Le charançon tueur, le mauvais film des palmiers de la Croisette

Le charançon tueur, le mauvais film des palmiers de la Croisette

Des palmiers devant le Palais des Festivals, le 15 mai 2017 à Cannes

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AFP, publié le mardi 16 mai 2017 à 13h41

Environnement: le charançon rouge défigure les paysages du pourtour méditerranéen notamment les palmiers, ceux de la Croisette n'y échappent pas

C'est un film noir dont le Festival de Cannes se passerait volontiers. Dans le costume du tueur, le charançon rouge qui défigure les paysages du pourtour méditerranéen. Sa victime de prédilection: le palmier, et ceux de la Croisette n'y échappent pas.

Ce serial killer, arrivé clandestinement sur la Côte d'Azur dans des cargaisons de spécimens d'ornement importés à bas prix d'Egypte, a obligé la mairie à abattre un nombre croissant de palmiers municipaux: 43 l'an dernier, contre 13 en 2015 et quatre ou cinq en 2013 et 2014.

"Ce n'est pas encore dramatique mais ça peut le devenir. Il y a une accélération de la contamination, toute prolifération d'insecte est exponentielle", indique à l'AFP Xavier Peraldi, directeur des espaces verts. 

Des yeux noirs, un dos brun rouge, 3 cm de long: le charançon est facile à reconnaître. Mais ce sont ses larves, grosses comme le pouce, qui creusent des galeries et finissent par tuer le palmier si l'infestation n'est pas détectée à temps.

Comparé à Nice ou à des stations balnéaires comme Hyères --surnommée par dérision "hier les palmiers" car elle en a perdu des milliers--, Cannes semble moins souffrir.

"Nous n'avons que 450 palmiers des Canaries (le plus comestible pour le charançon, ndlr) sur 5.000 spécimens. Les attaques sont donc moins visibles. Mais cette année, nous avons eu un palmier dattier attaqué pour la première fois", poursuit M. Peraldi.

Cannes se contente pour l'instant de traitements bio, estimant que "c'est efficace". "Mais il y a encore beaucoup de particuliers qui ne font pas le nécessaire car ce sont des résidences secondaires et ils ne sont pas là, ou parce que c'est cher", dit-il.

"Le plus grave, c'est que c'est un échec annoncé", s'insurge Michel Ferry, expert agronome auprès de l'agence de l'ONU pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), basé à la station INRA d'Elche, une palmeraie espagnole classée au patrimoine mondial de l'humanité.

- "Catastrophe" -

"On a lancé des mises en garde dès le début des années 2000. A l'époque vous achetiez un palmier en Egypte pour 200 euros et vous le revendiez 2.000 euros (...) Mais le commerce l'a emporté aux dépens de la préservation d'un patrimoine centenaire", dit-il.

Peints par Picasso ("La Baie de Cannes", 1958), Dufy ou Matisse, qui en a fait un thème incontournable avec la fenêtre et les persiennes, les palmiers élancés que l'on admire sur la Croisette ont été acclimatés à partir du 19e siècle avec le développement du tourisme balnéaire. 

A Cannes comme sur la Côte d'Azur, ils figurent depuis la Belle Epoque sur les affiches vantant la destination et sur un blason qui a inspiré les trophées en forme de palme remis à la fin du festival. 

"On parle de Cannes mais cette catastrophe est générale sur la Côte d'Azur et en Méditerranée", dit M. Ferry, de retour d'une réunion à la FAO à Rome fin mars, la première du genre et signe d'une inquiétude grandissante. 

Soixante pays sont touchés et seules les îles Canaries sont venues à bout du charançon.

En France, en dépit d'un arrêté de 2010 rendant la lutte obligatoire et d'un insecticide homologué depuis 2014, c'est l'année de la dernière chance selon M. Ferry: "sans l'intervention directe et très rapide du prochain ministre de l'Agriculture, la catastrophe en cours sera irréversible".

 
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