Question du 15 août 2010 Lire la question de ce jour

Faut-il punir les maires "défaillants" en matière de lutte contre l'insécurité ?

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Christian Estrosi s'est prononcé pour des sanctions à l'encontre des maires Christian Estrosi s'est prononcé pour des sanctions à l'encontre des maires - © Photo AFP

C'est la nouvelle proposition-choc de Christian Estrosi. Le ministre de l'Industrie, et maire de Nice, suggère de sanctionner les municipalités "qui ne se conforment pas à leur obligation de sécurité, de prévention de la délinquance, de lutte contre l'absentéisme scolaire et de réforme des règles d'urbanisme" en s'inspirant de la loi obligeant les communes à disposer de 20% de logements sociaux. Il réclame ainsi de "très fortes amendes" et épingle Michel Destot, maire de Grenoble, qui "n'a rien fait pour sécuriser sa commune".

Confronté récemment à de violentes émeutes dans le quartier de la Villeneuve, Michel Destot a peu apprécié cette attaque. Si "des faits graves se sont déroulés à Grenoble, la délinquance est en baisse dans ma ville comme le président de la République et le ministre de l'Intérieur l'ont eux-mêmes signalé" a-t-il répliqué. Il ajoute que depuis son élection de maire, "les effectifs de la police municipale ont augmenté de 41% quand, depuis 2002, ceux de la police nationale baissaient de 17%". "La responsabilité principale en matière de sécurité, c'est une responsabilité régalienne de l'État", "il ne faut pas s'abriter derrière des maires pour se déresponsabiliser".

Il est soutenu au PS par Christophe Borgel, secrétaire national aux élections. "M.Estrosi reprend le refrain entonné par la droite depuis le début d'août: 'l'insécurité progresse, mais c'est la faute aux autres'". Il appelle donc à un "pacte des maires pour exiger de l'État la remise à niveau des effectifs de police et de gendarmerie dans nos villes".

Martin Malvy, président de l'Association des petites villes de France, a également peu apprécié les propositions de Christian Estrosi. "En tirant sur les maires, il commet à leur égard un geste lui-même de violence. Il les dénonce à leurs concitoyens comme étant responsables alors qu'ils ne cessent de saisir les préfets et sous-préfets, et de faire appel à la police ou à la gendarmerie et à la justice". Et il ajoute: "exploiter de la sorte le thème de l'insécurité est profondément choquant et insupportable démocratiquement". Même Marc Laffineur, député UMP et vice-président de l'Assemblée nationale, regrette que "des membres du gouvernement puisse stigmatiser les élus locaux ou les maires".

Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP a donc voulu désamorcer la grogne potentielle des 36 000 maires de France en précisant que Christian Estrosi parlait des communes de plus de 5 000 habitants. Et notamment de Lille, dont la maire, Martine Aubry, est accusée de "renoncement" car elle "ne veut pas de caméras de surveillance dans sa ville". C'est d'ailleurs encore le cas de nombreuses municipalités...

Caroline Magnan (DioraNews)
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