Les talibans ont appelé les Afghans à attaquer les soldats de la force internationale et en tuer davantage de soldats étrangers pour qu'ils cessent "d'insulter le Coran sacré".
La force internationale de l'Otan (Isaf) a indiqué à l'AFP que la mort de ses deux soldats, dans l'est, était survenue alors qu'"il y avait une manifestation", sans préciser encore si ce double-meurtre est directement lié ou non à l'incinération des Corans lundi dans la plus grande base militaire américaine du pays, à Bagram, près de Kaboul.
"Un individu portant un uniforme de l'armée afghane a retourné son arme contre l'Isaf tuant deux de ses soldats", a annoncé l'Otan dans un communiqué, sans plus de détail.
L'agence de presse privée afghane AIP, qui parle, elle, de quatre soldats étrangers tués, cite le témoin d'une manifestation s'étant produite dans la province de Nangarhar (Est).
à lire aussi
Elle assure que des forces afghanes déployées dans une base de l'Otan attaquée par des manifestants se sont joints à ces derniers pour tirer sur des militaires étrangers.
Les émeutes antiaméricaines ont fait au total 12 morts parmi les manifestants pour l'heure, 9 mercredi et trois jeudi.
Un protestataire a été tué par l'armée afghane alors qu'il participait à l'attaque d'une base américaine jeudi dans le Nangarhar (est), et deux autres dans l'Oruzgan (sud) par des tirs de provenance inconnue, ont indiqué les autorités locales.
Ces manifestations ne pouvaient intervenir à un pire moment pour les Etats-Unis, qui veulent retirer progressivement et sans trop d'embûches leurs 100.000 soldats combattants d'Afghanistan d'ici à fin 2014, en laissant un pays pacifié, notamment grâce aux discussions de paix qu'ils tentent de lancer avec les talibans au Qatar.
Le sentiment antiaméricain n'a jamais été aussi fort dans la population en 10 ans de conflit, au diapason des bavures de l'Otan qui tue relativement fréquemment des civils et de diverses affaires récentes de profanations ou autres actes jugés blasphématoire à l'égard de l'islam.
C'est d'ailleurs sans doute pour tenter d'étouffer cette nouvelle flambée de violences que les hauts responsables américains, à Washington comme à Kaboul, se sont confondus en excuses auprès du "peuple afghan", en plaidant l'"ignorance" et l'"erreur" quelques heures après que des employés de la base de Bagram eurent découvert l'incinération.
Dans la nuit de lundi à mardi, des exemplaires du Coran, confisqués à des détenus de la prison de la base américaine de Bagram, à 60 km au nord-est de Kaboul, ont été incinérés parce que, selon des responsables à Washington, ils servaient à faire passer des messages entre prisonniers.
Quant aux talibans, ils paraissent hésitants. Jeudi, ils ont appelé les Afghans à "attaquer courageusement les bases militaires des envahisseurs, leurs convois militaires, les tuer, les capturer, les frapper et leur donner une leçon" afin de "défendre le livre saint".
Mais la veille, leur porte-parole Zabiullah Mudjahid, tout en condamnant, avait assuré à l'AFP que la "profanation" du Coran "n'affecterait pas le processus au Qatar", où les rebelles pourraient ouvrir un bureau de représentation pour discuter avec les Etats-Unis.
Des milliers de personnes ont manifesté aux cris de "Mort à l'Amérique" jeudi dans plusieurs provinces.
"Nous voulons que les coupables soient jugés. Les excuses, ce n'est pas assez", scandaient notamment les protestataires dans la province de Kunar.
Mercredi, neuf manifestants avaient péri essentiellement sous les balles des policiers, militaires ou gardes privés afghans.
Mercredi soir, le président Hamid Karzaï avait "appelé au calme".
Les profanations du livre saint de l'islam, ou des actes considérés comme blasphématoires par les musulmans, commis par des soldats étrangers surviennent périodiquement en Afghanistan, déclenchant généralement des manifestations violentes.


