Dans un bureau de tabac
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La mesure est entrée en vigueur en catimini, il y a près de deux mois. Les buralistes n'ont plus le droit de vendre de tabac, de feuilles à rouler ou de filtres aux moins de 18 ans. Les contrevenants risquent une amende de 135 euros. La loi idoine a été promulguée le 22 juillet 2009, mais le décret d'application n'a été publié au Journal officiel que le 27 mai dernier.
Pourtant, nombre de débitants de tabac découvrent avec stupeur la mesure. Ils en étaient restés à l'interdiction de vente aux moins de 16 ans, en vigueur depuis 2003. Ils n'ont reçu que cette semaine, dans leur boîte aux lettres, une affiche à coller sur leur caisse. Et encore, celle-ci émane de la Confédération des buralistes, pas du ministère de la Santé, qui ne communique pas sur la question.
C'est un nouveau coup dur pour les buralistes, déjà pénalisés par l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Même les plus décidés à faire appliquer la nouvelle mesure doutent de son efficacité. Car l'interdiction de vendre du tabac aux mineurs pose "plusieurs types de problèmes", reconnaît le président de la Confédération des buralistes, Pascal Montredon : les parents stationnés en double file qui envoient leurs enfants acheter des cigarettes ou le buraliste qui demande sa pièce d'identité à une personne de 23 ans qui le prend mal. "Parfois, dans des quartiers plus ou moins faciles, avec plusieurs jeunes qui peuvent entrer dans votre établissement, on n'est pas toujours à l'aise de dire : 'on ne vous sert pas. Il nous faut une pièce d'identité'", explique-t-il.
Du côté des anti-tabac aussi, on est dubitatif. "C'est important sur le principe", salue le président de Droit des non-fumeurs, Gérard Audureau, dans Le Parisien. "Mais j'ai des doutes quant à l'application des sanctions". "Déjà que l'interdiction aux moins de 16 ans était extrêmement mal appliquée par les buralistes, on voit très bien que ce décret qui passe en catimini montre qu'on a guère l'intention de les gêner", renchérit le président de l'Alliance contre le Tabac, le Pr Gérard Dubois. D'ailleurs, plusieurs chaînes de télévision ont réalisé des tests en caméra cachée : la plupart des buralistes acceptent toujours de vendre du tabac à de jeunes mineurs, visiblement âgés de moins de 18 ans.
Autre source d'inquiétude, le risque que les jeunes se tournent vers d'autres moyens d'approvisionnement : internet ou les cigarettes de contrebande. Ils pourraient ainsi consommer des produits contrefaits dangereux pour leur santé.
Julie Coste (DioraNews)