Un an après sa grève historique, iTELE devenue CNews reste dans le flou

Un an après sa grève historique, iTELE devenue CNews reste dans le flou

En octobre 2016, les salariés d'iTELE étaient entrés dans un bras de fer inédit avec la direction du groupe Canal+, demandant notamment des garanties d'indépendance, un projet et des moyens pour la chaîne

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AFP, publié le vendredi 27 octobre 2017 à 14h25

Un an après la grève historique qui a mis iTELE à genoux, la plupart des journalistes ont quitté la chaîne d'info en continu du groupe Canal+ et sa remplaçante CNews peine à trouver son public.

"On défendait notre indépendance, l'éthique et la déontologie des journalistes", souligne à l'AFP Antoine Genton, président de la société des journalistes d'iTELE pendant la grève, qui désormais tient une chronique sur France 5 et a co-fondé une société de production.

"Un an après, le trauma est toujours présent dans les têtes de ceux qui sont restés comme de ceux qui sont partis", explique de son côté la journaliste Laurence Ferrari, restée pour sa part sur CNews où elle anime cette saison un débat quotidien. Si elle "soutenait les motifs de la grève", elle n'y a pas participé par respect pour le "droit à informer", explique-t-elle.

Le 17 octobre 2016, les salariés d'iTELE étaient entrés dans un bras de fer inédit avec la direction du groupe Canal+, demandant notamment des garanties d'indépendance, un projet et des moyens pour la chaîne d'info après le rachat du groupe Canal+ par Vincent Bolloré. L'annonce avant l'été d'une réduction drastique des effectifs et de l'arrivée à l'antenne de Jean-Marc Morandini avaient mis le feu aux poudres. Il avait été mis en examen pour "corruption de mineurs aggravée" suite aux plaintes de deux jeunes hommes l'accusant de leur avoir fait des propositions sexuelles dans le cadre des castings de la web-série "Les Faucons".

Après 31 jours d'une grève très médiatique, d'une durée record pour une chaîne privée, les grévistes n'avaient obtenu que de maigres concessions: une charte éthique qui devait assurer l'indépendance de la rédaction, la possibilité de ne pas travailler avec l'animateur contesté et des conditions de départ plus avantageuses pour ceux qui souhaitaient quitter la chaîne.

- Aubaine - 

Un an après, la défection est massive: la quasi-totalité des journalistes d'iTELE est partie, soit une centaine sur 120 au total, pigistes compris, selon les anciens grévistes. Selon la direction de la chaîne, 74 salariés en CDI ont quitté la chaîne et ont tous été remplacés, comme promis à la fin de la grève.

Vincent Bolloré a surtout recruté des jeunes journalistes et des personnalités de l'audiovisuel pour donner un nouveau ton à sa chaîne, passée du jaune iTELE au rouge CNews en février: l'infatigable Jean-Pierre Elkabbach pour l'interview du matin, Patrick Poivre d'Arvor et Rachid Arhab (partis depuis), mais surtout Yves Calvi et son équipe, qui assurent la tranche de fin d'après-midi... sur Canal+, avant une rediffusion sur CNews.

Le départ des journalistes expérimentés d'iTELE a été une aubaine pour d'autres médias. "C'était un vivier incroyable", souligne Céline Pigalle, ancienne directrice de la rédaction d'iTELE écartée à l'arrivée de Vincent Bolloré, et passée chez BFMTV.

BFMTV a recruté aussi la journaliste politique Camille Langlade, le journaliste Julien Arnaud a rejoint LCI et Amandine Bégot la matinale de RTL. L'homme des directs devant l'Elysée Jean-Jérôme Bertolus écrit désormais pour le journal L'Opinion.

D'autres anciens d'iTELE veulent lancer en 2018 un nouveau média en ligne, "Explicite". "Il reste de la grève une exigence vis-à-vis de nous mêmes, un besoin de redorer le blason de ce métier", souligne Olivier Ravanello, un des huit fondateurs. 

- 'News factory' -

Et pour CNews, quel avenir? Sa mission est "d'expliquer l'info", d'être plus présente sur les mobiles, de toucher plus de jeunes et de constituer à terme "une news factory, qui pourrait produire pour toutes les entités du groupe y compris le digital", estime Gérald-Brice Viret, directeur des antennes du groupe Canal+ .

Mais il s'agit aussi de redresser les comptes. CNews devrait encore perdre 12 à 15 millions d'euros en 2017, après un déficit de 30 millions en 2016, selon une source proche de la chaîne.

"On n'a toujours pas compris sa stratégie", rétorque Antoine Genton. "On s'est toujours demandés si Vincent Bolloré tenait vraiment à faire une chaîne d'info".

A l'antenne, les plateaux d'experts et de polémistes s'enchaînent après la matinale. Jean-Marc Morandini attire peu de téléspectateurs en fin de matinée (52.000 en moyenne depuis la rentrée) avec une émission sur les médias. 

Un représentant du syndicat maison +Libres accuse le groupe d'avoir profité de la grève pour "faire une chaîne à moindre coût, en diminuant la masse salariale", "et qui ne réunit pas l'audience espérée".

Arrivée avant la grève à 1% d'audience moyenne, la chaîne d'info n'était remontée qu'à 0,5% en septembre 2017, juste devant la nouvelle venue franceinfo mais derrière LCI (0,6%) et la leader BFMTV (2,7%), selon Médiamétrie. 

"On ne pouvait pas refaire iTELE, on est beaucoup moins nombreux aujourd'hui", plaide Laurence Ferrari. "Ce qui s'est passé n'est pas anodin. Mais on est fiers de cette chaîne, on se donne énormément de mal", ajoute la vedette de la nouvelle chaîne où il n'a pas encore été constitué de société des journalistes, l'instance qui avait lancé la grève chez iTELE.

 
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