Dominique Strauss-Kahn aux côtés de son avocat, Benjamin Brafman, dans le box des accusés
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La France se réveillait dimanche matin avec cette incroyable nouvelle, lundi soir elle restait abasourdie avec des images non moins terribles. Celles de Dominique Strauss-Kahn, président du FMI arrivant menotté au tribunal pénal de Centre Street encadré de deux policiers, pas rasé, l'air hagard dans le box des accusés, ne pipant pas un mot face au refus de sa mise en liberté sous caution d'un million de dollars par la juge Melissa Jackson.
Celle-ci a évoqué un risque de fuite du patron du Fonds monétaire international, arrêté samedi à bord d'un avion d'Air France qui s'apprêtait à quitter l'aéroport JFK. Pourtant, Dominique Strauss-Kahn aurait remis son passeport à la justice et se serait également engagé à résider à New York chez sa fille. Un de ses avocats, Benjamin Brafman, s'est dit "déçu par la décision du tribunal", mais "la bataille ne fait que commencer", a-t-il déclaré aux journalistes. La prochaine audience a été fixée au 20 mai. D'ici vendredi, DSK reste maintenu en détention dans une prison d'Etat.
Deux jours après son arrestation pour acte sexuel criminel, tentative de viol et séquestration, les accusations d'une femme de chambre de 32 ans, employée dans un hôtel Sofitel de Manhattan, semblent corroborées par le rapport médico-légal. Et les images de cet homme de 62 ans visiblement fatigué, le visage crispé, illustrent la tourmente dans laquelle est plongé DSK. Elle a ébranlé la classe politique française à un an de la présidentielle. Dominique Strauss-Kahn faisait figure de favori dans les sondages pour 2012, même si l'ancien ministre de l'Economie ne s'était pas officiellement déclaré.
A gauche, l'affaire a fait l'effet d'une bombe, même si les caciques du PS insistent sur le nécessaire respect de la présomption d'innocence. Mis en cause il y a deux ans dans une affaire financière, Julien Dray a mis en garde sur France 2 contre toute tentation de "justice spectacle". "C'est une image qui peut faire mal, qui va avoir une vocation planétaire malheureusement", a averti le député PS de l'Essonne.
De son côté, le gouvernement a appelé sobrement à "la prudence". Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a considéré que l'arrestation de DSK était "un évènement de très grande portée" pour DSK et sa famille, ensuite pour le PS "et également pour l'image de la France" au FMI. La ministre des Sports va plus loin. "Il y a une victime évidente, c'est l'image de la France", a déclaré Chantal Jouanno qui a également appelé à la "présomption d'innocence". "Mais ceux qui réclament aujourd'hui la présomption d'innocence auraient dû l'appliquer à Eric Woerth", a-t-elle poursuivi. "Gardons-nous de toute réaction épidermique". Nathalie Kosciusko-Morizet lui a également emboîté le pas lundi sur Canal Plus. La ministre de l'Écologie a estimé que les faits reprochés à Dominique Strauss-Kahn étaient "très graves" et que la "victime avérée" dans cette affaire était "la France".
Dans ces circonstances très lourdes, Bernard Debré a fait grincer des dents à l'Elysée. Le député UMP de Paris a assuré dimanche que DSK avait agressé d'autres femmes par le passé dans le même hôtel. La veille, il avait qualifié le patron du FMI - dont la nomination avait été soutenue par Nicolas Sarkozy - d'"homme peu recommandable" : "C'est humilier la France que d'avoir un homme, comme lui, qui se vautre dans le sexe".