Le magicien Simon McBurney de retour au festival d'Aix-en-Provence

Chargement en cours
 Le ténor Paul Appleby dans le grand opéra de Stravinski, "The Rake\

Le ténor Paul Appleby dans le grand opéra de Stravinski, "The Rake's Progress" mis en scène par le britannique Simon McBurney au Festival d'Aix-en-Provence le 1er juillet 2017

1/4
© AFP, BERTRAND LANGLOIS
A lire aussi

AFP, publié le jeudi 06 juillet 2017 à 15h06

Le britannique Simon McBurney n'a pas son pareil pour insuffler le merveilleux sur scène, et sa mise en scène au Festival d'Aix-en-Provence de l'unique grand opéra de Stravinski, "The Rake's Progress", est un modèle de grâce et de malice.

Déjà à l'oeuvre en 2014 pour une "Flûte enchantée" reprise à Aix (après Amsterdam et Londres), son art inimitable, mélange d'artisanat tout simple et de technologie très maîtrisée a fait merveille mercredi soir lors de la première au Théâtre de l'Archevêché.

La scène est entièrement tendue de papier blanc lorsque débute l'opéra, telle "une page blanche sur laquelle tout peut arriver", explique le fondateur de la compagnie Complicite.

L'opéra conte la fable d'un jeune homme naïf mais paresseux, Tom Rakewell, qui tombe sous la coupe d'un personnage très faustien, Nick Shadow (ombre en anglais), qui devient son maître en débauche.

"Nick Shadow entre en conflit avec la jeune fille dont Tom était amoureux, Ann Trulove, et tous deux se disputent l'âme de Tom", raconte Simon McBurney.

La "boîte blanche" qu'il a créée sur le plateau offre un fond idéal aux projections vidéos qui recréent le décor, mais se prête aussi à d'autres manipulations: Nick le diable entre et sort en crevant le papier, et bientôt de larges déchirures trouent la toile, comme autant de coups de canifs donnés par Tom à ses serments amoureux.

Leurré par un soudain héritage, le jeune homme quitte la campagne pour la grande ville et sur scène, le paysage à la Constable projeté sur le papier blanc cède la place à l'agitation londonienne.

Dans la grande ville l'attend la débauche, thème de prédilection de la série célèbre de tableaux du peintre anglais William Hogarth de 1732 et 1733 qui a inspiré à Stravinski son opéra.

- Les entrailles de la société -

"Hogarth décrit la société comme s'il ouvrait un poisson pour en sortir les entrailles", commente Simon McBurney. Ses toiles satiriques sont féroces, mais les deux librettistes, les poètes-amants Auden et Kallman, ont introduit une dose de romantisme dans l'oeuvre, et Stravinski déploie une palette infinie qui va du tranchant des cuivres et percussions à l'émotion des violons.

L'auteur du "Sacre de Printemps" qui avait révolutionné la musique en 1913 traverse une grave crise lorsqu'il compose l'opéra (1951). Exilé à Los Angeles, après la guerre, il redoute de ne jamais revoir son pays, s'interroge sur l'avenir.

Autant le "Sacre" regardait vers le futur, autant "The Rake's progress" se retourne sur le passé, vers les compositeurs classiques - Haydn, Mozart, Beethoven, Bach et Haendel - et même les musiques populaires, de l'Opéra de quat'sous à l'opérette ou Broadway. 

Quand l'opéra est joué pour la première fois à Vienne en 1951, certains le critiquent comme nostalgique.

Il brille pourtant pour sa palette musicale, d'une rare diversité. Mais si la mise en scène inventive éblouit - le mariage délirant de Tom avec "Baba" la femme à barbe évoque une fête de +people+ d'aujourd'hui - il n'en est hélas pas de même pour la musique.

L'orchestre de Paris n'aura pas eu de chance pour cette oeuvre: son chef Daniel Harding s'étant cassé le poignet à vélo, il a été remplacé au pied levé par le Norvégien Eivind Gullberg Jensen. Trois répétitions ont été annulées par la pluie, et c'est donc une formation sans élan qui s'acquitte de sa tâche.

Les chanteurs anglo-saxons se montrent plus émouvants que performants vocalement (Julia Bullock et Paul Appleby dans les rôles principaux) et sans être honteuse, la partie musicale ne parvient pas à égaler l'enchantement visuel de la mise en scène.

 
0 commentaire - Le magicien Simon McBurney de retour au festival d'Aix-en-Provence
  • [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]