Un corps disséqué présenté dans le cadre de l'exposition "Our Body, à corps ouvert", à Lyon le 28 mai 2008.
- © AFP/Archives (Philippe Merle)
Peut-on faire une exposition destinée au public avec des cadavres humains? La réponse semble être non, puisque l'expo hors du commun "Our body, à corps ouvert" vient d'être interdite par le juge des référés au tribunal de grande instance de Paris.
Depuis le 12 février, cette expo présentait au public parisien 17 véritables corps humains venus de Chine, entiers ou disséqués.
Ce sont deux associations françaises, "Ensemble contre la Peine de Mort" et "Solidarité Chine", qui ont décidé de porter plainte contre l'évènement. Choqués par le procédé, les membres de ces associations soupçonnent également qu'il y a un trafic de corps en Chine pour rassembler ces cadavres de jeunes hommes.
La justice leur a finalement donné raison et la société Encore Events, qui organise l'événement, a été sommée d'interrompre l'exposition sous 24 heures. Pour prendre sa décision, le juge s'est référé à la loi du 19 décembre 2008, qui rappelle que le respect dû au corps humain ne cesse pas après la mort. Les conclusions évoquent aussi l'objectif commercial de la société Encore Events.
120.000 entrées en deux mois
Pourtant, cette exposition tourne dans le monde depuis plusieurs mois et personne n'avait jusqu'ici porté plainte. Au contraire, le succès auprès du public est avéré: on aurait enregistré quelque 120.000 entrées en deux mois à Paris.
Pour sa défense, l'organisateur de l'événement Pascal Bernardin insiste sur le caractère "scientifique, pédagogique et esthétique" du projet. Il assure que tous les corps ont été donnés par des hôpitaux chinois et avec le consentement des personnes.
Fascinant pour les uns, indécent pour les autres, ce débat soulève la question des frontières de la liberté artistique. Acceptant de se plier pour l'instant aux ordres du juge, l'organisateur a cependant décidé de faire appel.
Et vous, avez-vous vu cette exposition? Pensez-vous qu'il faut l'interdire au nom du respect du corps humain ou l'autoriser pour des raisons pédagogiques et artistiques? Ou bien craignez-vous une dérive vers trop de censure?