Le général De Gaulle, à Londres, en 1943
- © Photo AFP
Le général De Gaulle est-il un écrivain comme un autre? C'est ce que contestent fermement des professeurs de lettres qui ont lancé une pétition contre les nouveaux programmes du bac littéraire. Ils ont déjà recueilli 1 500 signatures.
"Proposer De Gaulle aux élèves est une négation de notre discipline. Nul ne songe à discuter l'importance historique de l'écrit de De Gaulle. Mais enfin, de quoi parlons-nous ? De littérature ou d'histoire ?", s'indigne la pétition qui poursuit : "nous sommes professeurs de lettres. Avons-nous les moyens, est-ce notre métier, de discuter une source historique ? D'en dégager le souffle de propagande mobilisateur de conscience nationale ? Car il s'agit bien de cela : aucun thuriféraire du général ne songerait à comparer l'écriture des Mémoires de guerre au style et à la portée de tout autre mémorialiste si l'on veut rester dans ce genre littéraire".
De leur côté, nombre d'écrivains ont pris la défense du général. "Ceux qui polémiquent à ce propos n'ont certainement jamais lu une ligne des +Mémoires+ de De Gaulle" affirme Max Gallo pour qui l'ancien président "fait partie des plus grands mémorialistes de notre histoire au même titre que le cardinal de Retz ou Saint-Simon". Pour Bernard Pivot, "les Mémoires sont tout à fait dignes de figurer au bac littéraire. (Elles) relèvent évidemment de la littérature, par leur style très particulier, flamboyant, grand siècle, avec des mots recherchés. Des imitateurs ont d'ailleurs raillé ce style bien à lui...". Il n'y voit donc "pas matière à scandale". Pierre Assouline confirme : "De Gaulle est un écrivain. Et l'un des plus grands. C'est un monument. Personne n'a protesté quand Churchill a reçu le Nobel de littérature en 1953. De Gaulle avait rêvé lui-même du Nobel...". Et il conclut : "cette polémique, c'est bien français. Les gens confondent littérature et fiction et pour beaucoup il n'y a d'écrivain que le romancier. C'est ce que j'appellerais la tyrannie du roman".