Seconde chance en justice pour le héros du podcast américain Serial

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 An allegory of Justice is pictured in front of lawyer dress in the Maison Bosc store, which has been manufacturing legal and academic dress in France and abroad since 1845, on December 4, 2013 in Paris. AFP PHOTO / FRANCK FIFE

An allegory of Justice is pictured in front of lawyer dress in the Maison Bosc store, which has been manufacturing legal and academic dress in France and abroad since 1845, on December 4, 2013 in Paris. AFP PHOTO / FRANCK...

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AFP, publié le vendredi 09 juin 2017 à 18h37

Depuis 18 ans, Adnan Syed nie avoir tué son ex-petite amie à Baltimore. Son avocat a demandé jeudi qu'il soit rejugé, cette affaire ayant été relancée de façon spectaculaire grâce au succès mondial du podcast "Serial".

"Voilà quelqu'un qui a été condamné en violation de la Constitution, dont je suis convaincu de l'innocence, et qui croupit en prison", a résumé Justin Brown devant la cour d'appel d'Annapolis, dans l'est des Etats-Unis.

Le sort de ce fils d'immigrés pakistanais passionne des millions d'internautes bien au-delà des frontières des Etats-Unis. 

Cela, depuis la sortie en 2014 d'une enquête journalistique de Sarah Koenig, diffusée en chroniques hebdomadaires en ligne, à la manière d'un feuilleton radiophonique. 

Les 12 épisodes de Serial ont fait l'objet de plus de 175 millions de téléchargements, un record planétaire. 

Les faits remontent à début 1999: le corps de Hae Min Lee, une jolie lycéenne d'origine sud-coréenne, est retrouvé à demi-enseveli dans un bois de Baltimore. 

La jeune fille de 18 ans, portée disparue depuis bientôt trois semaines, a été étranglée. 

- La jalousie, mobile ténu -

Aiguillés par une dénonciation anonyme, les enquêteurs se tournent vers Adnan Syed, 17 ans à l'époque, un camarade de cours et ex-compagnon de Hae Min Lee. 

Un petit trafiquant de cannabis connaissant Adnan, Jay Wilds, livre un témoignage accablant aux policiers, assurant que le lycéen lui a confié avoir tué la jeune fille. Il ajoute avoir aidé Adnan à enterrer le cadavre. 

Pour les procureurs, l'affaire est claire: issu d'un milieu musulman influencé par des codes d'honneur, Adnan Syed s'est senti humilié d'avoir été délaissé par Hae Min Lee pour un autre. Il l'a donc tuée. 

Jugé pour meurtre en 2000, le suspect est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Le procès à l'époque n'attire guère l'attention au-delà des limites de l'Etat du Maryland, où se trouve la cité portuaire de Baltimore.

Treize ans plus tard, Sarah Koenig, contactée par des proches du condamné, reprend l'enquête à zéro, passant en revue les comptes-rendus policiers.

Serial dresse un portrait d'Adnan collant peu à l'image décrite par l'accusation et met au jour plusieurs incohérences importantes dans la thèse du ministère public. 

Le podcast montre notamment que Cristina Gutierrez, l'avocate aujourd'hui décédée d'Adnan, a négligé une analyse technique cruciale sur des antennes relais de téléphonie mobile. 

Cette expertise mettait en doute la géolocalisation du téléphone cellulaire d'Adnan Syed près de l'endroit où a été enterré la victime. 

Par ailleurs, de façon difficilement compréhensible, Mme Gutierrez n'a pas contacté une jeune fille qui affirmait avoir aperçu Adnan dans une bibliothèque publique à l'heure présumée du meurtre de Hae Min Lee.

- #FreeAdnan sur internet -

En se fondant sur ces deux éléments et en bénéficiant du soutien de toute une communauté d'internautes soudés par le hashtag #FreeAdnan, les proches du prisonnier exigent la tenue d'un nouveau procès. 

Une éventualité qu'ont âprement combattue jeudi les procureurs de l'Etat du Maryland, qui ont assuré à l'audience que l'avocate avait probablement de bonnes raisons de ne pas chercher à en savoir plus sur l'éventuelle présence d'Adnan à la bibliothèque. 

"Comment voulez-vous évaluer la valeur d'un témoin susceptible de fournir un alibi, si vous ne lui parlez même pas ?", s'est pourtant étonné le président de la cour, Patrick Woodward.

Le condamné, désormais âgé de 37 ans, était absent à l'audience, consacrée à un débat technique entre les parties.

"Il garde un moral optimiste", a relaté à l'AFP Rabia Chaudry, l'auteure de "Adnan's Story" et soutien de la première heure du prisonnier.

Sans la caisse de résonance de Serial, a-t-elle expliqué, le condamné n'aurait jamais entrevu d'espoir. 

"Tous ces gens sont venus nous apporter leur aide dans ce dossier. Nous avons obtenu des fonds, des nouveaux enquêteurs, nous avons trouvé de nouvelles preuves. Désormais nous espérons simplement qu'il bénéficie d'un nouveau procès", a-t-elle dit. 

La cour rendra sa décision à une date non précisée. 

 
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