Mexique: l'impunité encourage les meurtres de journalistes

Mexique: l'impunité encourage les meurtres de journalistes

Manifestation contre les meurtres de journalistes après l'assassinat de Miroslava Breach, le 25 mars 2017 à Mexico

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AFP, publié le mardi 16 mai 2017 à 17h48

Mexique: les agressions contre les journalistes se sont multipliées en 2017 dans le pays

Les agressions contre les journalistes se sont multipliées au Mexique en 2017, avec cinq journalistes assassinés en pleine rue et en plein jour, en toute impunité. 

Javier Valdez, un journaliste reconnu de l'Etat de Sinaloa (nord-ouest), spécialiste du narcotrafic et pigiste de l'AFP depuis plus de 10 ans, a été la cinquième victime lundi de ces violences contre les reporters qui, quelques années plus tôt, s'exerçaient de nuit, parfois dans des lieux isolés. 

Javier Valdez a été tué par balles en milieu de journée, en pleine rue, près des bureaux de la revue Riodoce, l'hebdomadaire qu'il avait fondé en 2003, devenu une voix précieuse et solitaire au milieu de l'autocensure informative.  

Les meurtriers ont "du culot, du cynisme", commente Ana Cristina Ruelas, directrice au Mexique de l'ONG de défense de la liberté d'expression Articulo 19 devant le terrible bilan de l'année en cours, après une année 2016 déjà considérée comme une des plus mortelles, avec 11 journalistes tués.  

En mars, trois journalistes ont été abattus: Cecilio Pineda tandis qu'il attendait que sa voiture soit lavée dans l'Etat de Guerrero (sud-ouest), Ricardo Monlui alors qu'il sortait en famille d'un restaurant dans le Veracruz (est), et Miroslava Breach devant chez elle avant d'accompagner son fils à l'école à Ciudad Juarez (nord). 

En avril, Maximino Rodriguez a été tué en arrivant à une boutique très fréquentée de Basse-Californie (ouest). 

Dans la même région, Julio Omar Gomez a survécu de justesse à une attaque qui a été fatale à son garde du corps.

Enfin, dans le Veracruz, Armando Arrieta a été grièvement blessé par balle alors qu'il se rendait à son travail.

- Ombre silencieuse -

"On ne voit pas la situation de violence s'arrêter. Quand on pense que les choses vont changer pour de bon, il y a un autre assassinat", déplore Balbina Flores, du bureau de Mexico de l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

"Consternée" par l'assassinat de Javier Valdez, Mme Flores souligne qu'en dépit des alertes constantes lancées par les organisations de défense de la liberté d'expression, il n'y a pas eu "de décisions marquantes de sécurité de la part des autorités".  

"Depuis une décennie nous avons mis en garde sur cette situation chaque fois plus dangereuse, mais l'Etat n'est pas capable d'enquêter avec diligence sur ces meurtres et c'est une incitation pour qu'ils continuent à tuer des journalistes", abonde Mme Ruelas, d'Articulo 19.

A New York (Etats-Unis), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui en 2011 avait attribué un prix de journalisme à Javier Valdez, a condamné le meurtre. "Sa disparition est un coup dur pour le journalisme et la société mexicaine, qui voit l'ombre du silence s'étendre sur tout le pays", a-t-il estimé. 

Début mai, le CPJ avait souligné dans un rapport que les efforts pour rétablir la justice avaient échoué "de façon spectaculaire", ce qui s'était traduit par un "cycle d'impunité".

Artículo 19 a recensé 105 journalistes assassinés et 23 disparus depuis 2000. Selon l'ONG, 99,7% des cas restent impunis malgré la création d'une juridiction spéciale et de la mise en place d'un mécanisme gouvernemental de protection des journalistes, auxquels très peu font confiance.  

Le Mexique figure au troisième rang des pays les plus dangereux pour les journalistes après la Syrie et l'Afghanistan, selon RSF.

 
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