".


Pour le sociologue des médias Jean-Marie Charon, "on ne peut pas isoler ce qui vient de se passer d'un contexte d'intolérance des religions à l'égard de différentes formes d'expression, que ce soit l'information ou l'expression artistique", mais aussi d'une "période où on voit monter des contestations virulentes vis-à-vis des médias". Il y a quelques jours, des chrétiens intégristes ont versé de l'huile de vidange sur les spectateurs venus voir la pièce de Romeo Castellucci, "Sur le concept du visage du fils de Dieu" au Théâtre de la Ville à Paris. A Avignon en avril dernier, deux oeuvres de Andres Serrano, "Piss Christ" et "Sur Jeanne Myriam" avaient été vandalisées. Des hommes étaient armés de marteaux et menaçaient ceux qui cherchaient à s'interposer. On se rappelle aussi qu'en 1988, un groupe rattaché à l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet avait incendié le cinéma parisien Saint-Michel qui projetait "La Dernière tentation du Christ" de Martin Scorsese. Six personnes avaient été jugées dans cette affaire.


"On peut penser qu'il y aura peut-être une certaine prudence, pas des caricaturistes mais peut-être des patrons de presse, pas des artistes mais peut-être des directeurs de théâtre", renchérit l'historien de la culture et des médias Christian Delporte. "Il ne s'agit pas d'une vraie autocensure, mais si on a le choix entre ça et autre chose, on fera peut-être autre chose. Donc c'est effectivement assez grave".

Antoine Laquet (DioraNews)
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