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BVA Orange L'EXPRESS FRANCE INTER

Barometre du 27 octobre 2009

Sarkozy en nette baisse et Mitterrand pénalisé

1) L'impopularité du Président s'accroît, et son bilan de mi-mandat est globalement jugé négativement. Les Français récusent aussi l'idée d'une cabbale médiatique anti-Sarkozy. Mais, après l'intervention télévisée de son fils Jean, le Président reste très largement soutenu par son socle électoral âgé et de droite

Après une période septembre-octobre aussi dure que celle que vient de vivre le Président (taxe carbone, réforme de la TP, fronde de certains députés de la majorité, affaires Hortefeux, puis Mitterrand et enfin Jean Sarkozy), la forte baisse de 5 points que nous enregistrons fin octobre apparaît presque comme un moindre mal.
Néanmoins, avec 42% de bonnes opinions contre 54% de mauvaises, nous avons la confirmation que le " bouclier " que constituait la crise est maintenant à terre et que s'achève la protection que lui accordait l'opinion publique tant qu'elle voyait en lui un solide capitaine dans la tempête.
Nicolas Sarkozy retrouve les niveaux d'impopularité qui étaient les siens il y a tout juste un an, avant la faillite de Lehman Brothers.

D'ailleurs, le bilan plus global de la mi-mandat s'avère lui aussi légèrement négatif : 50% contre 47% des Français estimant que depuis 2 ans et demi, Nicolas Sarkozy remplit plutôt mal sa fonction de Président de la République.
La gestion à chaud de la crise, le plan de sauvetage des banques et la présidence Française de l'UE perçue positivement s'effacent donc progressivement pour laisser la place à un jugement sévère sur l'efficacité et la justice des actions menées.
Et nul secours n'est à attendre de la dernière trouvaille de Frédéric Lefèbvre, les Français ne croyant pas que le Président soit victime d'une cabbale médiatique : 54% contre 42% estimant que " non, les médias ne s'en prennent pas trop à Nicolas Sarkozy en ce moment ".

Heureusement pour lui, l'intervention télévisée de son fils Jean, jeudi dernier, dans laquelle il annonçait renoncer à la présidence de l'EPAD, a sans doute permis au Président de circonscrire un mécontentement qui gagnait son propre camp. Nos questions d'actualité publiées lundi matin sur ce sujet on montré combien l'électorat âgé et de droite (lui aussi majoritairement hostile à cette promotion) avait apprécié cette intervention qui avait amélioré leur opinion sur Jean car ils l'avaient décodée comme une preuve de " sagesse et de maturité du fils " plutôt que comme une marche arrière du père.
Cela permet à Nicolas Sarkozy de bénéficier encore pour le moment du soutien indéfectible de 81% des sympathisants de droite sur sa popularité en ce mois d'octobre, et de 83% d'entre eux, plus globalement en ce qui concerne son bilan de mi-mandat. Les mêmes se distinguent en estimant pour les deux-tiers d'entre eux, que " oui, les médias s'en prennent trop à Nicolas Sarkozy en ce moment ".
Ces scores exceptionnels sont en rupture avec les perceptions de toutes les autres catégories de population auprès de qui l'impopularité domine, tant dans la popularité enregistrée ce mois-ci que sur le bilan de mi-mandat (sauf auprès des Français les plus âgés et les plus fortunés).
Il suffirait que ce socle de soutien vacille - en tombant à 60 ou 65% par exemple - et sa popularité pourrait s'effondrer comme elle le fit en avril 2008 (le Président était " tombé " à 32% de bonnes opinions battant tout les records d'impopularité d'un Président de la République depuis 1981).

A l'approche des élections régionales, cette tâche est aussi indispensable que délicate : seul comptable des résultats économiques et sociaux, le Président en première ligne, ne peut compter sur l'habituel rôle de fusible du Premier ministre. Malgré une politique économique gouvernementale jugée mauvaise (baromètre BVA-les Echos d'il y a 15 jours), François Fillon, lui, résiste toujours aussi bien avec 49% de " bonnes opinions " contre 41% de " mauvaises ".
Il suscite autant de bonnes opinions de la part de la droite que le Président, mais beaucoup moins de mécontentement de la part de la gauche.

2) Cote d'avenir des personnalités : Frédéric Mitterrand et Daniel Cohn-Bendit s'effondrent, mais Benoît Hamon et surtout Marine le Pen perdent du terrain. Après des vagues de baisses ou de stagnation, Manuel Valls, Ségolène Royal et François Bayrou regagnent du terrain. Rama Yade reste, devant DSK, la star de cette cote d'avenir, où il ne fait pas bon être un proche du Président (tous sont distancés), sauf pour Jean son fils, qui fait une entrée spectaculaire, directement dans notre top 20.

