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Report du procès Chirac: pensez-vous qu'il y a une justice à deux vitesses ?

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Jacques Chirac affirme être prêt à affronter son procès mais pourrait ne jamais avoir à le faire Jacques Chirac affirme être prêt à affronter son procès mais pourrait ne jamais avoir à le faire - © Photo AFP

Le procès de Jacques Chirac aura-t-il un jour lieu ? Désormais, les analystes en doutent. Le tribunal a décidé d'accepter, ce mardi, la question prioritaire de constitutionnalité déposée par l'avocat d'un des coaccusés de l'ancien président. La Cour de cassation va donc se pencher sur une éventuelle prescription d'une partie des faits. Il faudra attendre le 20 juin pour savoir ce qu'elle en dit. Elle pourrait tout simplement annuler les poursuites. Si elle décide de saisir le Conseil constitutionnel, au 20 juin, "on sera en pleine campagne présidentielle", selon un des avocats de Jacques Chirac qui demande qu'une éventuelle reprise du procès n'ait pas lieu avant au moins 2012 car "cette affaire a un écho politique important".

Par ailleurs, certains soulignent l'ironie de saisir le Conseil constitutionnel, dont fait partie Jacques Chirac et qui est présidé par l'un de ses proches, Jean-Louis Debré, d'une éventuelle annulation des poursuites. D'autant que le frère de Jean-Louis Debré fait partie des prévenus. Le président du Conseil constitutionnel a donc indiqué mardi qu'il se "déporterait", c'est-à-dire qu'il ne siégerait pas, s'il devait examiner le dossier.

Pour Me Jérôme Karsenti, l'avocat de l'association Anticor qui s'est portée partie civile, il s'agit d'un "déni de justice". " Si aujourd'hui Marine Le Pen est à 23% dans les sondages, on sait aussi que c'est parce que les puissants échappent finalement à leurs responsabilités", a-t-il déploré. Pour Noël Mamère : "cette affaire illustre encore une fois qu’il y a deux justices dans ce pays : une qui prend son temps et une qui juge à l’abattage, en comparution immédiate, ceux qui sont victimes de la tolérance zéro" de Nicolas Sarkozy. Même son de cloche chez Olivier Besancenot, qui dénonce "une justice à deux vitesses". "Pour les uns, c'est comparution immédiate, peines planchers. Pour l'ancien président de la République, c'est l'impunité due à son statut de président et ensuite la bataille judiciaire pour mettre en avant la prescription, l'objectif étant que Jacques Chirac ne soit jamais jugé". Pour Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS de l'Assemblée nationale, "le procès doit avoir lieu", "si on veut que les Français aient confiance dans les institutions". Elisabeth Guigou, tempère mais elle aussi, dans le contexte de la montée du FN dans les sondages, voit d'un mauvais oeil ce report. "Il ne peut y avoir ni acharnement ni esprit de revanche en quoi que ce soit mais je crois que c'est vraiment l'intérêt de la démocratie que ce procès ait lieu sinon les Français vont se dire 'il y a la justice pour les puissants et la justice pour les autres'".

Jacques Chirac a néanmoins affirmé qu'il serait "présent à la date fixée par le tribunal pour la reprise des audiences". Et ses avocats affirment qu'il est "tout à fait prêt à affronter cette audience". L'ancien président, âgé de 78 ans, doit répondre de faits remontant au début des années 1990, quand il était maire de Paris. Renvoyé devant la justice pour "détournement de fonds publics", "abus de confiance" et "prise illégale d'intérêt", il encourt dix ans de prison et 150.000 euros d'amende.

Caroline Magnan (DioraNews)
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