François Hollande et Jacques Chirac au musée de Sarran en Corrèze, le 11 juin 2011
- © Photo AFP
"Je voterai François Hollande". Cette petite phrase qui agite toujours le landerneau politique peut paraître à première vue bien anodine. Sauf qu'elle a été prononcée samedi par un certain Jacques Chirac. L'ancien président de la République plaisantait sans doute au musée de Sarran, en Corrèze. Mais il a confirmé une certaine affection pour le président PS du conseil général, auquel il trouvait déjà des qualités "d'homme d'Etat" dans ses Mémoires.
Les deux hommes effectuaient au musée Jacques-Chirac une visite officielle d'une exposition d'objets chinois en bronze et or, prêtés par l'homme d'affaires et collectionneur chinois Peter Kwok. De nombreux journalistes s'étaient déplacés pour voir comment allaient se comporter ensemble les Chirac et l'ancien premier secrétaire du PS, qui brigue l'investiture suprême. On peut dire qu'ils n'ont pas été déçus.
De retour à l'exposition après déjeuner, Jacques Chirac a lancé à la cantonade par deux fois avoir l'intention de "voter Hollande, sauf si Juppé se présente, parce qu'(il) aime bien Juppé". Et donc pas pour Nicolas Sarkozy. Saisissant à plusieurs reprises le bras de Jacques Chirac pendant le discours de Peter Kwok, François Hollande a souligné pour sa part "la bonne intelligence" entre les Chirac et lui pour le bien du département, et admis "de la reconnaissance, de la sympathie, du respect" pour l'ancien chef de l'Etat. "Mais il ne faut pas y voir davantage", a-t-il nuancé avant de relativiser la fameuse annonce chiraquienne: "C'est une plaisanterie, c'est pour énerver ses amis, c'était sur le mode du sourire".
Le coup a réussi. Tellement bien que Jacques Chirac a dû faire une mise au point dès le lendemain. "Il s'agissait d'humour corrézien entre républicains qui se connaissent de longue date", affirme l'ancien chef de l'Etat. "Je déplore que cela ait pu être interprété autrement". Jacques Chirac a tenu à rappeler comme il "l'a toujours dit" qu'il "ne prendrait pas part au débat politique et en particulier à celui de la campagne présidentielle". "C'est un choix et un principe auxquels je me suis tenu depuis la fin de mon mandat", conclut l'ancien président de la République.
Dominique de Villepin a estimé lundi que ces propos avaient "tout d'une vraie fausse boutade", soulignant que l'ex-président était "un homme à la fois taquin, provocateur et surtout plein d'humour". A gauche, le chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault, y a vu "plus une boutade, peut-être une pique à Nicolas Sarkozy". Une pique ou plutôt une flèche empoisonnée. Car Jacques Chirac reste la personnalité politique dont le plus de Français ont une bonne opinion, selon le tableau de bord Paris Match-Ifop diffusé en avril dernier. Avec 75% de bonnes opinions, l'ancien président devance l'écologiste Nicolas Hulot (71%) et deux socialistes (69%): le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et l'ex-directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn.