Pour leurs un an de captivité, les visages des journalistes ont été projetés sur l'Arc de triomphe
- © Photo AFP
Cela a fait un an ce mercredi. Un an que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière ont été enlevés en Afghanistan alors qu'ils réalisaient un reportage pour "Pièces à conviction". Pour ce triste anniversaire, les comités de soutien ont organisé de multiples manifestations à travers le pays. Les portraits des journalistes ont été projetés sur l'Arc de triomphe à l'aube. En fin de matinée, 200 à 300 personnes se sont rassemblées devant l'Hôtel de Ville de Paris pour écouter les interventions des parents de Stéphane Taponier ou encore de Florence Aubenas, marraine de leur comité de soutien. Dans la ville natale d'Hervé Ghesquière (Marq-en-Baroeul), a eu lieu un lâcher de ballons et à Bayeux, où un prix des correspondants de guerre est remis chaque année, une bannière avec une centaine de dessins d'enfants a été déployée devant la mairie.
Mais si la plupart des politiques ont manifesté leur soutien à cette mobilisation, Bruno Gollnisch, lui, l'a jugée "choquante". Il se demande s’"il faut être journaliste pour disposer d'un tel soutien ?" alors qu’"il existe d'autres otages français dans le monde". Par ailleurs, il trouve ces actions "contre-productives" car "il faut beaucoup de naïveté ou d'aveuglement pour croire qu'ils (les talibans) seront en quoi que ce soit sensibles à de telles manifestations". Selon le vice-président du FN, elles risquent au contraire de "faire monter les enchères".
D'ailleurs, dans les premiers temps de leur enlèvement, la situation des journalistes a été entourée de la plus grande discrétion, à la demande des autorités. Pendant plus de 100 jours, on a tu leur nom. Jusqu'à ce que Frédéric Lefebvre, Éric Raoult puis Claude Guéant rompent eux-mêmes le silence pour accuser les otages "d'imprudence coupable". Le chef d'état-major des armées Jean-Louis Georgelin a même annoncé publiquement le coût des opérations de recherche (10 millions d'euros), une critique jamais vue dans ce genre de situation. Enfin, la première vidéo envoyée par les talibans a fini de donner une identité aux deux otages qui réclamaient sous la pression de leurs ravisseurs qu'elle soit "diffusée sur les chaînes françaises". Les familles et les journalistes de France 3 ont alors décidé d'adopter une stratégie médiatique plus offensive.
"Le journalisme de guerre est un service rendu au public", a rappelé mercredi Dominique Gerbaud, le président de Reporters sans Frontières (RSF). "Il faut le dire aujourd'hui, il faudra le défendre demain quand Hervé et Stéphane seront de retour". Pour Florence Aubenas, qui a elle-même été otage durant 157 jours en 2005, cette mobilisation peut être vitale. Son message, à elle : "Stéphane Taponier, Hervé Ghesquière, c'est l'histoire de deux types. À la fin, ils s'en sortent."
Pour autant, le comité de soutien aux journalistes n'oublie pas les autres otages français. Mercredi matin, devant l'Hôtel de Ville, un communiqué a été lu pour rappeler le sort des 7 personnes enlevées au Niger en septembre. Un autre Français est retenu en Somalie depuis le 14 juillet 2009.
Caroline Magnan (DioraNews)