"Sarko m'a tuer", l'ouvrage des deux journalistes du Monde contenant les révélations de la juge Prévost-Desprez
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Villepin et Clearstream, Takieddine et Karachi, Chirac et la mairie de Paris... Et bien évidemment l'affaire Bettencourt et toutes ses ramifications. La multiplication de ces dossiers judiciaires en cours risque de plomber la campagne électorale qui se profile. Dernier rebondissement en date : selon Le Monde, le contre-espionnage français a bien examiné les appels d'un de ses journalistes pour identifier ses sources dans l'affaire Bettencourt. Une pratique illégale que le ministre de l'Intérieur a confirmée et qui pourrait entraîner des mises en examen de responsables place Beauvau.
Le quotidien, qui en tant que partie civile a accès aux pièces de l'instruction, rapporte jeudi que la juge Sylvie Zimmermann a la preuve que la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a effectué une recherche des facturations détaillées d'appels téléphoniques, des fadettes, passés par son journaliste Gérard Davet en juillet 2010. Le Monde venait alors de révéler le contenu des déclarations à la police de Patrice de Maistre, l'homme de confiance de Liliane Bettencourt, qui mettait en difficulté Eric Woerth, alors ministre du Travail. Une information judiciaire avait été ouverte en mai dernier, notamment pour "atteinte au secret des correspondances par personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice de ses fonctions" après une nouvelle plainte du Monde, le parquet ayant classé sans suite leur première plainte.
Par ailleurs, l'enquête a permis selon Le Monde de montrer que "dans un second temps", la DCRI avait obtenu les fadettes de David Sénat, conseiller au cabinet de la garde des Sceaux de l'époque, Michèle Alliot-Marie. Soupçonné d'être la "source" du Monde, il a depuis quitté le cabinet. Le ministre de l'Intérieur a confirmé jeudi sur France Info que la DCRI avait bien réalisé des "repérages de communications téléphoniques" afin "de rechercher l'auteur de la divulgation à l'intérieur de l'administration de procédures judiciaires, ce qui est tout à fait scandaleux". L'avocate du Monde, Catherine Cohen-Richelet, a qualifié les propos de Claude Guéant de tentative de "sauver les meubles".
Autre volet de l'affaire Bettencourt, la magistrate Isabelle Prévost-Desprez - dessaisie du dossier depuis novembre 2010 - a mis en cause Nicolas Sarkozy : le président aurait touché de l'argent liquide chez les Bettencourt avant son élection en 2007. Dans "Sarko m'a tuer", un ouvrage de deux journalistes du Monde, Isabelle Prévost-Desprez affirme que l'un des témoins, dans l'entourage de Liliane Bettencourt, "(lui) a dit qu'il avait vu des remises d'espèces à Sarko", tout en demandant que ces propos ne figurent pas sur le procès-verbal. Pour appuyer ses accusations, la juge précise qu'un autre témoin, l'ancienne infirmière de Liliane Bettencourt, avait "confié à (sa) greffière, après son audition par (elle): 'J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy mais je ne pouvais le dire sur procès-verbal'". L'ex-infirmière a finalement démenti dans une interview mercredi à l'hebdomadaire Marianne.
L'Elysée a répliqué que les accusations de la juge étaient "infondées, mensongères et scandaleuses", tandis que François Fillon les a qualifiées d'"allégations" dénuées de "tout fondement". Le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé a relevé qu'"à quelques mois de l'élection présidentielle [...] il ne faut être dupe de rien". A gauche, Martine Aubry a appelé à l'ouverture d'une enquête, ses concurrents à la primaire socialiste, François Hollande, et Ségolène Royal ont respectivement dénoncé "trop de pression" de l'Elysée sur la justice et l'absence d'"enquête indépendante"... dans cette affaire.