Le ministre du Travail Eric Woerth quitte l'Elysée, le 16 juin 2010
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Le sort de la retraite à 60 ans était scellé depuis longtemps. Matignon a opté mercredi pour un recul de l'âge légal de retraite à 62 ans, revenant sur une conquête sociale de l'époque Mitterrand. L'objectif est simple: rétablir l'équilibre d'ici 2018.
Le recul sera donc progressif, à raison de 4 mois par an: les assurés nés après le 1er juillet 1951 - les premiers touchés - devront ainsi attendre d'avoir 60 ans et 4 mois pour liquider leur pension. L'âge du taux plein sera lui aussi décalé de 2 ans, à 67 ans, de 2016 à 2023.
Sans surprise, les louanges sont venues de la majorité. Xavier Bertrand, le secrétaire général de l'UMP, a salué "une grande réforme". Pour Alain Juppé, celle-ci est "très ambitieuse, très complète et surtout juste". Devant la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, où Eric Woerth a reçu un accueil houleux de l'opposition, le Nouveau centre a tout de même regretté l'absence de "réformes systémiques". Quant au président du Modem, François Bayrou a jugé le projet "pas équitable".
A gauche, c'est un véritable tollé. Martine Aubry, première secrétaire du PS, a stigmatisé "une réforme irresponsable". Selon elle, "le report de l'âge de départ à 62 ans est une mesure idéologique qui ne règle pas les problèmes du financement des retraites". Ségolène Royal a dénoncé "un triple reniement" de Nicolas Sarkozy, "le plus grave" consistant à renier "la promesse" de 2007 de ne pas toucher à la retraite à 60 ans.
Critiques virulentes également chez les Verts ("une iniquité révoltante"), et les autres formations de gauche. Mais "la bataille n'est pas terminée", espère le PCF. Marine Le Pen (Front national) a dénoncé une réforme "en réalité écrite par le Medef, la Commission européenne et les agences de notation".
Tonalité toute autre, justement, au Medef. L'organisation patronale a vu "un grand pas en avant" dans le recul de l'âge légal, mais critiqué "l'augmentation des taxes sur l'épargne", jugée néfaste au financement des entreprises. La CGPME a considéré que la réforme était "assez équilibrée".
Enfin, les syndicats se sont dits furieux et insistent sur l'importance de la journée de grèves et de manifestations du 24 juin. Eric Aubin, responsable des retraites à la CGT, a demandé au gouvernement de "réécrire" son projet de réforme "en prenant en compte ce que disent les organisations syndicales". La CGT vilipende "une réforme brutale" avec "des conditions d'acquisition des droits à la retraite les plus drastiques en Europe". Pour Jean-Claude Mailly (FO), "on est dans le travailler plus pour gagner moins".
François Chérèque (CFDT) parle d'"une réforme injuste et à court terme, quasiment une provocation", affirmant que "85% de l'effort est supporté par les seuls salariés". Selon la CFDT, "les jeunes générations feront les frais" d'une prochaine réforme, jugée "inévitable".