Pourquoi les journalistes de France Télévisions ne veulent plus de Michel Field

Pourquoi les journalistes de France Télévisions ne veulent plus de Michel Field

Michel Field

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Orange avec AFP, publié le samedi 16 avril 2016 à 12h00

Le nouveau directeur de l'information des chaînes publiques s'est mis une grande partie de ses rédactions à dos. En cause : ses méthodes, jugées brutales, et son attitude, jugée désinvolte et méprisante.

Le journaliste doit aussi faire face à plusieurs polémiques récentes.

Quelques mois après sa nomination à la tête de l'information à France Télévisions, Michel Field fait face à la fronde des salariés. Il sera soumis mardi à une motion de défiance des journalistes. Dans un entretien ce samedi au Parisien, il reconnaît : "J'ai eu tort", mais exclut de démissionner. Retour sur les dernières semaines, au cours desquelles il est apparu de plus en plus contesté.

Méprisant, désinvolte, menteur... Depuis plusieurs mois, les critiques fusent, parmi les rédactions de France Télévisions, à l'encontre de Michel Field. En outre, les journalistes ne pardonnent pas à leur président son attitude durant l'émission "Le supplément" sur Canal+ dimanche dernier.



- "Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre" -

Interrogé sur le mouvement de grève d'une partie des journalistes, il lance : "Comme disait Jacques Chirac, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre." Face à Ali Baddou, il revient aussi sur l'éviction des journalistes Guilaine Chenu et Françoise Joly de la présentation d'"Envoyé Spécial", en critiquant leurs choix éditoriaux. Michel Field y plaisante également sur le sort du présentateur de "Complément d'Enquête", Nicolas Poincaré, en lâchant : "Nicolas, si tu nous écoutes, ne te suicide pas tout de suite !" Dans le cadre d'une refonte de la grille de France 2 le jeudi soir, Michel Field a confié ces deux émissions à la journaliste Élise Lucet. De nouvelles émissions politiques devraient aussi voir le jour.



Autant de sujets polémiques qui lui valent une motion de défiance de ses équipes, et dont il s'explique dans Le Parisien ce samedi. "Quand il y a une motion de défiance, c'est un singulier rappel à l'ordre. On écoute ce que cela veut dire et on y répond. Je n'ai pas l'intention de démissionner", assure-t-il. Et d'ajouter : "j'entends le malaise et les critiques. C'est ce que j'ai dit hier aux chefs de service des éditions de France 2, France 3 et France TV Info que j ai vus longuement." "Il s'agit de tisser un lien que je n'ai pas su tisser à mon arrivée. J'hérite d'une immensité de dossiers simultanés", explique-t-il.

- Mea culpa -

Nommé en décembre dernier, l'ancien professeur de philosophie reconnaît qu'il "a eu tort d'adopter une attitude désinvolte sur le plateau de Canal+ dimanche. Je suis directeur de l'information du service public, ma parole a un poids", avoue-t-il.

Il avait déjà adressé un mea culpa mail aux journalistes de France Télévisions, sous la forme d'un mail envoyé lundi et que s'est procuré Marianne. "Sans aller jusqu'à s'excuser, le patron de l'info du groupe dit entendre les 'nombreuses réactions' suscitées et veut 'juste rappeler qu'il s'agit d'une émission d'humeur, d'humour et de mise en boîte'. 'J'ai sans doute dû me laisser entraîner par ce climat qui m'a fait commettre des maladresse que je reconnais bien volontiers et que je regrette pour celles et ceux qui en sont affectés'", plaide-t-il dans ce message.

Mais cela n'a pas suffi pour calmer la fronde. Jeudi, les journalistes du groupe ont préparé la motion de défiance qui sera soumise au vote mardi. Réunis en assemblée générale, environ 300 journalistes se sont mis d'accord pour rédiger ce texte, qui "agrège toutes sortes de mécontentements qui ont pu s'exprimer", selon Manuel Tissier, président de la Société des journalistes (SDJ) de France 2. Cette motion demandera aux rédactions : "Faites-vous confiance à Michel Field pour diriger l'information de France Télévisions ?", précise Pascale Justice, de la SDJ de France 3.

- Field renonce à engager l'ex-producteur du "Grand journal" -

"On déclenche ce qui est pour quelques journalistes l'arme ultime de nos rédactions", explique Manuel Tissier, ajoutant que les sentiments sont partagés entre des journalistes qui pensent qu'une motion est "surdimensionnée" et d'autres qui estiment qu'"on a atteint un point de non-retour". "On a un problème avec le mépris et les mensonges dont Michel Field a fait preuve à l'égard des rédactions", déplore Bastien Hugues, de la SDJ de FranceTV info.

L'ex-trotskiste de 61 ans s'était déjà mis à dos les syndicats du groupe en reprenant l'épineux dossier de fusion des rédactions de France 2 et France 3, initié par l'équipe précédente, et contre lequel une grève a été décrétée jeudi dernier.