Comme nous l'avons montré lundi avec les résultats de nos questions d'actualité post-testant l'intervention télévisée de Jean Sarkozy, le fils du Président a plutôt bien réussi son examen de passage télévisuel, même si les deux tiers des Français déclarent ne pas avoir modifié leur jugement à son égard après sa prestation : il a marqué l'opinion publique (76% des Français ont été au courant de son intervention) et a (re)conquis le socle électoral Sarkozyste.
Résultat, il fait directement son entrée dans le top 20 des personnalités politiques que les Français souhaitent voir jouer un plus grand rôle politique à l'avenir. Avec 19%, il fait mieux que Cécile Duflot, la patronne des Verts, encore largement inconnue du grand public (seulement 17%, mais en progression de 6 points en un mois) et mieux aussi que Marine le Pen, toujours aussi peu appréciée des Français (12%) malgré ou, sans doute, à cause de (-5 points) sa " bonne " période médiatique du mois de septembre.
Attention tout de même, l'ascension sera plus dure pour Jean Sarkozy que pour tous ses " voisins " de palmarès : contrairement à eux les personnes ne déclarant pas souhaiter qu'il ait davantage d'influence à l'avenir se positionnent sur un refus clair et net plutôt que sur une non-réponse traduisant en fait la faible notoriété de certains (comme Cécile Duflot par exemple). Les faire basculer vers un jugement positif sera donc moins aisé.
Les choses bougent en queue de notre Top-20. Elles évoluent aussi plus globalement, sur l'ensemble de notre liste : sans doute mécontents d'échanges qu'ils ont jugés malsains, les Français ont sanctionné ce mois-ci l'ensemble des 22 personnalités avec un solde d'évolution d'1,5 points de baisse en moyenne.
Comme prévu, mais peut-être au-delà encore, le plus affecté par cette baisse est le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand qui, après sa mise en cause du mois dernier dégringole de 15 points auprès de l'ensemble des Français et même de 18 points auprès des sympathisants de droite. Comme nous l'avions indiqué lors de notre sondage indiquant que les deux tiers des Français ne voulaient pas qu'il démissionne, cela ne signifiait pas que " l'affaire " serait sans suite sur l'opinion publique, notamment de droite.
L'autre personnalité la plus touchée ce mois-ci est Daniel Cohn-Bendit (-9 points), sans que l'on sache si sa baisse spectaculaire ne s'explique que par à un retour à la normale après sa percée post-européennes, ou si elle correspond aussi à un dommage collatéral de " l'affaire Mitterrand " que l'ex-soixante-huitard lui-même récemment mis en cause pour ouvrage sulfureux avait fortement défendu.
Mais comme rien n'est si simple, les deux autre fortes baisses du mois concernent d'autres protagonistes de cette " affaire ", du côté " partie civile " cette fois, Benoît Hamon (-4 points) et Marine le Pen (-5 points).
A contre-courant de ces baisses assez généralisées, trois personnalités sortent du lot, et retrouvent un peu de couleurs après avoir beaucoup souffert lors de ces derniers mois : François Bayrou (gagne 3 points et repasse devant Daniel Cohn-Bendit), Ségolène Royal (gagne 5 points mais reste distancée par Martine Aubry) et Manuel Valls (croise Benoît Hamon en prenant les 4 points perdus par celui-ci) bénéficient sans doute d'une bonne exposition médiatique et, s'agissant des deux derniers, d'une plus grande orthodoxie à l'égard de leur parti (la première après son " la Rochelle " apaisé et le second après avoir soutenu Hamon vilipendé par certains après sa mise en cause de Mitterrand).

S'il y a eu beaucoup de mouvements ce mois-ci, en revanche, rien ne bouge sur les trois premières marches du podium : Rama Yade demeure - de loin (4 points) - la personnalité politique star de notre classement, capitalisant sans doute encore sur sa posture en rupture à droite (avant de se rétracter elle avait fait entendre un son assez critique dans l'affaire de l'EPAD). Elle devance toujours l'homme de Washington, Dominique Strauss-Kahn, n°2, toujours à bonne distance du socialiste hexagonal préféré des Français, Bertrand Delanoë.

Une seule clé de lecture systématiquement valable ces derniers mois, et qui devrait se confirmer à l'avenir : attaquer Nicolas Sarkozy lorsque l'on est dans l'opposition mais surtout prendre bien ses distances avec lui lorsque l'on est dans la majorité demeure un FCS (facteur clé de succès) très efficace dans l'opinion publique : Rama Yade, MAM et Jean-Louis Borloo et à présent Jean-François Copé sont les personnalités de droite les plus appréciées des Français comme des sympathisants de droite. A l'inverse, les fidèles du Président comme Bertrand, Hortefeux ou Darcos végètent dans l'opinion publique et sont même devancés par les " rebelles " auprès des sympathisants de droite.

Bref, encore des soucis en perspective pour le Président de la République.

GAEL SLIMAN - Directeur Général Adjoint de BVA

Sondage réalisé par l'Institut BVA par téléphone les 23 et 24 octobre 2009 auprès d'un échantillon de 968 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par régions et catégories d'agglomération.

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