Question du 13 octobre 2011 Lire la question de ce jour

Evaluer les "enfants à risque" dès l'âge de 5 ans, pour ou contre ?

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Ce dispositif classerait les élèves en 3 catégories : Ce dispositif classerait les élèves en 3 catégories : "rien à signaler", "risque" et "haut risque". - © Photo AFP

C'est un petit livret qui suscite l'émoi. Le ministère de l'Education nationale va mettre en place un dispositif d'évaluation en dernière année d'école maternelle. Objectif affiché : déterminer quels sont les élèves "à risque" voire à "haut risque d'échec scolaire". Bronca chez les syndicats, qui dénoncent un "fichage" en règle.


Dans l'entourage de Luc Chatel, on explique qu'il s'agit de "systématiser le repérage" entre novembre et décembre des élèves "fragiles" et de les "aider" dès le plus jeune âge. Les champs d'évaluation porteront sur "le comportement à l'école, le langage, la motricité et la conscience phonologique" des élèves. Ensuite, les enseignants devront classer les élèves dans trois catégories: "RAS" (rien à signaler), "risque" et "haut risque". Ce projet ministériel, intitulé "Aide à l'évaluation des acquis en fin d'école maternelle", est un "outil de repérage des élèves présentant des risques pour les apprentissages à l'usage des enseignants (en) grande section de maternelle", explique le ministère.


Le SE-Unsa ne décolère pas. "Des enfants de cinq ou six ans seront déclarés en échec alors qu'à cet âge, quelques mois de plus ou de moins engendrent des différences de maturité importantes", déplore le syndicat. "Les enseignant(e)s de maternelle savent très bien identifier, dans le cadre habituel des activités en classe, les enfants qui ont besoin d'accompagnement particulier. C'est leur métier. Ils n'ont nul besoin d'un dispositif inadapté et pernicieux", ajoute le syndicat qui affiche clairement la couleur. Son communiqué était titré tout simplement : "5 ans... et déjà triés!".


En refusant "cet étiquetage des enfants", le SE-Unsa "récuse une vision caricaturale des premiers apprentissages" et appelle à signer sa pétition "pas de tri en maternelle" qui recueillait plus de 1 850 signatures jeudi en fin de matinée. Même son de cloches chez le Snuipp-FSU. Pour l'organisation, ce "dispositif est inacceptable". Quant à la FCPE, la principale fédération de parents d'élèves "exige le retrait immédiat de ce projet honteux directement inspiré du rapport Bénisti". Ce rapport sur la prévention de la délinquance, rédigé en 2004, proposait de signaler les enfants dès leur plus jeune âge lorsqu'ils avaient des problèmes de comportement.


La polémique est "absurde" pour Jean-Michel Blanquer, le directeur de l'enseignement scolaire au ministère. "En aucun cas, il ne s'agit de ficher les élèves, assure-t-il, simplement, l'école maternelle est l'école du langage par excellence. L'alphabet, les nombres doivent être connus avant d'entrer en cours préparatoire. Cela fait longtemps que des évaluations spontanées ou non sont mises en place par les enseignants. Nous avons voulu leur offrir un outil supplémentaire élaboré avec une équipe de scientifiques. Nous n'avons pas d'autres arrière-pensées". Il affirme également qu'il n'y aura pas de remontées nationales et que les résultats resteront au niveau de l'école, à l'usage exclusif des enseignants.

Antoine Laquet (DioraNews)
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