Empoisonnements en série à la maison de retraite: les silences de la direction

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Ludivine Chambet (tête couverte), l'aide-soignante accusée de 13 empoisonnements de personnes âgées, escortée par un gendarme, le 9 mai 2017 à Chambéry

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© AFP, JEAN-PIERRE CLATOT
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AFP, publié le mardi 16 mai 2017 à 22h37

Procès: un expert a détaillé le contenu glaçant des recherches sur internet de Ludivine Chambet, "l'aide-soignante empoisonneuse"

Le silence du directeur s'étire, pesant. Au 7e jour du procès de l'aide-soignante accusée d'avoir empoisonné dix pensionnaires d'une maison de retraite proche de Chambéry, ses responsables ont du mal à expliquer leur lenteur à réagir face à ces décès en série.

"Est-ce que l'hôpital se sent, d'une manière ou d'une autre, responsable de ce qui s'est passé?" lance Thomas Bidnic, l'avocat de Ludivine Chambet.

La jeune femme, rappelle Me Bidnic, n'a jamais mis en cause son ancien employeur. Pour autant, sa responsabilité peut-elle être engagée?

Jusqu'ici, la direction de la maison de retraite, représentée par Olivier Nicolas, directeur adjoint du centre hospitalier Métropole Savoie en charge des unités de personnes âgées, avait dessiné un portrait presque parfait de la maison de retraite, dans un propos souvent très administratif.

Mais placé sur ce nouveau terrain, les silences du responsable deviennent brutalement gênants. 

Les secondes s'égrainent, le silence envahit la salle d'audience. Une réponse finit par arriver: "Les faits qui sont reprochés à Mme Chambet sont des faits qu'elle a commis et qui engagent sa responsabilité."

L'établissement, fait valoir M. Nicolas, "a mis en place des dispositifs et continue à être attentif pour maintenir et renforcer les dispositifs de sécurité. L'hôpital ne peut pas être responsable des actes délictuels et criminels commis par ses agents".

"Que n'aurait-il pas fait?" lance-t-il à ses détracteurs.

Mais Me Bidnic insiste: l'hôpital n'est-il pas responsable "quel que soit le type de responsabilité"?

Silence pesant, de nouveau. "L'hôpital a pris la mesure des faits", tente Olivier Nicolas, déstabilisé.

"Votre silence est une réponse", conclut l'avocat de la défense.

- 20,25 sur 25 -

Arrive plus tard à la barre Philippe Audenard. Aujourd'hui retraité, il était à l'époque des faits directeur des ressources humaines du centre hospitalier.

Il raconte un entretien en juillet 2012 avec Ludivine Chambet, pour décider de son changement d'affectation. D'après lui, il n'y a rien d'inquiétant. "Je n'avais pas, à ce moment-là, un oeil particulier" sur elle.

Me Cataldi, du côté des parties civiles, lui fait alors remarquer la note attribuée à Ludivine Chambet, validée par le directeur des ressources humaines le 26 décembre 2012: "20,25/25".

A cette époque, des malaises ont déjà eu lieu dans le service du fait des cocktails toxiques administrés par la jeune femme. Une première victime décède même fin novembre. 

"C'est un agent qui n'interpelle donc absolument pas vos services", résume-t-il.

- Promotion automatique -

Me Cataldi évoque ensuite un courrier envoyé à Ludivine Chambet par le service des ressources humaines, en mai 2013: il a été décidé la promotion de l'employée.

C'est une décision "assez automatique" pour l'hôpital, justifie l'ancien directeur des ressources humaines. 

Me Cataldi poursuit et mentionne une nouvelle évaluation en date du 25 septembre 2013, cette fois non validée par le DRH mais établie par sa supérieure directe : 20,25/25 de nouveau. A cette date, quatre personnes âgées sont déjà décédées mais l'affaire n'a pas encore éclaté. 

Lundi, la question de la responsabilité de l'hôpital avait déjà été posée en filigrane, lors des dépositions de proches de Ludivine Chambet. 

Par son père d'abord, Gérard Chambet, 70 ans. "Vous attendez quelque chose de cette audience ?", lui avait demandé Me Bidnic. "Des réponses. Qui est responsable ? Où est la faille ?" 

Jean-Luc Lambeaux, 56 ans, oncle de l'accusée, s'était aussi interrogé: "Je n'ai jamais compris pourquoi Ludivine n'a pas été arrêtée par l'hôpital." 

Ludivine Chambet risque la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le 24 mai.

 
5 commentaires - Empoisonnements en série à la maison de retraite: les silences de la direction
  • la vraie question c'est a t elle agis seul ou sur ordre....?

  • il y a un glissement des taches qui est condamnable.Les établissements sont parfaitement au courant et leur responsabilité devrait être engagée. Les économies sont le maître mot.
    Si la législation était respectée elle n'aurait jamais eu accès aux médicaments.C'est l'établissement qui est coresponsable avec toute la chaîne hiérarchique : infirmières, cadre, médecin drh, directeur.
    Une amende astronomique pour les établissements leur donnerait à réfléchir.
    Cela n'excuse en rien le comportement criminel de cette aide soignante.
    Les médicaments sont des " poisons" qui doivent être sous clé.C'est la loi.

  • une question aussi, qui devra se poser, est la responsabilité qui tombe sur le dos des personnels qui font des taches pour lesquelles ils ne sont pas formés; Tout va très bien ( c'est plus économique, et puis, après tout, donner des médicaments, on le fait bien chez nous...et puis, pourquoi payer une infirmière 24h/24 alors que des aides soignants sont là...) tant qu'il ne se passe rien. Mais qu'il y a un accident, un débordement, une décision, comme celle ci, de donner des médicaments à dose létale, et bien là, tout le monde ouvre le parapluie. Et chacun se réfugie derrière le " on ne savait pas, il/ elle l'a fait sans notre accord, c'est du dépassement de compétence sans autorisation, on n'avait pas pensé à mettre les médicaments sous clef ". Arrêtons de nous voiler la face. Ces maisons de retraite sont couteuses, et personne ne veut y mettre le prix ni les moyens en personnel, personnel qui s'épuise, pète un plomb, et fini par se retrouver au tribunal la plupart du temps.

  • "Les faits qui sont reprochés à Mme Chambet" ..surtout là , pas d amalgames...

  • "Ludivine Chambet risque la réclusion criminelle à perpétuité"
    Elle risque me ne fera jamais cette peine, la perpétuité n'a jamais été effectuée en France.

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