Dans le cadre légal actuel, seuls les prostitués risquent une condamnation
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La ministre des Solidarités part en guerre contre les clients des prostitués. Elle souhaite faire évoluer la législation afin qu'eux aussi soient sanctionnés. Une façon, pour Roselyne Bachelot, de mettre fin à une certaine hypocrisie. "Il manque quelque chose dans l'arsenal juridique pour pouvoir dire que la prostitution est interdite: c'est évidemment la pénalisation du client", a-t-elle expliqué mercredi sur RTL. "L'image idéalisée de la prostitution, qui serait une activité commerciale comme une autre, qu'on banalise par des appellations comme 'travailleur ou travailleuse du sexe', ne doit pas être validée, insiste la ministre. Il s'agit bien, très majoritairement, de trafic d'êtres humains". Pour combattre cet "asservissement", elle propose donc de "responsabiliser le client".
Un point de vue qu'elle a défendu, mercredi, à l'Assemblée, devant la mission d'information sur la prostitution. Roselyne Bachelot veut s'attaquer à ceux qui "génèrent la demande" en s'inspirant du modèle suédois. Depuis 1999, en Suède, les prostitués sont considérés comme des victimes, et seuls les clients risquent une peine (jusqu'à 6 mois de prison). "L'exemple de la Suède est parlant: il y a une diminution de la prostitution et des réseaux de traite" des femmes, souligne la ministre. La Norvège et la Finlande ont d'ailleurs adopté des législations similaires.
La lutte contre la prostitution passe aussi par la prévention. "Une grande campagne de sensibilisation pour dissuader les hommes d'être clients" sera lancée d'ici quelques jours, dans le cadre d'un nouveau plan de lutte contre les violences faites aux femmes.
Mais certains pensent que punir les clients ne résoudra pas le problème. C'est le cas de la sociologue Françoise Gil, spécialiste de la prostitution et membre d'un collectif d'associations de prostitués. "Il faudrait lutter contre les réseaux de façon beaucoup plus efficace et à un niveau européen, a-t-elle expliqué sur Europe 1. Il faudrait donner beaucoup plus de moyens aux travailleurs sociaux pour sortir de là des gens qui se trouvent très mal. Mais par contre, il faut reconnaître des droits et faire accéder aux droits sociaux les personnes dont c'est le métier et qui veulent continuer".
En France, la loi actuelle ne poursuit pas les clients de prostitués, sauf dans certains cas: si ces derniers sont mineurs ou particulièrement vulnérables. Le contrevenant risque alors 3 à 7 ans de prison et 45.000 à 100.000 euros d'amende. Les clients sont éventuellement condamnés pour atteinte à la pudeur ou trouble à l'ordre public. La mission parlementaire rendra ses conclusions le 13 avril.
Julie Coste (DioraNews)