En primaire, les notes permettent-elles à l'élève de progresser ou bien à le briser ?
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Le bulletin de notes que l'on arbore avec fierté ou que l'on tente de dissimuler pour éviter une réprimande... Une situation que tout le monde a vécue et qui, aujourd'hui, fait l'objet d'âpres débats. Du moins, en ce qui concerne les plus jeunes élèves. Vingt personnalités, dont Daniel Pennac, Boris Cyrulnik, Marcel Rufo ou encore Richard Descoing, le directeur de Sciences Po Paris, ont rejoint l'appel de l'Afev, une association d'étudiants faisant du soutien scolaire, pour réclamer la suppression des notes à l'école primaire.
Dénonçant une école française "historiquement tournée vers la sélection", l'Afev affirme que "la confiance en soi est indispensable à la réussite scolaire" et que "les conséquences de ce système sur les élèves en difficulté sont désastreuses : fissuration de l'estime de soi, absence de valorisation de leurs compétences, détérioration des relations familiales et, à terme, souffrance scolaire". Daniel Pennac ajoute : "je préfère infiniment l'entraide entre les enfants que l'écrasement des nuls par les forts" car, selon lui, les notes créent une compétition pour être le meilleur au lieu de pousser les meilleurs à aider les plus faibles à progresser. Eric Debarbieux, président du conseil scientifique des états généraux de la sécurité à l'école, a aussi signé l'appel, estimant que "la justice scolaire doit encourager, et non briser, humilier, rejeter, trier".
Les signataires citent en exemple la Finlande, régulièrement classée en tête des systèmes éducatifs mondiaux et où les élèves ne reçoivent d'évaluation chiffrée qu'à partir de l'âge de 11 ans. Auparavant, leurs résultats sont évalués en fonction de leur progression propre et non de ceux de leurs camarades. "Un enfant qui a zéro en dictée et qui, quinze jours après, à une autre dictée, fait deux fois moins de fautes mais a toujours zéro, est-ce que c'est clair pour lui ? Je ne suis pas sûr. On a plus besoin de montrer à l'enfant ce qu'il a appris, que ce qui lui reste à apprendre", explique le directeur de l'Afev.
Pour l'instant, néanmoins, Luc Chatel refuse de supprimer les notes. Il estime que celles-ci sont "utiles" pour avoir des repères et mesurer les résultats des élèves. "C'est aussi l'évaluation d'un travail, ça peut être pour l'élève un objectif et un projet de progression", ajoute le ministre de l'Education. Interrogé par RMC, Marc Le Bris, directeur d'une école maternelle, s'insurge: "C'est une folie que cette histoire de refuser toute compétition ou comparaison. Ils passent leur vie à "je cours plus vite que toi, mes chaussures sont plus chères que les tiennes". Une bonne note fait plus, pour la carrière scolaire d'un élève, que toutes les évaluations, punitions et autres systèmes qu'on a pu utiliser dans le passé."
Le psychiatre Patrice Huerre, lui, ne juge pas utile de supprimer les notes, à condition de ne plus en faire un outil d'évaluation de l'élève mais uniquement de son travail. "Avoir une très mauvaise note ne veut pas dire être nul. Si on confond la valeur de ce qui est produit par l'élève avec sa valeur a lui, là oui, il y a un problème".
Caroline Magnan (DioraNews)