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Marseille, un meeting qui n'a pas permis d'élargir le socle


Le meeting du 19 février 2012 à Marseille ne sera pour Nicolas Sarkozy, ni le meeting du Bourget (du 22 janvier 2012) de Hollande, ni encore moins " sa " Porte de Versailles du 14 janvier 2007.
Après une entrée en campagne plutôt réussie lors de son intervention télévisée dans le journal de Laurence Ferrari (Cf. sondage de post-test BVA-Orange-Presse Régionale du 24 et 25 janvier), notre sondage BVA-Orange-Presse Régionale montre clairement que le meeting du 19 février dernier à Marseille n'a pas aidé le Président-candidat à élargir son socle.

1 - A Marseille, Nicolas Sarkozy a été vu et a pleinement satisfait les sympathisants UMP, mais il n'a pas convaincu les Français. Son positionnement étant jugé trop " à droite ", il n'a pas amélioré son image suscitant le rejet tant au Fn qu'au MoDem
Certes, plus de 8 Français sur 10 ont entendu parler de ce meeting (83%). Mais ils n'ont pas été convaincus : 30% de ceux qui ont entendu parler du meeting de Marseille ont trouvé le Président " convaincant ", contre 67% " pas convaincant ". C'est évidemment un résultat médiocre dans l'absolu, et surtout en comparaison avec Hollande qui avait, lui, convaincu 56% des personne ayant entendu parler de son meeting du Bourget. Certes, il était difficile d'espérer faire mieux que son rival, alors que le candidat est Président, dans un contexte de crise et impopulaire. Mais Sarkozy lui-même était parvenu à se montrer nettement plus convaincant dans son annonce télévisée. Mercredi dernier, près d'un Français sur deux (46% contre 53%) ayant suivi son intervention au JT de Laurence Ferrari l'avait trouvé " convaincant ".
C'est donc bien l'angle choisi et les propositions faites à Marseille qui n'ont pas séduit les Français.
Le bilan détaillé par sous-population ou " cibles électorales " n'est guère plus probant : le candidat Sarkozy n'a pas convaincu les sympathisants du Front national (pas " convaincus " à 59% contre 38%) et encore moins ceux du MoDem (75% " pas convaincus "). Pourtant il a un besoin vital de ces deux électorats pour le second tour. Par comparaison, les électeurs hors UMP, et notamment ceux du FN avaient été beaucoup moins sévères à propos de la prestation télévisée du Président sur TF1 (47% de " convaincus ").

Surtout, Hollande au Bourget avait manifesté une plus grande capacité à séduire d'autres électorats que le sien : 68% de " convaincus " auprès des sympathisants de l'extrême-gauche, 72% auprès des Verts et 53% auprès de ceux du MoDem (soit plus du double du score de Nicolas Sarkozy aujourd'hui).
Finalement, les sympathisants de l'UMP, et eux-seuls ont été très majoritairement convaincus (88%) par " leur " candidat.
C'est que les Français estiment majoritairement qu'à Marseille (contrairement à TF1) Nicolas Sarkozy a mis un trop fort " coup de barre à droite ". 55% des Français l'affirment contre 33% qui estiment qu'il se positionne " juste comme il faut " sur l'axe gauche-droite, et 8% qui jugent qu'il ne serait " pas assez à droite ".
Encore une fois, la comparaison avec Hollande au Bourget est cruelle pour le Président. A l'époque, le résultat pour le candidat socialiste était parfaitement inverse. 54% des Français jugeaient qu'il se positionnait " juste comme il faut ", 23% qu'il n'était " pas assez à gauche " et seulement 18% qu'il était " trop à gauche ".
Si des meetings comme celui de Marseille peuvent permettre à Nicolas Sarkozy de solidifier son socle, et peut-être de resserrer l'écart au premier tour avec François Hollande, ils ne pourront lui permettre de l'élargir pour le second tour en séduisant les électeurs du MoDem et du Fn.
S'agissant de toucher une majorité de Français, le dosage n'est pas réussi, le Président-candidat mécontentant même tout le monde, à part les sympathisants de l'UMP, les seuls à juger son positionnement " juste comme il faut " à 81%. Ainsi, les sympathisants du MoDem sont 61% à le juger " trop à droite " contre moitié moins (29%) qui pensent qu'il s'est positionné " comme il faut ". Inversement, auprès des sympathisants Fn il n'a pas été " assez à droite " pour une majorité (54%) et ceux qui l'ont jugé " comme il faut " sont même moins nombreux que les frontistes l'ayant trouvé " trop à droite " (18% contre 20%).
Pour finir, Marseille n'a pas amélioré l'image que les Français avaient de Nicolas Sarkozy.
70% déclarent ainsi que leur image n'a pas changée et ceux qui jugent qu'elle s'est dégradée sont même - symboliquement avec 15% contre 14% - plus nombreux que ceux qui estiment qu'elle s'est améliorée. Après le Bourget, 51% des Français déclaraient ne pas avoir changé d'opinion sur Hollande mais 44% affirmaient que leur image s'était améliorée contre seulement 3% qui déclaraient qu'elle s'était dégradée. Cela représente donc un solde d'amélioration de " -1 " pour Sarkozy à Marseille contre un solde de " +41 " pour Hollande au Bourget ...

