Brice Hortefeux cède la place à Claude Guéant
- © Photo AFP
Le ministre de l'Intérieur sortant ne s'attendait pas à cela en partant en week-end en Auvergne vendredi soir. Convoqué dimanche par Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux a appris qu'il quittait la Place Beauvau. Et le gouvernement. L'ancien ministre de l'Immigration est ressorti "sonné" de son entretien avec le chef de l'Etat, de l'aveu de ses proches. Il redeviendra simple député européen et "conseiller spécial de l'Elysée". Un poste dont les contours et la date de prise de fonctions restent flous.
Fidèle parmi les fidèles, cet ami de 30 ans a suivi le chef de l'Etat depuis la mairie de Neuilly-sur-Seine, et même pendant sa traversée du désert, au milieu des années 1990. Alors comment expliquer son éviction surprise ? Brice Hortefeux paie d'abord ses faux pas successifs. Après l'élection de Nicolas Sarkozy, il prend la tête du sulfureux ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, supprimé depuis. Il devient ensuite ministre du Travail pendant six mois, sans laisser de souvenir notable.
C'est en juin 2009 que Brice Hortefeux décroche le ministère de ses rêves: l'Intérieur. Premier couac dès septembre, avec le scandale de la fameuse petite phrase sur les "Auvergnats". Cela lui vaut une condamnation pour injure raciale en juin 2010. Le ministre de l'Intérieur suscite un nouveau scandale l'été dernier, à cause d'une circulaire contestable sur les Roms, accusée de violer le droit européen. Brice Hortefeux est contraint de revoir sa copie pour éviter les foudres de Bruxelles.
Il écope d'une nouvelle condamnation, pour atteinte à la présomption d'innocence, le 17 décembre dernier. En cause, ses propos à l'encontre de David Sénat, ex-conseiller de Michèle Alliot-Marie au ministère de la Justice, soupçonné d'être à l'origine de fuites sur l'affaire Bettencourt au journal Le Monde. Brice Hortefeux a fait appel dans les deux cas, et la perspective d'une nouvelle condamnation aurait convaincu Nicolas Sarkozy de l'écarter.
Ce départ est aussi la conséquence d'un jeu de chaises musicales. Alain Juppé ne veut plus de Claude Guéant, qui assistait MAM au Quai d'Orsay. Il fallait donc trouver une nouvelle fonction au "cardinal" de Nicolas Sarkozy. Le ministère de l'Intérieur s'est imposé. Ancien préfet, directeur adjoint de cabinet de Charles Pasqua et directeur de la police nationale, Claude Guéant a gravi tous les échelons de la Place Beauvau. Brice Hortefeux se serait contenté du ministère de la Défense. Mais le poste est allé à Gérard Longuet. Une façon de satisfaire les libéraux, à qui Nicolas Sarkozy avait déjà promis un poste clé lors du précédent remaniement, en novembre.
Mais Brice Hortefeux ne quitte pas le cercle des proches du chef de l'Etat. En tant qu'homme de l'ombre à l'Elysée, il va avoir pour tâche de préparer la campagne de 2012. Ce qu'a confirmé François Fillon, lundi matin, sur RTL. "Il sera certainement plus utile auprès du président de la République dans les circonstances qui s'annoncent. On avance vers des échéances politiques qui nécessitent que le président réorganise son équipe", justifie le Premier ministre.
Julie Coste (DioraNews)