Dix ans après, l'interpellation de Lamine Dieng hante toujours le nord-est parisien

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Un poster représentant Lamine Dieng est brandi lors d'une marche silencieuse à sa mémoire, le 24 juin 2007 à Paris

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AFP, publié le jeudi 15 juin 2017 à 13h13

Dans le nord-est parisien, dix ans n'ont pas effacé le nom de Lamine Dieng, mort dans un fourgon de police une nuit d'interpellation trouble. Une affaire Adama Traoré avant l'heure, pour laquelle sa famille, déboutée en justice, se mobilise à nouveau samedi.

Nabil avait 6 ans en 2007. Mais il se rappelle très bien de cet été tendu dans ce quartier populaire de Ménilmontant-La Banane où logements sociaux et foyers de travailleurs immigrés voisinent avec un trafic de drogue persistant.

Il connaissait Lamine Dieng, un robuste Franco-Sénégalais de 25 ans du quartier: "Pour nous il était comme un grand frère, gentil avec les jeunes".

Le 17 juin 2007 vers 4h du matin, Lamine est interpellé devant un hôtel tout proche, accusé d'y avoir frappé une femme.

Il résiste farouchement, selon les policiers qui l'immobilisent finalement sur le ventre, menotté dans le dos, pressé contre le sol par quatre à cinq agents, sur le trottoir puis dans un car de police.

Il y décèdera vers 4h30. Sa famille est sous le choc, et le quartier bientôt en proie à des manifestations contre cette "bavure". Des voitures de police sont caillassées.

Très vite, sur la base d'une première autopsie suggérant un décès par overdose de cocaïne, la police des polices (IGS) met hors de cause les policiers.

La famille Dieng porte alors plainte contre X. "Il avait 25 ans, aucun problème de santé. Tout cela ne tenait pas", explique à l'AFP sa sœur, Ramata Dieng.

En novembre, une seconde autopsie conclut à une mort par "asphyxie" due à son maintien prolongé face contre terre lors de l'interpellation. Elle sera confirmée par une analyse complémentaire en 2010. "On était soulagé, on pensait que les policiers allaient être jugés, pour homicide involontaire ou autre", se souvient Ramata Dieng.

Les années passent dans l'attente. Chaque année en juin, la famille organise une marche dans le quartier pour réclamer "justice et vérité".

L'Association des chrétiens contre la torture (Acat) et Amnesty international citent l'affaire Dieng dans leurs campagnes pour l'interdiction de plusieurs techniques d'immobilisation, dont le plaquage ventral, également accusé par la famille d'Adama Traoré, mort à l'été 2016 lors de son interpellation par des gendarmes.

- "On va pas pleurer sur le flic"

La police ne communique guère sur ces sujets. En interne toutefois, elle préconise dans une note de 2008 que l'immobilisation en position ventrale soit "la plus limitée possible". 

En 2014, au bout de sept ans, la justice déclare un non lieu. Il n'y aura pas de procès.

"On s'est sentis humiliés, considérés comme des moins que rien, des indignes", se rappelle Ramata Dieng. "Dans les affaires impliquant des policiers, on nie les preuves matérielles et on refuse de les condamner".

Selon l'Acat, alors qu'on recense en moyenne "un décès par mois" toutes causes confondues dans les opérations policières et de gendarmerie depuis 2005, "seules sept condamnations ont eu lieu, dont six à des peines de prison avec sursis".

Assis sur un banc de la rue de Ménilmontant, Nasser, 42 ans, raconte avoir entendu, au lendemain du récent attentat des Champs Elysées des jeunes dire qu'ils n'allaient "pas pleurer sur le flic tué, parce que les flics n'ont rien fait pour qu'on sache la vérité sur Lamine Dieng". "C'est grave, cette situation", lâche-t-il.

Depuis un an, les affaires Adama Traoré et Théo, entre autres, ont remis le thème des violences policières au premier plan. Les familles de victimes présumées se sont rapprochées.

Plusieurs seront samedi aux côtés de Ramata Dieng lors de la journée d'hommage qu'elle organise à Ménilmontant pour le 10e anniversaire de la mort de son frère, avec marche, conférence de presse et concert.

La famille Dieng a porté l'affaire en Cour de Cassation, sans grand espoir. Elle en fonde plus sur la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), qui en 2007 a condamné la France dans une affaire d'interpellation très similaire, celle de Mohammed Saoud, mort à 26 ans.

Alors que la justice française avait rendu un non lieu, la CEDH a estimé que la France avait manqué à ses obligation de "protéger la vie" de ce Franco-Tunisien et de garantir à ses proches "un procès équitable".

 
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