Le colonel Kadhafi menace tout manifestant armé de la "peine de mort"
- © Photo AFP
"Je me battrai jusqu'à la dernière goutte de mon sang". Le message délivré mardi par le colonel Kadhafi est sans ambiguïté. S'exprimant en direct à la télévision pour la première fois depuis les émeutes, le "frère guide" déclare qu'il restera en Libye. "Mouammar Kadhafi n'a pas de poste officiel pour qu'il en démissionne. Mouammar Kadhafi est le chef de la révolution, synonyme de sacrifices jusqu'à la fin des jours. C'est mon pays, celui de mes parents et des ancêtres".
Drapé dans une tunique marron devant sa maison bombardée par les Américains en avril 1986, le colonel Kadhafi tenait à la main son Livre vert, recueil de ses pensées publié dans les années 1970. Il a menacé de "purger la Libye maison par maison" pour mater la révolte. "Tous les jeunes doivent créer demain les comités de défense de la révolution: ils protégeront les routes, les ponts, les aéroports [...] Nous allons leur montrer ce qu'est une révolution populaire".
Son intervention télévisée de plus d'une heure, ponctuée par des silences et des bégaiements, a été extrêmement belliqueuse. Les manifestants armés sont passibles de la "peine de mort", rappelle Kadhafi, qui menace également les rebelles d'une riposte similaire à la répression chinoise contre des civils sur la place Tiananmen, à Pékin en 1989. Il a enfin fait référence à "Falloujah", ville d'Irak qui fut le théâtre d'une répression sanglante en 2004 par l'armée américaine contre des insurgés irakiens.
"Je suis horrifié par le déchaînement de violences", a déclaré mardi le Premier ministre François Fillon. Quelque 150 manifestants se sont rassemblés devant l'ambassade de Libye en France. "Kadhafi assassin", "on veut qu'il parte", "on veut la tête de l'assassin", ont scandé les manifestants, munis de drapeaux libyens, égyptiens ou tunisiens.
La Maison Blanche a présenté ses condoléances aux familles libyennes pour cette "violence "affligeante". John Kerry avertit le dirigeant libyen des "conséquences" concrètes de la répression qu'il exerce sur les manifestants. "L'utilisation brutale de la force par le gouvernement de Kadhafi devrait signifier la fin du régime lui-même", estime le sénateur américain, qui menace aussi de poursuites pour crimes de guerre. Et demande à l'ONU de "condamner la violence et d'envisager des sanctions temporaires, y compris un embargo sur les armes". De son côté, le Conseil national de l'ordre des médecins tunisiens a lancé un appel à la communauté internationale afin de mettre en place "un couloir sanitaire pour évacuer les blessés".
Mouammar Kadhafi appelle ses partisans à manifester à partir de mercredi. D'après l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch, la répression a déjà fait "au moins 62" morts dans la capitale Tripoli depuis le 15 février. La Fédération internationale des Ligues de droits de l'Homme avance le chiffre de "300 à 400" morts dans le pays.