Le professeur René Frydman, père scientifique du "bébé-médicament"
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Il s'appelle Umut-Talha, et c'est le premier "bébé-médicament" français. Ce petit garçon (son prénom turc veut dire "notre espoir") a vu le jour le 26 janvier à la maternité de l'hôpital Antoine-Béclère, à Clamart. Cet enfant, que les spécialistes appellent "bébé du double espoir", est né par fécondation in vitro.
Médicalement, l'embryon avait été sélectionné avant l'implantation dans l'utérus de la maman. Il n'était pas porteur de la maladie génétique grave et invalidante qui frappe les enfants de cette famille, la bêta-thalassémie. Les cellules présentes dans le cordon ombilical du petit garçon pourront être utilisées pour soigner son aînée malade. "La soeur ainée, d'à peine 3 ans, va pouvoir bénéficier d'une greffe de moelle avec le sang de cordon ombilical", selon le Dr Nelly Achour-Frydman.
La loi française de bioéthique de 2004 (et ses décrets d'application, parus en décembre 2006) autorise cette pratique après accord de l'Agence de la Biomédecine. Il y a plus de 10 ans aux Etats-Unis, Molly Nash, une fillette de 6 ans qui souffrait d'une maladie génétique affectant son système immunitaire, avait été sauvée grâce aux cellules extraites du cordon ombilical de son frère, Adam. D'autres "bébé-médicaments" sont nés depuis en Belgique et en Espagne.
L'annonce de la naissance d'Umut-Talha, alors que débute l'examen à l'Assemblée de la loi de Bioéthique, fait débat de part et d'autre. Une loi jugée "déjà rétrograde" par le professeur François Olivennes, spécialiste des troubles de la fertilité, qui a dénoncé sur Europe 1 les "lobbys chrétiens et catholiques" qui tentent "d'imposer leurs vues sur l'embryon", faisant peser une menace sur la fécondation in vitro. Comme le professeur René Frydman, à l'origine de cette première française, il s'inquiète d'amendements qui proposent de limiter le nombre d'embryons à trois, ce qui ne permettrait plus d'autres naissances de "bébé-médicaments".
Tout en saluant le "prodige" de cette naissance, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France s'est déclaré "tout à fait opposé" à la conception de "bébés-médicaments". Même dénonciation du côté de Christine Boutin. "On a franchi un pas excessivement grave. Avec un tel 'progrès', l'homme devient un objet de consommation et un matériau", a lancé la présidente du Parti chrétien-démocrate.
La secrétaire d'Etat à la Santé, Nora Berra, était plus nuancée mardi. "Lorsque j'entends depuis ce matin parler de 'bébé médicament', je trouve le terme pour le moins déplacé, car ce bébé est avant tout le fruit d'un projet parental [...] J'approuve donc la prouesse médicale et scientifique, mais je ne peux approuver l'instrumentalisation de la conception", a-t-elle souligné. "Cette conception doit reposer avant tout sur un désir de parentalité".