Image détaillée des deux principaux favoris : Hollande domine Sarkozy sur presque toutes les dimensions, et tout particulièrement sur celles sur lesquelles ce dernier vient de l'attaquer lui reprochant d'être le candidat " du système et des élites " et de " mentir ". Le Président-candidat écrase en revanche son rival sur deux dimensions : le dynamisme et l'autorité.
Sur les dix items d'image comparée entre Hollande et Sarkozy que nous avons testés dans notre enquête, le socialiste domine le candidat de droite sur sept dimensions, fait jeu égal avec lui sur une (le courage), et se trouve dominé dans deux domaines (le dynamisme et l'autorité).
En moyenne sur les dix items, Hollande est crédité de 56% de jugements positifs contre seulement 35% à Sarkozy.
La domination du socialiste est très nette sur son côté rassembleur (64% contre 28% à N.Sarkozy), rassurant (59% contre 32%), sympathique (71% contre 21%) et convaincant (53% contre 38%).
Surtout, il écrase Nicolas Sarkozy sur trois dimensions sur lequel le candidat de droite l'avait stigmatisé à Marseille, fustigeant en Hollande le candidat des élites et " du système ", dénonçant ses mensonges (" on ment du soir au matin ") sur la finance, et se présentant comme étant - contrairement à lui - le plus proche du peuple (en faisant directement appel à lui par référendums). Patatras, dans ces trois domaines, Hollande écrase Sarkozy : pour 81% c'est ce dernier qui, bien plus que Hollande (12%) est " celui qui protège le plus les élites et le système ", à l'inverse, pour 62% (contre seulement 27% à Sarkozy) c'est Hollande le plus sincère et pour 77% (contre 16% à Sarkozy) il est celui des deux qui est " le plus proche du peuple ".
Si désormais, Hollande rivalise avec Sarkozy sur " le courage " (44% contre 46%), le Président écrase en revanche son rival sur deux dimensions régaliennes par excellence : le dynamisme (61% contre 30%) et surtout l'autorité (72% contre 20%).
C'est mince, mais cela pourrait s'avérer utile au candidat Sarkozy si le pays devait être confronté à une nouvelle crise aigüe de grande ampleur d'ici au premier tour de l'élection présidentielle.
D'autant qu'un dernier résultat montre que, malgré la large domination de F.Hollande, les jeux ne sont pas faits :
Si François Hollande avait été élu en 2007 plutôt que Nicolas Sarkozy, seulement 39% des Français pensent qu'il aurait fait mieux que lui. 29% estiment qu'il aurait été moins bon et autant qu'il n'aurait fait " ni mieux ni moins bien ".
Malgré le succès du Bourget et les ratés de Marseille, le choix des Français n'est pas cristallisé et la large domination de F.Hollande dans toutes les intentions de vote reste en réalité fragile car repose toujours pour l'essentiel sur de l'anti-sarkozysme plutôt que sur une franche adhésion à son adversaire.

GAEL SLIMAN - Directeur Général Adjoint de BVA

Enquête réalisée auprès d'un échantillon de Français recrutés par téléphone et interrogés par internet les 20 et 21 février 2012. Echantillon de 1 045 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. La représentativité de l'échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, profession du chef de famille et profession de l'interviewé après stratification par région et catégorie d'agglomération.

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