Le Dr Nisand réclame une contraception anonyme et gratuite pour les moins de 18 ans
- © Photo AFP
C'est le combat du Dr Israël Nisand, professeur de gynécologie-obstétrique au CHU de Strasbourg connu comme un spécialiste du déni de grossesse souvent interrogé dans les récentes affaires d'infanticides. Dans une interview au Parisien ce dimanche, à l'occasion de la Journée mondiale de la contraception, il affirme qu'il est "urgent" de rendre la pilule contraceptive "anonyme et gratuite" pour les jeunes filles mineures.
"L'an dernier, il y a eu 237000 IVG en France, dont 15000 pratiquées sur des mineures", explique-t-il. Pour lui cela relève même d'une "aberration" : "l'IVG est anonyme et gratuite pour les mineures, la pilule du lendemain est anonyme et gratuite pour les mineures, mais la pilule contraceptive, non... C'est monstrueux! Une jeune fille de moins de 18 ans qui veut prendre la pilule sans que ses parents soient au courant ne le peut pas : quand elle va à la pharmacie, ça passe sur la Sécu des parents..." Or la plupart des adolescents n'osent pas parler sexualité avec leurs parents, et cela marche d'ailleurs aussi dans l'autre sens. "Les petites jeunes n'ont pas à payer l'addition des tabous de notre société" s'insurge le gynécologue.
Pour remédier à cette augmentation régulière du nombre d'IVG, le professeur Nisand a créé un dispositif appelé Info Ado. Chaque semaine, lui et une dizaine d'autres médecins passent 2 heures à parler sexualité avec des collégiens de 3e. Ensuite, les jeunes filles savent à qui s'adresser pour recevoir contraceptifs et préservatifs sans examen gynécologique (inutile et traumatisant avant 20 ans selon Nisand) et surtout de façon anonyme et gratuite. Les médecins du réseau peuvent prescrire la pilule. Face au tampon Info Ado, le pharmacien remet gratuitement les produits et le tout est ensuite pris en charge par la Sécurité sociale d'Alsace où le réseau est en place. Selon le médecin, les IVG dans le canton ont diminué de moitié en 10 ans grâce à ce système.
Roselyne Bachelot s'est intéressée à ce système même si le professeur Nisand déplore un "effet d'annonce" pour contrecarrer le Pass contraception de Ségolène Royal. Une présidente de la région Poitou-Charentes qui aurait elle-même accusé le gynécologue "d'incitation à la débauche". "En fait, tout le monde fait de grands moulinets avec les bras, mais personne ne bouge. Car donner la pilule à des gamines de 15 ans, ce n'est pas ménager son électorat", se lamente le professeur Nisand. Mais il ajoute: "en Hollande, où ils parlent de sexualité aux jeunes dès la 8e, il y a trois fois moins d'IVG de mineures qu'en France!"