L'USM appelle à un report de toutes les audiences jusqu'au 10 février
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C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. A Nantes, toute la filière judiciaire s'était rassemblée vendredi en salle d'audience pour exprimer sa révolte après la nouvelle mise en cause de la justice et de la police par Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat a évoqué des "dysfonctionnements" et des "sanctions" dans ce dossier.
A la place habituellement occupée par les jurés se sont assis les représentants des syndicats de magistrats, d'avocats et de greffiers, pour beaucoup en robes de fonction. Mais également ceux des syndicats des autres professions de la filière (pénitentiaire, protection juridique de la jeunesse) et du principal syndicat des officiers de police (SNOP). En lieu et place du président du tribunal, c'est le bâtonnier des avocats de Nantes, Bernard Morand, qui a siégé, déclarant d'emblée que le "barreau tout entier est solidaire du mouvement".
Le N.2 de l'Union syndicale des Magistrats a ensuite déclenché un tonnerre d'applaudissements. Nicolas Léger a annoncé que son syndicat appelait à élargir le mouvement à toute la France, jusqu'au 10 février, date d'une mobilisation nationale avec manifestation à Nantes. Il a aussi dénoncé "les pressions fortes exercées depuis jeudi soir par le ministère de l'Intérieur sur le représentant des syndicats de police pour se désolidariser de notre mouvement".
Les policiers ne sont pas en reste. Si le syndicat Synergie Officier, présent jeudi pour exprimer sa solidarité avec la colère des magistrats nantais, ne s'est pas représenté au Palais de justice vendredi, le SNOP, lui, a délégué son représentant permanent pour la zone Ouest. "Les policiers en ont marre qu'on leur tape sur la tête, qu'on mette systématiquement en cause leur travail", a déclaré Yannick Le Barre, qui a souligné que son syndicat discutait actuellement avec l'USM d'éventuelles actions communes.
Au niveau politique, le parti de Dominique de Villepin, République solidaire, a dénoncé vendredi "l'instrumentalisation" par le président Sarkozy du meurtre de la jeune Laetitia pour demander des sanctions contre des magistrats privés "de moyens nécessaires" au fonctionnement de la justice. Yves Cochet, candidat aux primaires d'Europe Ecologie-Les Verts, a estimé qu'en s'en prenant aux juges, Nicolas Sarkozy tente "de racoler la frange la plus extrême droitière de l'électorat" pour être réélu à l'Elysée en 2012. Le député-maire de Nantes et président du groupe PS à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, s'est dit solidaire des magistrats de sa ville. Enfin, Nicolas Dupont-Aignan (président de Debout la République) a demandé au gouvernement "d'arrêter rapidement de critiquer la magistrature pour se dédouaner de ses propres manquements".
Sur le terrain, la vidange de l'étang de Lavau-sur-Loire, où le corps démembré et incomplet de la jeune Laetitia a été retrouvé mardi, était toujours en cours. Plusieurs membres de la famille de Tony Meilhon l'ont appelé, en donnant des entretiens à la presse mercredi puis jeudi, à "dire la vérité" sur l'endroit où il a dissimulé le tronc de sa victime et sur le déroulement exact de la nuit du drame.