Une manifestante, samedi, à Paris
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' 'Christianophobie, ça suffit !" Depuis plus de dix jours, des centaines d'activistes chrétiens manifestent sans relâche, chapelets à la main, voire à genoux, devant le Théâtre de la Ville à Paris. L'objet de leur colère ? La pièce "Sur le concept du visage du fils de Dieu" de l'Italien Romeo Castellucci, qu'ils jugent blasphématoire. Sous un immense portrait du Christ, l'oeuvre met en scène la déchéance d'un vieillard, aigri, incontinent, et sa relation avec son fils. L'artiste a l'habitude de mettre en scène un théâtre qui dérange.
Mais, cette fois, la polémique va très loin. Des fondamentalistes ont perturbé les premières représentations, jetant des oeufs et de l'huile de vidange sur les spectateurs. Depuis, les CRS campent à leurs côtés, chaque soir, place du Châtelet, pour contenir les agités. Plusieurs milliers de personnes ont participé, samedi, à des manifestations "contre la christianophobie", à Paris et Toulouse. Dans la capitale, ils se sont retrouvés place des Pyramides, sous la statue de Jeanne d'Arc (point de départ du traditionnel défilé du FN, le 1er mai), armés de banderoles, crucifix et cierges.
Derrière ce mouvement, les intégristes de l'institut Civitas. Ils se sont déjà illustrés en détruisant l'oeuvre "Piss Christ", en avril dernier à Avignon. L'institut galvanise ses ouailles en prétendant que le portrait du Christ est souillé pendant la représentation.
Ce que dément Romeo Castellucci. "J'ai l'impression d'un malentendu épouvantable, explique le metteur en scène dans Le Monde. 'Sur le concept du visage du fils de Dieu' n'a rien de blasphématoire ni de christianophobe. Mais ces activistes ne peuvent pas le savoir, car ils ne l'ont pas vu. On peut même voir le spectacle comme un chant d'amour pour le Christ, ce qui est le cas de certains spectateurs."
L'Eglise, de son côté, "condamne [c]es violences", assure le porte-parole des évêques de France, Mgr Bernard Podvin. Il rappelle que l'Eglise "n'est pas organisatrice de la manifestation du 29 octobre" - certains intégristes se prévalant de son soutien. "L'Eglise de France n'est ni intégriste ni obscurantiste, rappelle-t-il. Les catholiques aspirent, comme citoyens, à être respectés dans ce qui est le coeur de leur foi."
Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand condamne, lui aussi, les violences. Plusieurs personnalités ont signé une pétition de soutien à la pièce.
Julie Coste / DioraNews (DioraNews)