Syndicats et SDJ s'alarment aussi du fait que la production d'une de ces futures émissions puisse être confiée à une société extérieure à la chaîne, celle de Renaud Le Van Kim (ex-producteur du "Grand journal"), selon la CGC. À ce sujet, Michel Field annonce dans Le Parisien que "renoncer" à ce projet. "J'ai entendu les demandes de la rédaction de maîtriser pleinement les émissions politiques et j'y souscris."

- "Il y a longtemps que je n'avais pas vu une émission où le chef de l'État est autant bousculé" -

Parallèlement, une polémique a éclaté autour des intervenants prévus face à François Hollande dans l'émission "Dialogues Citoyens" sur France 2 jeudi soir, une déléguée syndicale FO disant avoir été écartée à la demande de l'Élysée. Selon Le Monde, un autre intervenant, agriculteur, s'est également fait déprogrammer. Contactés par le quotidien du soir, Michel Field et France 2 ont nié toute pression de la présidence.

Dans Le Parisien, le patron de l'information "réaffirme solennellement que pas une seule question n'a été soumise au palais", pour l'émission "Dialogues citoyens". "D'ailleurs, il y a longtemps que je n'avais pas vu une émission où le chef de l'État est autant bousculé", se défend-il. Il assure que "l'indépendance est le trésor du service public" et qu'il est là "pour la défendre de toutes les pressions des pouvoirs politiques et économiques".

Autre élément qui a fait parler cette semaine : selon Le Canard enchaîné, Michel Field aurait choisi Léa Salamé pour interviewer le président de la République parce qu'il la trouve "virevoltante et sexy". La polémiste d'"On n'est pas couché" a été préférée à Nathalie Saint-Cricq, responsable du service politique de France 2.



- Inquiétudes sur la chaîne d'info publique -

Les rédactions s'inquiètent aussi de la future chaîne d'information en continu du service public, qui doit être lancée à la rentrée prochaine. Elles ont interpellé à ce sujet la ministre de la Culture Audrey Azoulay, dans une lettre ouverte publiée jeudi dans Libération. "Serez-vous la ministre qui recréera l'ORTF ?", s'interrogent les SDJ, s'inquiétant d'une "fusion déguisée, prélude au mariage de Radio France et France Télévisions" à cause du nom pressenti pour la future chaîne, "France Info". Delphine Ernotte, la patronne de France Télévisions qui a lancé le projet, a affiché mercredi son soutien à Michel Field lors d'un passage dans les rédactions, selon une source syndicale.

Agrégé de philosophie, Michel Field n'avait pas d'expérience de management avant de rejoindre France Télévisions. Il a enseigné pendant une dizaine d'années, avant de se consacrer au journalisme et à l'écriture (il a publié une dizaine de romans). Il a présenté pendant plus de 20 ans des émissions politiques et culturelles à la radio (France Culture, Europe 1) et à la télévision (France 2, France 3, TF1, LCI, Paris Première, Histoire).

Sa première expérience de dirigeant remonte à la rentrée 2015, quand Delphine Ernotte le nomme à la direction de France 5, qu'il quitte quelques semaines plus tard pour la direction de l'information du groupe, avec pour mission de donner un nouveau souffle à l'information.

 
41 commentaires - Pourquoi les journalistes de France Télévisions ne veulent plus de Michel Field
  • Ancien trotskiste et philosophe ...
    L'argent arrivant, ses idéaux sont partis en fumée

  • Pour le nommer à ce poste la hiérarchie a oublié ses origines gauchistes et tout naturellement la grosse tête est arrivée !!

  • Mentir, tricher, et prendre les évènements à la légère n'est certainement pas la meilleure méthode pour prendre la direction de l'information de F2 !!!
    Field comme bien d'autres avant lui a pris de suite "la grosse tête" et ses chevilles ont enflé , en plus il s'est moqué , comme un débutant, de choses sérieuses, là il s'est lui-même tiré une balle dans le pied, espérons que ça le lui fera désenfler et qu'il ne se verra pas limogé par les journalistes !!!

  • Monsieur M. FIELD à la tête de France2, intègre? Ou un pion du pouvoir? Avec un parcours de ce type pas d'équivoque.
    Au lycée Claude-Bernard, Michel Field est responsable lycéen de la Ligue communiste révolutionnaire. Il y milite de 14 à 20 ans. Élève brillant mais frondeur, il est à la fois présenté au concours général et exclu du lycée Claude-Bernard à l'automne 1971 au moment où un mouvement de protestation agite le milieu lycéen (parmi les leaders de l'époque : Jean-Christophe Cambadélis2). À la suite de son exclusion, Michel Field fait paraître une tribune dans Le Monde. Il est l'un des leaders du mouvement lycéen contre la loi Debré (1973)3 : lors d'un débat télévisé, il lance un fameux « rigolo ! » au ministre de l'Éducation, Joseph Fontanet

  • Il doit démissionner, mais bien sûr il ne le fera pas, la soupe est trop bonne. De toute façon il y a longtemps que je ne regarde plus le service public.

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